Paul avance des arguments traditionnels dans le judaïsme, enracinés dans une conception elle aussi traditionnelle de la pauvreté—avant tout comme état spirituel et non comme situation matérielle. À première vue, il pourrait sembler qu'il s'agit d'échanger des biens matériels contre...
Paul avance des arguments traditionnels dans le judaïsme, enracinés dans une conception elle aussi traditionnelle de la pauvreté—avant tout comme état spirituel et non comme situation matérielle. À première vue, il pourrait sembler qu'il s'agit d'échanger des biens matériels contre certains biens spirituels, jusqu'au salut. Le Sauveur lui-même a parfois dit des choses qui, à première vue, paraissaient semblables : il a par exemple proposé au jeune homme riche venu le trouver de distribuer sa richesse terrestre et de recevoir en échange un autre trésor, céleste. Mais, en réalité, les choses ne sont pas si simples. Il ne s'agit pas d'un simple échange d'une richesse contre une autre, mais plutôt du refus de reconnaître comme sien ce qui vous appartient. Et il ne s'agit pas seulement du caractère relatif du droit de propriété en tant que tel—dont il ne saurait être question à propos du Royaume. Il s'agit de l'attitude d'une personne envers ce qu'elle considère comme sien.
Que mettons-nous dans la notion de « nôtre » ? Appelons-nous ainsi quelque chose qui nous appartient de droit, que nous avons mérité, gagné et légalement acquis ? Ou s'agit-il de quelque chose qui nous est donné pour notre usage, peut-être même à vie, mais seulement pour notre usage ? S'agissant des biens matériels, nous comprenons tous parfaitement—si, bien sûr, nous nous donnons la peine d'y réfléchir un peu—qu'ils nous sont donnés pour notre usage, ne serait-ce que parce que nous ne les emporterons pas avec nous en quittant ce monde. Quant à des choses comme les connaissances, les talents ou les capacités, la situation est souvent moins évidente, du moins à première vue, car une grande partie, voire la totalité, de ce qui vient d'être énuméré semble nous appartenir de manière inaliénable. En ce qui concerne les connaissances, par exemple, beaucoup sont convaincus d'avoir tout obtenu par eux-mêmes.
Mais une personne devenue pauvre au sens spirituel comprend que cela non plus ne lui appartient pas, du moins tant qu'elle n'est pas devenue véritablement elle-même ; or, on ne peut devenir véritablement soi-même que dans la présence de Dieu, laquelle ne dépend assurément pas du tout de la personne. En vérité, la personne ne possède qu'elle-même ; tout le reste ne lui est donné que pour un temps et ne peut en aucun cas remplacer l'essentiel, ce que Dieu seul peut donner. Dans une telle situation, détenir ou posséder quelque chose n'est rien de plus qu'une illusion. Et lorsque la personne se sépare de cette illusion, elle cesse de considérer ses richesses—quelles qu'elles soient—comme les siennes. Elles lui sont données pour son usage et peuvent facilement être transmises à d'autres si cela est meilleur pour tous. Partager. Donner. En un mot, se séparer d'une manière ou d'une autre de ce que l'on possède, soit en le donnant entièrement lorsqu'il s'agit de biens matériels, soit en en faisant le bien d'autrui au même degré que le sien lorsqu'il s'agit de connaissances, de talents ou de capacités.
Et toute communauté ecclésiale, dans la mesure où elle vit comme il convient de vivre dans l'Église avec un É majuscule, doit être pareillement prête à partager tout ce qu'elle possède avec ceux qui sont dans le besoin. Non parce qu'il « faut » le faire ou parce que c'est « prescrit », mais parce qu'autrement le souffle de Dieu, le souffle du Royaume, ne pourra respirer librement dans cette communauté—pas plus qu'il ne pourra respirer librement dans le cœur d'une personne qui n'est pas prête à partager. C'est ce que Paul rappelle aux destinataires de sa lettre.
2 r) La mention inattendue de l’« Achaïe » est provoquée par l’allusion à sa province-sœur de Macédoine, 1 Th 1.7s. Paul a toujours en vue les Corinthiens.
14 s) Paul met en œuvre ce qu’il enseigne en 1 Co 13.5, car certains membres de cette communauté lui ont mené la vie dure, Ga 2.4s. Par la collecte, il veut précisément désarmer ces hostilités en montrant la déférence et le soutien apportés par les Églises d’origine païenne à l’Église mère qui leur a communiqué ses biens spirituels, Rm 15.27.
15 t) La Rédemption.
Tandis qu’il écrivait les épîtres aux Thessaloniciens, Paul évangélisait Corinthe durant plus de dix-huit mois, Ac 18.1-18, du printemps 50 à la fin de l’été 51. Selon sa coutume d’agir dans les grands centres, il voulait implanter la foi au Christ dans ce port fameux très peuplé, d’où elle rayonnerait dans toute l’Achaïe, 2 Co 1.1 ; 9.2. De fait, il réussit à y établir, surtout dans les couches modestes de la population, 1 Co 1.26-28, une forte communauté. Mais cette grande ville était un foyer de culture grecque, où s’affrontaient des courants de pensée et de religion fort divers. Le contact de la jeune foi chrétienne avec cette capitale du paganisme devait poser pour les néophytes bien des problèmes délicats. C’est à les résoudre que s’emploie l’Apôtre dans les deux lettres qu’il leur écrit.
La genèse de ces deux épîtres est assez claire, en dépit de quelques points douteux. Une première lettre « précanonique », 1 Co 5.9-13, de date incertaine, n’a pas été conservée. Plus tard, durant le séjour qu’il fit à Éphèse au cours du troisième voyage, durant juste un peu plus de deux ans (52-54), Ac 19.1 ; 20.1, des questions apportées par une délégation de Corinthiens, 1 Co 16.17, auxquelles s’ajoutaient des informations reçues par le moyen d’Apollos, Ac 18.27s ; 1 Co 16.12, et des « gens de Chloé », 1 Co 1.11, poussèrent Paul à écrire une nouvelle lettre, qui est notre 1 Co, aux environs de Pâques 54 (1 Co 5.7s ; 16.5-9). Peu après, une crise dut se produire à Corinthe, où Timothée joua probablement un rôle, (1 Co 4.17 ; 16.10-11) et qui l’obligea à y faire une visite rapide et pénible, 2 Co 1.23–2.1, au cours de laquelle il promit de revenir bientôt, 2 Co 1.15-16. En fait, il ne revint pas et remplaça cette visite par une lettre sévère et écrite « parmi bien des larmes », 2 Co 2.3s, 9, qui produisit un effet salutaire, 2 Co 7.8-13. C’est en Macédoine, après avoir quitté Éphèse à la suite de crises très graves mal connues de nous, 1 Co 15.32 ; 2 Co 1.8-10 ; Ac 19.23-40, que Paul apprit de Tite cet heureux résultat, 2 Co 1.12s ; 7.5-16 ; et c’est alors qu’il écrivit les deux parties de 2 Co, pendant le printemps et l’été de 55. Il devait ensuite repasser par Corinthe, Ac 20.1s, cf. 2 Co 9.5 ; 12.14 ; 13.1, 10, pour de là remonter à Jérusalem et y être fait prisonnier.
Selon certains, 2 Co serait une compilation de plusieurs lettres – jusqu’à cinq – envoyées par Paul à Corinthe en différentes occasions. D’autres, moins impressionnés par les transitions difficiles que cette théorie cherche à expliquer, admettent cependant que les chap. 10-13 ne peuvent être la suite de 1-9. Il est psychologiquement impossible que Paul passe brutalement de la célébration de la réconciliation des chap. 1-9 à l’admonestation amère et aux justifications sarcastiques des chap. 10-13. On a suggéré que les chap. 10-13 pourraient être l’épître écrite dans les larmes, à cause de leur ton sévère, mais cela ne convient guère au contexte. L’épître écrite dans les larmes a été provoquée par la conduite d’un individu, 2 Co :2.5-8, or il n’y est même pas fait allusion dans les chap. 10-13, qui parlent du tort fait aux communautés par les faux apôtres. Il est donc plus probable que ces chapitres ont été déterminés par une détérioration de la situation à Corinthe après l’envoi des chap. 1-9.
Si ces épîtres apportent sur l’âme de Paul et sur ses relations avec ses convertis des lumières d’un extrême intérêt, leur importance doctrinale n’est pas moindre. Nous y trouvons, surtout dans 1 Co, des informations et des décisions sur bien des problèmes cruciaux du christianisme primitif, aussi bien dans sa vie intérieure : pureté des mœurs, 1 Co :5.1-13 ; 6.12-20, mariage et virginité, 1 Co 7.1-40, tenue des assemblées religieuses et célébration de l’eucharistie, 11-12, usage des charismes, 1 Co 12.1–14.40, – que dans ses rapports avec le monde païen : appel aux tribunaux, 1 Co 6.1-11, viandes offertes aux idoles 8-10. Ce qui aurait pu n’être que cas de conscience ou règlements de liturgie devient, grâce au génie de Paul, occasion de vues profondes sur la vraie liberté de la vie chrétienne, la sanctification du corps, le primat de la charité, l’union au Christ. La défense de son apostolat, 2 Co 10-13, lui inspire des pages splendides sur la grandeur du ministère apostolique, 2 Co 2.12 – 6.10 ; et le sujet très concret de la collecte, 2 Co 8-9, est illuminé par l’idéal de l’union entre les Églises. L’horizon eschatologique est toujours présent et sous-tend tout l’exposé sur la résurrection de la chair, 1 Co 15. Mais les descriptions apocalyptiques de 1 Th et 2 Th font place à une discussion plus rationnelle qui justifie cette espérance difficile pour des esprits grecs. Cette adaptation de l’Évangile au monde nouveau où il pénètre se manifeste surtout dans l’opposition de la folie de la Croix à la sagesse hellénique. Aux Corinthiens qui se divisent en s’opposant leurs différents maîtres et leurs talents humains, Paul rappelle qu’il n’y a qu’un seul maître, le Christ, un seul message, le salut par sa croix, et que là est la seule et vraie Sagesse, 1 Co 1.10 – 4.13. Ainsi, par la force des choses et sans renier les perspectives eschatologiques, il est amené à insister davantage sur la vie chrétienne présente, comme union au Christ dans la vraie connaissance qui est celle de la foi. Cette vie que donne la foi, il va l’approfondir encore, et, cette fois, par rapport au judaïsme, à la suite de la crise galate.