Il est impossible de croire qui que ce soit si l'on ne vous parle pas de cette personne. Il en va de même du Christ: on ne croira pas en lui et on ne se confiera pas à lui tant qu'on ne le connaîtra pas. Le sens principal du témoignage chrétien consiste précisément à donner à chacun la possibilité de le connaître. Bien sûr, la connaissance en elle-même ne signifie pas encore que des relations de confiance apparaîtront. À proprement parler, la connaissance en elle-même ne nous oblige encore à aucune relation: combien de gens nous arrive-t-il de rencontrer? Tous ne deviennent pas ensuite nos amis. Mais beaucoup dépend de ce qu'a été cette rencontre et de ce qu'a été la communication. Car on peut communiquer de manières différentes: sérieusement, ou superficiellement. Et si l'homme ne veut pas de relations véritables et profondes, elles n'existeront pas, même après une très longue connaissance.
On peut connaître quelqu'un pendant des années et ne pas le connaître du tout. Il en va de même avec Dieu: on peut le connaître, et ne pas le connaître. La confiance naît de ce qui est entendu, et l'écoute vient de la parole du Christ, ou de la parole au sujet du Christ, car l'expression employée par l'apôtre peut se comprendre dans les deux sens. D'ailleurs, l'un n'est pas si éloigné de l'autre. En effet, derrière la parole au sujet du Christ, si on l'entend et si l'on fait confiance à celui qui la prononce, retentira ensuite nécessairement la parole du Christ lui-même, pourvu bien sûr que l'homme soit prêt à entendre.
Mais c'est justement là qu'il y a parfois des problèmes. Il arrive que l'homme ne veuille pas entendre, parce qu'il est parfois plus simple de faire comme si l'on n'avait rien entendu. Cette surdité sélective particulière est parfois très utile aux personnes rusées. Mais il n'y a pas toujours là une ruse consciente: parfois l'homme met en marche inconsciemment ce mécanisme d'une sorte de filtrage psychique. Par exemple lorsqu'il sent que, s'il prend au sérieux ce qu'il a entendu, il faudra changer sa vie, et la changer radicalement. Or il n'en a pas envie, et il a peur. C'est alors que se déclenchent les mécanismes de défense, ces filtres mêmes auxquels l'homme ne pense pas et qu'il ne connaît peut-être même pas, précisément parce qu'ils fonctionnent automatiquement. Mais c'est tout de même l'homme lui-même qui met initialement en route cet automatisme, par sa peur ou par sa paresse. C'est pourquoi Paul parle ici de la responsabilité de l'homme: car, en fin de compte, c'est la position de l'homme qui détermine si se mettront en marche dans son âme les mécanismes qui séparent solidement leur possesseur de Dieu, du Christ et du Royaume, ou non.
Il est impossible de croire qui que ce soit si l'on ne vous parle pas de cette personne. Il en va de même du Christ: on ne croira pas en lui et on ne se confiera pas à lui tant qu'on ne le connaîtra pas...
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Jésus caractérise parfois le Royaume d'une manière absolument étonnante et paradoxale. Que dire, par exemple, du « joug bon » ou du « fardeau léger »! Pourtant de telles définitions décrivent très précisément ce que le Royaume devient pour l'homme déchu.
Chez un homme normal, le joug ne peut guère être associé à quelque chose de positif: dans le sens initial du mot, le joug est l'instrument que l'on plaçait symboliquement sur un homme réduit en esclavage en signe de sa nouvelle condition. Et le fardeau s'associe plutôt, dans notre conscience, à un poids qu'il faut porter simplement parce qu'on ne peut pas le déposer, et certainement pas à la légèreté de l'être. Pourtant, pour la nature humaine déchue, le Royaume devient réellement un fardeau, tout comme l'homme déchu ne peut parcourir le chemin vers le Royaume que s'il prend sur lui, comme disaient les rabbins savants de cette époque, le « joug de la Torah ».
Dans la bouche de Jésus, le « joug de la Torah » devient le « joug du Royaume », car il s'agit de la même lutte intérieure propre à tout homme déchu qui veut marcher sur le chemin de la justice. Ce n'est pas un hasard si Paul disait lui aussi que par la Torah vient la connaissance du péché: ce sont précisément les tentatives de marcher sur le chemin de la justice, de suivre la Torah, qui révèlent à l'homme sa véritable nature pécheresse; alors le chemin de la justice devient lourd, et la Torah, un joug assumé librement.
Mais Jésus parle de davantage: il n'a pas apporté dans le monde la Torah, que le monde connaissait déjà avant sa venue, mais le Royaume, où celui qui marche sur le chemin de la justice pouvait enfin recevoir du soulagement en atteignant le but. Désormais même le fardeau de sa propre condition pécheresse, que l'on ne commence à sentir qu'en essayant d'observer les commandements, devient léger: car désormais la réalité n'est pas seulement le monde déchu, mais aussi le Royaume avec sa vie; et plus son propre péché devient lourd, plus se fait sentir le souffle du Royaume, qui en allège la pesanteur. Cette dualité est inévitable, elle subsistera jusqu'à la fin des temps, jusqu'à la transfiguration complète de la nature humaine; mais cette dualité inspire en elle-même l'espérance, car elle témoigne que le Royaume entrant dans le monde n'est pas une fiction, mais une réalité.
Jésus caractérise parfois le Royaume d'une manière absolument étonnante et paradoxale. Que dire, par exemple, du « joug bon » ou du « fardeau léger »! Pourtant de telles définitions décrivent très précisément ce que...
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L'homme déchu a tendance à espérer dans la force magique de la parole. Dès l'Antiquité préhistorique, en prononçant une parole, en nommant quelque chose, l'homme était convaincu qu'il pouvait agir sur ce qu'il nommait. Par la suite, il a transféré cette attitude aux hommes et aux dieux. On considérait que par la parole on pouvait contraindre non seulement un homme, mais même un dieu ou un esprit, à faire ce dont celui qui prononçait cette parole avait besoin. On pouvait jeter un sort aux dieux et aux esprits, en les obligeant à servir l'homme.
Bien sûr, le yahvisme, tout comme plus tard le judaïsme, a toujours eu une attitude nettement négative envers la magie et toutes les pratiques magiques, y compris les incantations. Mais dans les profondeurs du subconscient, même chez les personnes religieuses, continuait à vivre la conviction de la force magique de la parole. Et si, dans l'Antiquité païenne, elle a engendré la pratique magique des incantations, dans la vie yahviste, de même d'ailleurs que dans la vie juive puis chrétienne, elle a engendré la pratique des serments sacrés solennels et des déclarations doctrinales. Proclame publiquement et solennellement le symbole de Nicée, et tu es « orthodoxe ». Jure tout aussi publiquement et solennellement fidélité éternelle à Jésus, et tu es « chrétien ». Et si les serments se répètent encore et encore, si la déclaration de sa « foi » devient une profession, il ne reste plus aucun doute: Dieu ne peut quand même pas laisser sans attention une telle activité, le Sauveur ne se détournera quand même pas de ceux qui ont prononcé tant de paroles, peut-être même très justes, pour sa défense!
Mais voici qu'il apparaît qu'il peut les laisser sans attention. Il peut aussi se détourner. Car Jésus n'a pas besoin d'avocats ni d'orateurs brillants qui jouent avec les mots; il a besoin de témoins du Royaume, et c'est tout autre chose.
L'homme déchu a tendance à espérer dans la force magique de la parole. Dès l'Antiquité préhistorique, en prononçant une parole, en nommant quelque chose, l'homme était convaincu qu'il pouvait agir sur ce qu'il nommait. Par la suite, il a transféré cette attitude aux hommes et aux dieux. On considérait que...
L'homme déchu a tendance à espérer dans la force magique de la parole. Dès l'Antiquité préhistorique, en prononçant une parole, en nommant quelque chose, l'homme était convaincu qu'il pouvait agir sur ce qu'il nommait. Par la suite, il a transféré cette attitude aux hommes et aux dieux. On considérait que... Lire la suite
Par le prophète Jérémie, le Seigneur dénonce son peuple pour son idolâtrie et ses iniquités. Cependant il est peu probable que les habitants du royaume de Juda, où il y avait « autant de dieux que de villes », s'en soient beaucoup affligés. Aux dénonciations ils répondent avec perplexité: où donc est le péché ici?
Savons-nous voir nos défauts et nos péchés? Ou bien préférons-nous juger les autres, ce qui est beaucoup plus facile? Pour trouver la paix avec Dieu et avec le prochain, il est très important de reconnaître à temps notre tort devant lui, et alors il nous aidera certainement à corriger et à renouveler notre vie.
Par le prophète Jérémie, le Seigneur dénonce son peuple pour son idolâtrie et ses iniquités. Cependant il est peu probable que les habitants du royaume de Juda, où il y avait « autant de dieux que de villes », s'en soient beaucoup affligés. Aux dénonciations ils répondent...
Par le prophète Jérémie, le Seigneur dénonce son peuple pour son idolâtrie et ses iniquités. Cependant il est peu probable que les habitants du royaume de Juda, où il y avait « autant de dieux que de villes », s'en soient beaucoup affligés. Aux dénonciations ils répondent... Lire la suite
L'évangéliste Jean parle ici de l'essence de ce dont il est devenu témoin: la vie terrestre de Jésus Christ. En regardant en arrière, soixante ans après les événements décrits, il voit et nomme l'essentiel: le Logos prééternel, Celui en qui se trouve tout le sens de l'univers, tout le dessein sur la création, Celui qui est Dieu, s'est incarné, a abaissé sa vie jusqu'à la vie humaine et a habité sur la terre, en communion avec Jean et les autres contemporains. Ici, dans notre monde, est descendue la plénitude de la grâce et de la vérité; elle est devenue visible, audible, tangible, montrant à tous que la chair humaine peut contenir la présence de Dieu, peut être pure du péché, peut être élevée à la vie éternelle. Le mot même de « gloire », « gloire de Dieu », signifie la manifestation visible et connaissable du Dieu invisible et incompréhensible, non pas seulement un symbole, mais le fait de sa présence agissante. Et l'apôtre Jean témoigne de cette manifestation de Dieu lui-même dans la personne, l'hypostase selon la terminologie patristique, du Fils unique: Fils de Dieu et Fils de l'Homme, Jésus Christ.
Deux questions surgissent ici. La première: croyons-nous à ce témoignage? Ce n'est pas si facile: nous sommes habitués au fait que l'on nous prouve tout, nous contraignant ainsi à être d'accord; ici, il n'y a et ne peut y avoir aucune preuve, aucune contrainte. Il faut prendre sa propre décision, absolument libre...
Et la deuxième question: même si tout cela a eu lieu, cela a-t-il un rapport quelconque avec ma vie? Si l'on y réfléchit, tout cela nous révèle à quelle hauteur peut atteindre la vie humaine, combien elle peut être remplie de sens et de justice. Bien plus: s'il y a une présence de Dieu dans ce monde, on peut y entrer; et si Dieu a pu entrer dans un corps humain, il peut entrer aussi en nous. Ainsi, une union dans les deux sens entre notre vie et la vie de Dieu, la vie éternelle, est possible! C'est assez considérable, n'est-ce pas?
L'évangéliste Jean parle ici de l'essence de ce dont il est devenu témoin: la vie terrestre de Jésus Christ. En regardant en arrière, soixante ans après les événements décrits, il voit et nomme l'essentiel...
L'évangéliste Jean parle ici de l'essence de ce dont il est devenu témoin: la vie terrestre de Jésus Christ. En regardant en arrière, soixante ans après les événements décrits, il voit et nomme l'essentiel... Lire la suite
Parfois nous sommes frappés par la dureté avec laquelle le jugement de Dieu et le jugement humain s'accomplissaient dans l'Ancien Testament. Il vaut pourtant la peine de se souvenir de deux choses: premièrement, la conscience de l'homme ancien ne pouvait pas contenir en même temps les notions de « liberté de conscience » et de fidélité à Dieu. Deuxièmement, il n'est pas seulement question ici de « traditions religieuses » ou de culture, mais de vie et de mort. Nous qui sommes habitués à vivre dans une atmosphère de tolérance religieuse et qui avons le commandement de ne pas juger les autres, il nous manque souvent la compréhension de ce contraste entre la foi et l'infidélité, alors qu'elles nous apportent respectivement la vie et la mort.
Parfois nous sommes frappés par la dureté avec laquelle le jugement de Dieu et le jugement humain s'accomplissaient dans l'Ancien Testament. Il vaut pourtant la peine de se souvenir de deux choses...
Parfois nous sommes frappés par la dureté avec laquelle le jugement de Dieu et le jugement humain s'accomplissaient dans l'Ancien Testament. Il vaut pourtant la peine de se souvenir de deux choses... Lire la suite
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