Le troisième chapitre du Livre de Josué témoigne assez clairement qu’il faisait autrefois partie de cette composition que les biblistes appellent d’ordinaire l’Hexateuque, concluant le récit de l’Exode et de l’acquisition par le peuple de la terre promise par Dieu à Abraham et à ses descendants. On voit ici un parallèle avec le passage de la mer Rouge (plus exactement, de la mer des Roseaux), raconté par le Livre de l’Exode, et Josué y apparaît comme le continuateur de l’œuvre de Moïse, devant qui Dieu écarte les eaux du Jourdain comme il avait autrefois écarté devant Moïse les eaux de la mer des Roseaux.
Certains biblistes considèrent le texte du troisième chapitre comme rituel, en supposant qu’il est lié à quelque ancien sanctuaire, peut-être celui-là même qui fut construit en mémoire du passage du Jourdain et du début de la conquête de la terre (par la suite, il perdit son importance de centre religieux, et ses pierres sacrées ne furent plus perçues que comme un ancien monument rappelant des temps glorieux depuis longtemps passés). Il est évident qu’une procession rituelle du genre décrit dans ce chapitre, avec le transport solennel à travers le fleuve de la Tente et de l’Arche, n’a été possible qu’après la conquête : une telle procession aurait difficilement pu être sûre sous les yeux de l’ennemi.
Dans le cas présent, toutefois, cela importe peu : l’écrivain sacré ne crée pas simplement une histoire, mais une histoire sainte. En commençant l’histoire de la conquête par la description d’un rite ancien, en incluant dans son récit un texte rituel, l’auteur veut dire que nous n’avons pas devant nous de simples nomades ayant envahi un territoire étranger qu’ils veulent conquérir ; nous avons devant nous le peuple de Dieu, qui marche vers la terre que Dieu lui a promise. Bien sûr, Dieu n’est pas partisan de la guerre ; en ce sens, il n’y a pas de guerres « saintes ». Mais Dieu doit ouvrir un chemin à son peuple, au besoin même à travers la guerre. La guerre n’est jamais l’œuvre de Dieu, mais le chemin à travers la guerre et par elle vers le but peut l’être, s’il n’y a pas d’autre chemin.
