Paul et ses compagnons ne suivaient déjà plus strictement la règle qu’avaient suivie les premiers témoins, contraints de quitter Jérusalem à cause des persécutions. Ceux-là ne témoignaient qu’aux Juifs; ceux-ci étaient prêts à témoigner à quiconque était prêt à écouter et à recevoir...
Paul et ses compagnons ne suivaient déjà plus strictement la règle qu’avaient suivie les premiers témoins, contraints de quitter Jérusalem à cause des persécutions. Ceux-là ne témoignaient qu’aux Juifs; ceux-ci étaient prêts à témoigner à quiconque était prêt à écouter et à recevoir leur témoignage. La situation, à cet égard, avait changé radicalement. Et il ne s’agit pas simplement d’un élargissement de l’auditoire. Il s’agit de savoir où passe la frontière du peuple de Dieu. Pour ces premiers témoins, il allait de soi que ces frontières coïncidaient avec celles du peuple juif.
Ils étaient bien sûr chrétiens (plus exactement messianistes : ce sont les messianistes issus des païens qui ont commencé à s’appeler chrétiens). Ils ne doutaient pas que Jésus de Nazareth soit le Messie et le Fils de Dieu. Mais ils étaient tout aussi convaincus qu’on ne pouvait Le suivre qu’en étant Juif. Et si l’on n’était pas né Juif, il fallait d’abord le devenir en acceptant le judaïsme; ensuite seulement on pourrait parler aussi du Messie.
Ils voyaient l’Église comme la continuation du peuple juif et comme une partie de celui-ci, comme sa composante messianique. Paul et ses compagnons, eux, regardaient la situation tout autrement. Pour eux, l’Église n’est pas une simple continuation du peuple juif ni sa partie messianique. Pour eux, l’Église est le peuple de Dieu dans toute sa plénitude. Et l’appartenance à l’Église ne se définit pas par l’appartenance au peuple juif. Bien sûr, l’Église est ouverte à tout Juif qui reçoit Jésus comme Messie et comme Fils de Dieu. Mais elle est tout aussi ouverte à n’importe quel autre, même si cet autre n’a aucun rapport avec la judéité.
Une seule chose importe : l’homme doit recevoir Jésus comme Messie et comme Fils de Dieu. Et il doit avoir avec Lui ses propres relations, profondément personnelles. Et il ne s’agit évidemment pas ici du fait que Paul aurait spécialement révisé les normes traditionnelles de la Torah afin d’élargir les frontières de l’Église. Il s’agit du fait que Dieu a ouvert Son Royaume aux païens, et Paul ne pouvait pas l’ignorer. Or les frontières de l’Église (celle qui prend une majuscule) coïncident avec celles du Royaume. Et pour les franchir, il n’est pas nécessaire d’être Juif.
Ainsi, si dans une grande ville, ou même une ville moins grande, la communauté juive reste dans sa grande majorité indifférente au témoignage rendu au Christ, alors on peut et on doit témoigner auprès de tous les autres. Non pour défier la synagogue locale, mais simplement parce que, dans cette même ville, il peut se trouver des personnes prêtes à entrer dans le Royaume, et donc dans l’Église. Conditionner leur entrée dans l’Église à l’attitude du quartier juif local envers l’Église serait incorrect et injuste envers elles. Plus encore : ce serait une violation directe du dessein de Dieu et un obstacle à Son action dans le monde. Aucun véritable témoin du Christ ne s’y serait résolu, y compris, bien sûr, Paul et ses compagnons.