Le récit de la femme qui souffrait d'un flux de sang et fut guérie en touchant le bord du vêtement de Jésus diffère quelque peu des autres histoires de guérison. Ce qui frappe d'abord ici, c'est que la femme ne s'adresse pas du tout à Jésus, ne lui demande rien, mais se contente de le toucher en silence. Dans une autre version de ce récit, il est vrai, Jésus attire tout de même l'attention sur elle, mais il le fait de sa propre initiative, tandis que la femme, au contraire, s'efforce autant que possible de rester inaperçue.
Il semblerait qu'un tel désir d'obtenir ce que l'on souhaite comme en secret, sans rien demander à Celui dont on attend de l'aide, devrait plutôt témoigner contre cette personne. Mais en y regardant de plus près, tout n'est pas si simple: la femme qui souffrait d'un flux de sang était considérée comme impure, et en touchant qui que ce soit, elle souillait inévitablement celui qu'elle touchait. On comprend parfaitement comment aurait réagi une personne ainsi souillée. Le risque était grand et ne se justifiait que par le fait que la femme espérait un miracle, une guérison. En cas de guérison, il n'aurait plus été question de souillure: la maladie avait reculé, le flux de sang n'existait plus, et donc il n'y avait plus rien qui souille. Il ne resterait à la femme guérie qu'à accomplir le rite de purification et à offrir le sacrifice prescrit. Mais si la guérison ne s'était pas produite, on aurait pu accuser la femme d'un délit assez grave.
Malgré cela, elle décida d'agir sans demander la permission. Elle comprenait manifestement très bien que sa demande aurait placé Celui à qui elle s'adressait dans une situation ambiguë: il n'aurait très probablement pas voulu lui refuser, mais, en acceptant, il risquait de se souiller si la guérison ne se produisait pas, ce qui lui aurait été au minimum désagréable. Et il aurait tout de même pu, comme la femme le pensait vraisemblablement, tout simplement refuser, ne voulant pas de problèmes supplémentaires. Elle se décide donc à agir à ses risques et périls, en faisant entièrement confiance à Celui auprès de qui elle cherchait la guérison, tout en désirant réduire au minimum les problèmes possibles pour lui. Manifestement, elle fait pleinement confiance à cet inconnu, elle croit en sa puissance. Et elle reçoit sa récompense, étant guérie de la maladie dont elle souffrait depuis de longues années.
