Poursuivant le récit des visions que lui montrait l'Ange du Seigneur, le prophète Zacharie annonce de nouveau la prospérité à venir de Jérusalem. Comme pour le prophète Ézéchiel, une image essentielle pour Zacharie est celle...
Poursuivant le récit des visions que lui montrait l'Ange du Seigneur, le prophète Zacharie annonce de nouveau la prospérité à venir de Jérusalem. Comme pour le prophète Ézéchiel, une image essentielle pour Zacharie est celle du cordeau d'arpenteur qui mesure la ville. Cette mesure souligne que la restauration de Jérusalem ne sera pas simplement le fruit d'efforts humains, mais l'accomplissement du dessein de Dieu. Le Seigneur Lui-même fixe la mesure de la ville et du Temple, et Lui-même sera autour de la ville une muraille de feu qui la protégera de l'ennemi. Il est très probable que ces paroles du Seigneur répondent à l'opinion de nombreux exilés revenus au pays : il fallait d'abord rebâtir les fortifications de la ville, restaurer la puissance militaire et économique, puis seulement reconstruire le Temple du Seigneur. Le prophète complétera plus tard ces paroles du Seigneur, selon lesquelles Il sera Lui-même la muraille de feu de Jérusalem, par les paroles adressées à Zorobabel sur la source de la victoire du peuple élu (Za 4:6).
Dans la seconde moitié du deuxième chapitre, Zacharie appelle tous les exilés de Sion à revenir. Le Seigneur, qui considère Son peuple comme un trésor précieux, la prunelle de Son œil, témoigne de Son amour pour lui en le délivrant. Pour le prophète, ce retour de captivité est une véritable manifestation de la gloire de Dieu, une action directe de Dieu Lui-même et une expression de Sa présence parmi les hommes. « Exulte et réjouis-toi, fille de Sion ! Car voici que Je viens et que J'habiterai au milieu de toi. »
Ces paroles ne peuvent pourtant pas concerner uniquement la reconstruction du Temple et le renouvellement de la présence de Dieu en son sein. La venue de nombreuses nations à Dieu, ainsi que l'expression même « en ce jour-là », rappellent toutes les prophéties sur le jour du Seigneur, où, avec la manifestation du Messie, toutes les nations connaîtront le Seigneur. Le prophète parle donc ici, consciemment ou sans en avoir pleinement conscience, de la venue du Messie comme source de joie et de salut pour le monde entier, et cette prophétie s'accomplit dans l'Église du Nouveau Testament.
Mais l'allégresse à laquelle est appelée Jérusalem libérée, l'allégresse de la venue du Dieu Sauveur, ne peut qu'être empreinte de révérence. Aussi Zacharie termine-t-il le deuxième chapitre par l'une de ses paroles les plus célèbres : « Que toute chair humaine fasse silence devant le Seigneur ! Car Il se lève de Sa demeure sainte. » Chantées le Samedi saint, jour où le Messie crucifié repose au tombeau, ces paroles évoquent la grandeur mystérieuse de l'action salvatrice de Dieu, la manifestation insondable de Son amour pour les hommes. C'est pour cet amour qu'Il se lève de Sa demeure sainte et descend dans les profondeurs de la terre, afin de faire sortir des enfers ceux pour qui Il est mort.
Pour le prophète Zacharie, la purification spirituelle, la délivrance du péché, devient le cœur de l'action salvatrice de Dieu. Au début du troisième chapitre, il parle d'une vision dans laquelle le grand prêtre Josué, vêtu de vêtements souillés, est amené devant le Seigneur. Ces vêtements souillés symbolisent ici les péchés du peuple, déposés sur le grand prêtre. En les lui retirant, l'Ange du Seigneur témoigne que Dieu Lui-même a purifié Son peuple. Après cette purification, le grand prêtre reçoit symboliquement accès à la présence du Seigneur, pour demeurer devant Lui. Il est important que le prophète Zacharie lie la purification à un seul homme, sur qui sont déposés les péchés de tous et en qui s'accomplit leur purification.
Du grand prêtre réel, contemporain de Zacharie, le regard du prophète se tourne vers l'avenir, et il transmet les paroles de Dieu selon lesquelles le Seigneur fait venir Son Serviteur, le Germe, afin que, comme le grand prêtre Josué, Il efface les péchés de tous les hommes. Isaïe, Osée, Jérémie et Ézéchiel donnent tous au Christ ce nom de « Germe » : le prophète Zacharie poursuit ainsi une ancienne tradition prophétique.
Voilà donc ce dont le prophète invite à se réjouir à la fin du chapitre précédent, voilà ce devant quoi il se tait dans une crainte révérencielle. Le Serviteur de Dieu, le Germe issu de la racine de David, effacera le péché de ce pays et le fera en un seul grand Jour. Comme le Second Isaïe, Zacharie parle de l'essence de la rédemption, dans laquelle l'amour du Créateur sera manifesté au monde.
2:6 l) Comme en Ez 41.13, la mesure est faite en vue d’une restauration. Le mesureur est un ange.
2:8 m) L’ange mesureur.
2:9 n) La Jérusalem messianique sera défendue par Yahvé lui-même, revenu dans son Temple, cf. Ez 43.1s.
2:11 o) Sion désigne les exilés, comme en Isa 51.16.
2:12 p) L’hébr. porte « son œil », mais c’est une correction de scribe pour éliminer l’anthropomorphisme du texte primitif que restitue la traduction.
2:15 q) « pour lui » grec ; « pour moi » hébr. — « Elles habiteront » grec ; « J’habiterai » hébr. — L’alliance est ici étendue à tous les peuples Jérusalem sera la métropole religieuse de l’univers, cf. Isa 45.14.
2:16 r) L’expression apparaît ici pour la première fois dans la littérature biblique, cf. 2 M 1.7.
3:1 s) Yahvé.
3:1 t) À l’entrée du ciel, l’ange de Yahvé préside une cour de justice. À la droite du grand prêtre Josué, se tient un ange malfaisant, « le Satan » (« l’Accusateur »), ennemi de l’homme, cf. Jb 1.6.
3:2 u) « l’ange de Yahvé » syr. ; « Yahvé » hébr.
3:2 v) Josué représente le peuple juif.
3:3 w) Signe de deuil, soit pour un mort, soit à l’occasion d’une catastrophe nationale le deuil implique alors la reconnaissance d’un péché, cf. v. 4. — Ici, le deuil national qui dure depuis 587 va se terminer.
3:7 x) Josué ne représente plus ici le peuple juif. On s’adresse à Josué lui-même, ainsi qu’au sacerdoce à venir qu’il annonce, cf. 3.8. Ce sacerdoce va participer à la fonction médiatrice des anges, cf. Ml 2.7.
3:8 y) On serait tenté d’insérer le v. 8 au milieu du v. 9, mais cette transposition n’a l’appui d’aucun témoin ancien.
3:8 z) Ce nom messianique, cf. Jr 23.5, ne semble pas encore appliqué à Zorobabel, comme en 6.12. — Au lieu de « Germe », le grec a « Soleil levant », cf. Lc 1.78.
3:9 a) Cette pierre unique désigne sans doute le Temple. Les sept yeux symbolisent la présence vigilante de Yahvé, 4.10. L’inscription (« consacré à Yahvé »?) n’est pas encore gravée la construction n’est pas terminée.
Le livre de Zacharie se compose de deux parties bien distinctes : 1-8 et 9-14. Après une introduction, datée d’octobre-novembre 520, deux mois après la première prophétie d’Aggée, le livre rapporte huit visions du prophète datées de février 519, 1.7 – 6.8, suivies du couronnement symbolique de Zorobabel (les réviseurs ont substitué le nom du grand prêtre Josué lorsque se fut évanoui l’espoir qu’on avait mis en Zorobabel et que le sacerdoce détint tout le pouvoir), 6.9-14. Le chap. 7 fait un retour sur le passé national et le chap. 8 ouvre des perspectives de salut messianique, l’un et l’autre à propos d’une question sur le jeûne, posée en novembre 518.
Cet ensemble bien daté et de pensée homogène est certainement authentique ; il porte cependant les marques d’une révision, faite par le prophète lui-même ou par ses disciples. Par exemple, les annonces universalistes de 8.20-23 ont été ajoutées après 8.18-19 qui est une conclusion.
Comme Aggée, Zacharie se préoccupe de la reconstruction du Temple. Mais il fait une part plus large à la restauration nationale et à ses exigences de pureté et de moralité, et l’attente eschatologique est plus pressante. Cette restauration doit ouvrir une ère messianique où le sacerdoce représenté par Josué sera exalté, 3.1-7, mais où la royauté sera exercée par le « Germe », 3.8, terme messianique que 6.12 applique à Zorobabel. Les deux Oints, 4.14, gouverneront en parfait accord, 6.13. Ainsi Zacharie fait renaître la vieille idée du messianisme royal mais l’associe aux préoccupations sacerdotales d’Ézéchiel, dont l’influence se marque sur bien des points : rôle prépondérant des visions, tendance apocalyptique, souci de la pureté. Les mêmes traits et la part faite aux anges préludent à Daniel.
La deuxième partie, 9-14, qui s’ouvre d’ailleurs par un nouveau titre, 9.1, est toute différente. Les pièces sont sans date et anonymes. Il n’est plus question ni de Zacharie, ni de Josué, ni de Zorobabel, ni de la construction du Temple. Le style est différent et fait un fréquent usage des livres antérieurs, surtout Jr et Ez. L’horizon historique n’est plus le même ; Assur et l’Égypte viennent comme les noms symboliques de tous les oppresseurs.
Ces chapitres ont très vraisemblablement été composés dans les dernières décennies du IVe siècle av. J.-C., après la conquête d’Alexandre. Malgré les efforts récemment renouvelés pour prouver leur unité, il faut admettre qu’ils sont disparates. On distingue deux sections introduites chacune par un titre, 9-11 et 12-14 ; la première est presque entièrement en vers, la seconde est presque entièrement en prose. On parle d’un Deutéro-Zacharie et d’un Trito-Zacharie. En fait ce sont deux collections elles-mêmes composites. La première utilise peut-être d’anciens morceaux poétiques, préexiliques, et se réfère à des faits d’histoire qu’il est difficile de préciser (l’application de 9.1-8 à la conquête d’Alexandre reste la plus vraisemblable). La seconde partie, 12-14, décrit en termes d’apocalypse les épreuves et les gloires de la Jérusalem des derniers temps. Mais l’eschatologie n’est pas absente de la première partie et certains thèmes se retrouvent dans les deux sections, ainsi celui des « pasteurs » du peuple, 10.2-3 ; 11.4-14 ; 13.7-9.
Cette partie du livre est importante surtout par sa doctrine messianique, d’ailleurs peu unifiée : relèvement de la maison de David, 12 Passim, attente d’un Roi messie humble et pacifique, 9.9-10, mais annonce mystérieuse du Transpercé, 12.10, théocratie guerrière, 10.3 – 11.3, mais aussi cultuelle à la manière d’Ézéchiel, 14. Ces traits s’harmoniseront dans la personne du Christ et le Nouveau Testament cite souvent ces chapitres de Zacharie ou au moins y fait allusion, ainsi Mt 21.4-5 ; 27.9 (combiné avec Jérémie) ; Mt 26.31 = Mc 14.27 ; Jn 19.37.