La lecture d'aujourd'hui poursuit le thème de l'apostasie et du châtiment qui la suit. Il est évident que maintenant, lorsque le « point de non-retour » dans les relations entre Dieu et son peuple a été franchi, le châtiment devient inévitable. Mais ce châtiment ne se révèle pas tout à fait tel que nous avons l'habitude de l'imaginer. À proprement parler, Dieu ne châtie pas directement son peuple. Il le laisse simplement seul face aux conséquences de ses propres péchés (v. 36-43).
En un certain sens, on pourrait dire que les avertissements envoyés par Dieu au peuple (v. 27) ont le même caractère; mais alors Dieu ne l'abandonnait pas encore définitivement, il lui faisait seulement sentir le poids des conséquences possibles du péché commis; maintenant, ces conséquences s'abattent pleinement sur le peuple. On pourrait penser qu'une telle permission peut parfaitement être tenue pour un véritable châtiment. Mais il faut ici parler plutôt non d'un châtiment, mais d'une sorte de thérapie de choc, et en un certain sens imposée par la situation.
En effet, avant que la situation devienne celle que décrit le passage d'aujourd'hui, le peuple avait déjà eu le temps, au fond, de rompre toutes les relations qui l'unissaient à Dieu. Or, sans de telles relations, les possibilités d'intervention de Dieu dans la situation deviennent extrêmement limitées, car il prend entièrement au sérieux la liberté de volonté des hommes qu'il a créés, comme celle de peuples entiers. Et si le peuple dit à Dieu un « non » résolu, il prend aussi ce « non » avec tout le sérieux requis. Il ne joue pas avec la liberté du choix: il donne réellement cette liberté à chacun, tout en faisant porter à chacun la pleine responsabilité du choix accompli.
Bien sûr, il aurait pu à tout moment mettre fin au jeu, arrêter l'expérience, intervenir dans la situation sans tenir compte du choix de personne. Mais justement, pour Dieu, la liberté n'est ni un jeu ni une expérience, mais une réalité absolue. Pourtant l'homme déchu voudrait parfois, sans doute, qu'elle soit une sorte de jeu et qu'en cas d'échec on puisse tout recommencer depuis le début. Mais Dieu ne donne à l'homme, et parfois à tout un peuple, une telle chance que dans un seul cas: en cas de repentir et de conversion.
Et c'est précisément ce repentir et cette conversion qu'il attend de son peuple, afin de lui donner la possibilité de tout recommencer depuis le début (v. 60-63). Mais ce ne sera pas la répétition de l'ancienne histoire, ce sera une nouvelle étape. Ce qui a été ne peut pas être rendu, et la mémoire des péchés commis ne s'efface pas sans trace (v. 63). Ce n'est que lorsque le Royaume entrera dans le monde et se révélera dans toute sa plénitude, en transformant tout, que le péché disparaîtra pour toujours, et que même son souvenir sera effacé.
