Bible-Centre

Lecture en trois ans pour le 5 mars 2005

La Bible de Jérusalem (fr)

Luc, Chapitre 8,  vers 22-39

III. Ministère de Jésus en Galilée> 22 La tempête apaisée., 26 Le démoniaque gérasénien.
22 Or il advint, un jour, qu’il monta en barque ainsi que ses disciples, et il leur dit : « Passons sur l’autre rive du lac. » Et ils gagnèrent le large.
23 Tandis qu’ils naviguaient, il s’endormit. Et une bourrasque s’abattit sur le lac ; ils faisaient eau et se trouvaient en danger.
24 S’étant donc approchés, ils le réveillèrent en disant : « Maître, maître, nous périssons ! » Et lui, s’étant réveillé, menaça le vent et le tumulte des flots. Ils s’apaisèrent et le calme se fit.
25 Puis il leur dit : « Où est votre foi ? » Ils furent saisis de crainte et d’étonnement, et ils se disaient les uns aux autres : « Qui est-il donc celui-là, qu’il commande même aux vents et aux flots, et ils lui obéissent ? »
26 Ils abordèrent au pays des Géraséniens, lequel fait face à la Galilée.
27 Comme il mettait pied à terre, vint à sa rencontre un homme de la ville, possédé de démons. Depuis un temps considérable il n’avait pas mis de vêtement ; et il ne demeurait pas dans une maison, mais dans les tombes.
28 Voyant Jésus, il poussa des cris, se jeta à ses pieds et, d’une voix forte, il dit : « Que me veux-tu, Jésus, fils du Dieu Très-Haut ? Je t’en prie, ne me tourmente pas. »
29 Il prescrivait en effet à l’esprit impur de sortir de cet homme. Car, à maintes reprises, l’esprit s’était emparé de lui ; on le liait alors, pour le garder, avec des chaînes et des entraves, mais il brisait ses liens et le démon l’entraînait vers les déserts.
30 Jésus l’interrogea : « Quel est ton nom ? » Il dit : « Légion », car beaucoup de démons étaient entrés en lui.
31 Et ils le suppliaient de ne pas leur commander de s’en aller dans l’abîme.
32 Or il y avait là un troupeau considérable de porcs en train de paître dans la montagne. Les démons supplièrent Jésus de leur permettre d’entrer dans les porcs. Et il le leur permit.
33 Sortant alors de l’homme, les démons entrèrent dans les porcs et le troupeau se précipita du haut de l’escarpement dans le lac et se noya.
34 Voyant ce qui s’était passé, les gardiens prirent la fuite et rapportèrent la nouvelle à la ville et dans les fermes.
35 Les gens sortirent donc pour voir ce qui s’était passé. Ils arrivèrent auprès de Jésus et trouvèrent l’homme dont étaient sortis les démons, assis, vêtu et dans son bon sens, aux pieds de Jésus ; et ils furent pris de peur.
36 Les témoins leur rapportèrent comment avait été sauvé celui qui était démoniaque.
37 Et toute la population de la région des Géraséniens pria Jésus de s’éloigner d’eux, car ils étaient en proie à une grande peur. Et lui, étant monté en barque, s’en retourna.
38 L’homme dont les démons étaient sortis le priait de le garder avec lui, mais il le renvoya, en disant :
39 « Retourne chez toi, et raconte tout ce que Dieu a fait pour toi. » Il s’en alla donc, proclamant par la ville entière tout ce que Jésus avait fait pour lui.
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Notes:
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Commentaire sur le livre
Notes sur la partie

26 a) Var. « Gergéséniens », « Gadaréniens ».


31 b) Au lieu de « les expulser hors du pays », Mc 5.10. Les démons demandent à Jésus de ne pas les renvoyer dans les profondeurs de la terre, leur séjour normal et définitif, Ap 9.1, 2, 11 ; 11.7 ; 17.8 ; 20.1, 3.


35 c) Dans l’attitude du disciple, 8.38 ; cf. 10.39 ; Ac 22.3. Trait ajouté par Luc.


Le mérite particulier du troisième évangile lui vient de la personnalité très attachante de son auteur, qui y transparaît sans cesse. Saint Luc est un écrivain de grand talent et une âme délicate. Il a mené son œuvre de façon originale, avec un souci d’information et d’ordre, 1.3. Ce n’est pas à dire qu’il ait pu donner aux matériaux reçus de la tradition un arrangement plus «sp;historique » que Matthieu et Marc ; son respect des sources et sa façon de les juxtaposer ne le lui permettaient pas. Son plan reprend les grandes lignes de celui de Marc avec quelques transpositions, ou omissions. Des épisodes sont déplacés, 3.19-20 ; 4.16-30 ; 5.1-11 ; 6.12-19 ; 22.31-34, etc., tantôt par soucis de clarté et de logique, tantôt par influence d’autres traditions, parmi lesquelles il faut noter celle qui se reflète également dans le quatrième évangile. D’autres épisodes sont omis, soit comme moins intéressants pour les lecteurs païens, cf. Mc 12.28-34, à comparer Lc 10.25-28. On remarquera surtout l’absence d’un correspondant à Mc 6.45-8.26. La différence la plus notable par rapport au deuxième évangile est la longue section médiane 9.51-18.14, qui est présentée sous la forme d’une montée vers Jérusalem à l’aide de notations répétées, 9.51 ; 13.22 ; 17.11, cf. Mc 10.1, et où l’on verra moins le souvenir réel de différents voyages que l’insistance voulue sur une idée théologique chère à Luc : la Ville sainte est le lieu où doit s’accomplir le salut 9.31 ; 13.33 ; 18.31 ; 19.11, c’est là que l’Évangile a commencé, 1.5s, et c’est là qu’il doit finir, 24.52s – par des apparitions et des entretiens qui n’ont pas lieu en Galilée, 24.13-51 ; et comp. 24.6 avec Mc 16.7, Mt 28.7, 16-20 – car c’est de là que doit partir l’évangélisation du monde, 24.47 ; Ac 1.8. Dans un sens plus large, c’est la montée de Jésus (et du chrétien) vers Dieu.

D’autres traits littéraires de Luc sont l’emploi des genres du symposium, 7.36-50 ; 11.37-54 ; 14.1-24, et du discours des adieux, 22.14-38, son goût des parallèles (Jean le Baptiste et Jésus, 1.5-2.52) et des inclusions, et le schéma promesse-accomplissement qui ponctue son récit.

Si l’on poursuit dans le détail la comparaison de Luc avec Marc et Matthieu, on observe sur le vif l’activité toujours en éveil d’un écrivain qui excelle à présenter les choses d’une façon qui lui est propre, évitant ou atténuant ce qui peut froisser sa sensibilité ou celle de ses lecteurs (8.43 comp. Mc 5.26 om. Mc 9.43-48 ; 13.32, etc.), ou bien leur être peu compréhensible (om. Mc 4.13 ; 8.32s ; 9.28s ; 14.50) ou les excluant (Lc 9.45 ; 18.24 ; 22.45), interprétant les termes obscurs (6.15) ou précisant la géographie (4.31 ; 19.28s, 37 ; 23.51), etc. Par ces nombreuses et fines touches, et surtout par le riche apport dû à son enquête personnelle, Luc nous livre les réactions et les tendances de son âme ; ou plutôt, par le moyen de cet instrument de choix, l’Esprit-Saint nous présente le message évangélique d’une façon originale, riche de doctrine. Il s’agit moins d’ailleurs de grandes thèses théologiques (les idées maîtresses sont les mêmes que chez Marc et Matthieu) que d’une psychologie religieuse où l’on trouve, mêlées à une influence très discrète de son maître Paul, les inclinations propres au tempérament de Luc. En vrai « scriba mansuetudinis Christi » (Dante), il aime à souligner la miséricorde de son Maître pour les pécheurs, 15.1s, 7, 10, et à raconter des scènes de pardon, 7.36-50 ; 15.11-32 ; 19.1-10 ; 23.34, 39-43. Il insiste volontiers sur la tendresse de Jésus pour les humbles et les pauvres, tandis que les orgueilleux et les riches jouisseurs sont sévèrement traités, 1.51-53 ; 6.20-26 ; 12.13-21 ; 14.7-11 ; 16.15, 19-31 ; 18.9-14. Cependant même la juste condamnation ne se fera qu’après les délais patients de la miséricorde, 13.6-9 ; comp. Mc 11.12-14. Il faut seulement qu’on se repente, qu’on se renonce, et ici la générosité exigeante de Luc tient à répéter l’exigences d’un détachement décidé et absolu, 14.25-34, notamment par l’abandon des richesses, 6.34s ; 12.33 ; 16.9-13. On notera encore les passages propres au troisième évangile sur la nécessité de la prière, 11.5-8 ; 18.1-8, et sur l’exemple qu’en a donné Jésus, 3.21 ; 5.16 ; 6.12 ; 9.28. Enfin, comme chez saint Paul et dans les Actes, l’Esprit Saint occupe une place de premier plan que Luc seul souligne en 1.15, 35, 41, 67 ; 2.25-27 ; 4.1, 14, 18 ; 10.21 ; 11.13 ; 24.49. Ceci, avec l’atmosphère de reconnaissance pour les bienfaits divins et d’allégresse spirituelle, qui enveloppe tout le troisième évangile, 2.14 ; 5.26 ; 10.17 ; 13.17 ; 18.43 ; 19.37 ; 24.51s, achève de donner à l’œuvre de Luc cette ferveur qui touche et réchauffe le cœur.

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