15 Ainsi, les Juifs de Suse se réunirent aussi le quatorzième jour d’Adar et ils égorgèrent trois cents hommes dans Suse, mais ils ne se livrèrent pas au pillage. 16 De leur côté, les Juifs des provinces royales se réunirent aussi pour mettre leur vie en sûreté. Ils se débarrassèrent de leurs ennemis en égorgeant soixante-quinze mille de leurs adversaires, sans se livrer au pillage. 17 C’était le treizième jour du mois d’Adar. Le quatorzième ils se reposèrent et de ce jour ils firent un jour de festins et de liesse. 18 Pour les Juifs de Suse qui s’étaient réunis le treizième et le quatorzième jour, c’est le quinzième qu’ils se reposèrent, faisant pareillement de ce jour un jour de festins et de liesse. |
19 Ce qui explique que ce soit le quatorzième jour d’Adar que les Juifs de la campagne, ceux qui habitent des villages non fortifiés, célèbrent dans l’allégresse et les banquets, par des festivités et l’échange mutuel de portions, 19a tandis que pour ceux des villes, le jour heureux qu’ils passent dans la joie en envoyant des portions à leurs voisins est le quinzième jour d’Adar. 20 Mardochée consigna par écrit ces événements. Puis il envoya des lettres à tous les Juifs qui se trouvaient dans les provinces du roi Assuérus, proches ou lointaines. 21 Il les y engageait à célébrer chaque année le quatorzième et le quinzième jour d’Adar, 22 parce que ces jours sont ceux où les Juifs se sont débarrassés de leurs ennemis, et ce mois celui où, pour eux, l’affliction fit place à l’allégresse et le deuil aux festivités. Il les conviait donc à faire de ces journées des jours de festins et de liesse, à y échanger mutuellement des portions et à y faire des largesses aux pauvres. 23 Les Juifs adoptèrent ces pratiques qu’ils avaient commencé d’observer et au sujet desquelles Mardochée leur avait écrit : 24 Aman, fils de Hamdata, l’Agagite, le persécuteur de tous les Juifs, avait machiné leur perte et il avait tiré le « Pûr », c’est-à-dire les sorts, pour leur confusion et leur ruine. 25 Mais quand il fut rentré chez le roi pour lui demander de faire pendre Mardochée, le mauvais dessein qu’il avait conçu contre les Juifs se retourna contre lui, et il fut pendu, ainsi que ses fils, à la potence. 26 C’est la raison pour laquelle ces jours furent appelés les Purim, du mot « Pûr ». C’est aussi pourquoi, d’après les termes de cette lettre de Mardochée, d’après ce qu’ils avaient eux-mêmes constaté ou d’après ce qui était parvenu jusqu’à eux, 27 les Juifs s’engagèrent de plein gré, eux, leur postérité, et tous ceux qui s’adjoindraient à eux, à célébrer sans faute ces deux jours-là, d’après ce texte et à cette date, d’année en année. 28 Ainsi commémorés et célébrés de génération en génération, dans chaque famille, dans chaque province, chaque ville, ces jours des Purim ne disparaîtront pas de chez les Juifs, leur souvenir ne périra pas au sein de leur race. 29 La reine Esther, fille d’Abihayil, écrivit avec toute autorité pour donner force de loi à cette seconde lettre, 30 et fit envoyer des lettres à tous les Juifs des cent vingt-sept provinces du royaume d’Assuérus, comme paroles de paix et consignes de fidélité, 31 pour leur enjoindre d’observer ces jours des Purim à leur date, comme le leur avait commandé le Juif Mardochée et de la façon dont on les y avait obligés, eux-mêmes et leur race, en y joignant des ordonnances de jeûne et de lamentations. 32 Ainsi l’ordonnance d’Esther fixa la loi des Purim et elle fut écrite dans un livre. |
9:16 n) Grec « quinze mille ».
9:18 o) Les banquets, qui tiennent une grande place dans le livre d’Esther, caractériseront le jour des Purim, fête plus populaire que religieuse.
9:25 p) D’après grec. Hébr. « Mais quand elle (Esther) fut entrée chez le roi, il dit... » (le mot suivant est inintelligible).
9:27 q) Le caractère nationaliste du livre n’exclut donc pas un certain universalisme par l’accueil des prosélytes.
9:29 r) Traduction conjecturale. L’hébr. porte « Esther, fille d’Abihayil, et Mardochée le Juif », mais cf. v. 31, et Esther figure seule au v. 32.
9:31 s) Ces dernières ordonnances, inattendues, se réfèrent sans doute à 4.16 le jeûne a mérité la délivrance. — Depuis 9.20, le texte paraît fort composite et porte la trace de documents d’origines diverses.
10:2 t) Le grec attribue au roi cette mise par écrit.
10:3 u) Ce dernier v. de l’hébr. et la finale du texte grec tendent à faire du livre plus encore « le livre de Mardochée » que « le livre d’Esther », cf. 9.4. C’est lui, qui, éclairé par Dieu, a tout conduit. Il est « le Juif » par excellence, comme Judith sera « la Juive ». Le jour commémoratif sera d’abord appelé « le jour de Mardochée », 2 M 15.36.
10:3 v) La recension lucianique donne ici le texte d’une brève action de grâces « Et tout le peuple cria et poussa de grandes clameurs Béni sois-tu, Seigneur, toi qui te souviens des alliances conclues avec nos ancêtres ! Amen. »
10:3 w) Cet appendice au texte grec nous apprend que la communauté juive égyptienne tenait le livre d’Esther de la communauté de Palestine, cf. 2 M 2.14-16. Mais il n’est pas fait mention des autorités de Jérusalem, et l’on sent une certaine réticence devant ce Dosithée « qui se disait prêtre et lévite ». Le Ptolémée dont il est question doit être Ptolémée VIII, dont la femme s’appelait Cléopâtre, ce qui indique la date de 114 av. J.-C.
Le livre d’Esther raconte, comme celui de Judith, une délivrance de la nation par l’intermédiaire d’une femme. Les Juifs établis en Perse sont menacés d’extermination par la haine d’un vizir omnipotent, Aman, et sont sauvés grâce à l’intervention d’Esther, une jeune compatriote devenue reine, elle-même dirigée par son oncle Mardochée ; c’est un retournement complet de la situation : Aman est pendu, Mardochée prend sa place, les Juifs massacrent leurs ennemis. La fête des Purim est instituée pour commémorer cette victoire et on recommande aux Juifs de la célébrer chaque année.
Ce récit illustre l’hostilité dont les Juifs étaient l’objet dans le monde antique, à cause de la singularité de leur vie qui les mettait en opposition avec la loi du prince (comparer la persécution d’Antiochus Épiphane) ; leur nationalisme exacerbé est une réaction de défense. Sa violence nous choque mais nous devons nous souvenir que le livre est antérieur à la révélation chrétienne. Il faut aussi faire la part de la convention littéraire : ces intrigues de harem et ces tueries ne servent qu’à la présentation dramatique d’une thèse, qui est une thèse religieuse. L’élévation de Mardochée et d’Esther et la délivrance qui en résulte rappellent l’histoire de Daniel, et surtout celle de Joseph, opprimé puis exalté pour le salut de son peuple. Dans le récit de la Genèse sur Joseph, Dieu ne manifeste pas extérieurement sa puissance et cependant il dirige les événements. De même, dans le livre hébreu d’Esther, qui évite de nommer Dieu, la Providence conduit toutes les péripéties du drame. Les acteurs le savent et mettent toute leur confiance en Dieu, qui réalisera son dessein de salut, même si défaillent les instruments humains qu’il a choisis, cf. Est 4.13-17 qui donne la clé du livre. Les additions grecques sont d’un ton plus religieux (elles ont fourni tous les passages d’Esther utilisés par la liturgie chrétienne), mais elles ne font qu’expliciter ce que l’auteur hébreu laissait deviner.
La version grecque existait en 114 (ou 78) av. J.-C., où elle est envoyée en Égypte pour authentiquer la fête des Purim, Est 10.31. Le texte hébreu est antérieur ; d’après 2 M 15.36, les Juifs de Palestine célébraient, en 160 av. J.-C., un « jour de Mardochée », qui suppose connus l’histoire d’Esther et peut-être le livre lui-même. Celui-ci peut avoir été composé dans le deuxième quart du IIe siècle av. J.-C. Son rapport original avec la fête des Purim est incertain : le passage d’Est 9.20-32 est d’un style différent et paraît être une addition. Les origines de la fête sont obscures et il est possible que le livre lui ait été rattaché secondairement (2 M 15.36 ne donne pas le nom de « Purim » au « jour de Mardochée ») et ait servi à la justifier historiquement.