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Lecture en trois ans pour le 5 juin 2026

La Bible de Jérusalem (fr)

Jéremie, Chapitre 47

V. Oracles contre les nations> 1 Oracle contre les Philistins.
Parole de Yahvé qui fut adressée au prophète Jérémie sur les Philistins, avant que Pharaon ne frappe Gaza :
Ainsi parle Yahvé.Voici les eaux qui montent du Nord,
elles deviennent un fleuve débordant
qui submerge le pays avec ce qu’il contient,
les villes avec leurs habitants.
Les hommes crient, ils gémissent
tous les habitants du pays,
au martèlement des sabots de ses chevaux,
au vacarme de ses chars, au fracas de ses roues.
Les pères ne regardent plus leurs enfants,
leurs mains défaillent,
à cause du Jour qui est arrivé
où tous les Philistins seront anéantis,
où Tyr et Sidon verront abattre
jusqu’à leurs derniers alliés.
Oui, Yahvé anéantit les Philistins,
le reste de l’île de Kaphtor.
La tonsure a été infligée à Gaza,
Ashqelôn est réduite au silence.
Toi qui restes de leur vallée,
jusques à quand te feras-tu des incisions ?
Hélas, épée de Yahvé,
jusques à quand seras-tu sans repos ?
Rentre en ton fourreau,
arrête, calme-toi !
— Comment se reposerait-elle
quand Yahvé lui a donné des ordres ?
Ashqelôn et le rivage de la mer,
voilà les buts fixés.

Jéremie, Chapitre 48

V. Oracles contre les nations> 1 Oracles contre Moab.
Sur Moab. Ainsi parle Yahvé Sabaot, le Dieu d’Israël.Malheur au Nébo, car il est saccagé,
Qiryatayim a eu honte, elle est prise,
honte et terreur sur la citadelle :
elle n’est plus, la fierté de Moab !
À Heshbôn on a machiné son malheur :
« Allons ! Supprimons-la d’entre les nations ! »
Toi aussi, Madmèn, tu seras réduite au silence,
l’épée te serre de près.
Des clameurs viennent de Horonayim :
« Dévastation ! Immense désastre ! »
Moab est terrassée,
ses petits font entendre un cri.
Oui, la montée de Luhit,
on la monte en pleurant.
Oui, à la descente de Horonayim,
on entend une clameur de désastre :
« Fuyez, sauvez votre vie,
imitez l’onagre dans le désert ! »
Oui, puisque tu t’es fiée à tes œuvres et à tes trésors,
tu seras prise, toi aussi.
Kemosh partira en captivité,
avec ses prêtres et ses princes tous ensemble.
Un dévastateur va venir contre toute ville,
aucune ne réchappera :
la Vallée sera ravagée, le Plateau
saccagé,
comme Yahvé l’a dit.
Donnez des ailes à Moab,
pour qu’elle puisse s’envoler !
Ses villes se changeront en désolation,
nul n’y habitant plus.
10 (Maudit celui qui fait avec négligence le travail de Yahvé !
Maudit qui prive de sang son épée !)
11 Tranquille était Moab depuis sa jeunesse,
il reposait sur sa lie,
n’ayant jamais été transvasé,
n’étant jamais parti en exil ;
aussi sa saveur lui était restée
et son parfum ne s’était pas altéré.
12 
C’est pourquoi, voici venir des jours — oracle de Yahvé —, où je lui enverrai des transvaseurs qui le transvaseront ; ils videront ses cruches et briseront ses amphores.
13 Alors Moab aura honte de Kemosh, comme la maison d’Israël a eu honte de Béthel en qui elle se confia.
14 Comment pouvez-vous dire : « Nous sommes des héros,
de vrais combattants ? »
15 Moab est ravagé ; on a escaladé ses villes,
l’élite de sa jeunesse descend à la boucherie,
oracle du Roi qui a pour nom Yahvé Sabaot.
16 La ruine de Moab est proche,
son malheur se précipite.
17 Plaignez-le, vous tous ses voisins,
vous tous qui connaissiez son nom.
Dites : « Quoi ! Il est brisé, ce bâton puissant,
ce sceptre magnifique ! »
18 Descends de ta gloire, assieds-toi sur un sol assoiffé,
habitante, fille de Dibôn,
car le dévastateur de Moab est monté contre toi,
il a détruit tes forteresses.
19 Poste-toi sur la route et guette,
habitante d’Aroër,
interroge fuyard et rescapé.
Demande : « Qu’est-il arrivé ? »
20 — « Moab est honteux de sa destruction ;
gémissez et criez !
Publiez sur l’Arnon que Moab est dévasté ! »
21 
Le jugement est venu contre le Plateau, contre Holôn, Yahça, Méphaat,
22 Dibôn, Nébo, Bet-Diblatayim,
23 Qiryatayim, Bet-Gamul, Bet-Meôn,
24 Qeriyyot, Boçra et contre toutes les villes du pays de Moab, les lointaines comme les proches.
25 « La force de Moab est abattue,
son bras est brisé, oracle de Yahvé. »
26 Enivrez-le, car il s’est dressé contre Yahvé : que Moab se roule dans sa vomissure et devienne, lui aussi, une risée.
27 Israël n’était-il pas pour toi une risée ? A-t-il été surpris parmi les voleurs, que tu hoches la tête chaque fois que tu parles de lui ?
28 « Abandonnez les villes, installez-vous dans les rochers,
habitants de Moab !
Imitez le pigeon qui fait son nid
aux parois d’une gorge béante ! »
29 Nous avons appris l’orgueil de Moab,
son arrogance excessive :
quelle superbe ! quel orgueil ! quelle arrogance !
quel cœur altier !
30 — Je connais bien sa présomption — oracle de Yahvé —,
son bavardage sans consistance,
ses actes sans consistance !
31 — Aussi je me lamente sur Moab,
sur Moab tout entier, j’élève mon cri ;
on gémit sur les gens de Qir-Hérès.
32 Plus que sur Yazèr, je pleure sur toi,
vignoble de Sibma.
Tes sarments s’étendaient au-delà de la mer,
ils atteignaient jusqu’à Yazèr.
Sur ta vendange et ta récolte
est tombé le dévastateur.
33 L’allégresse et la gaîté ont disparu
des vergers et de la terre de Moab.
J’ai tari le vin des cuves,
le fouleur ne foule plus,
le cri de joie ne résonne plus.
34 Les cris de Heshbôn et de Éléalé vont jusqu’à Yahaç. On élève la voix de Çoar jusqu’à Horonayim et à ÉglatShelishiyya, car même les eaux de Nimrim deviennent un lieu désolé.
35 Et je ferai disparaître en Moab — oracle de Yahvé — celui qui fait une offrande
sur le haut lieu et celui qui encense ses dieux.
36 Aussi mon cœur hulule sur Moab à la manière des flûtes ; mon cœur hulule sur les gens de Qir-Hérès à la manière des flûtes ; parce qu’il est perdu, le trésor amassé !
37 Oui, toute tête est rasée, toute barbe coupée, à toutes les mains il y a des incisions, sur tous les reins un sac !
38 Sur toutes les terrasses de Moab et sur toutes ses places, ce n’est qu’une lamentation, parce que j’ai brisé Moab comme un vase de rebut, oracle de Yahvé.
39 Comme il a été détruit ! Gémissez ! Comme Moab, honteusement, a tourné le dos ! Moab est devenu un objet de risée et d’épouvante pour tous ses voisins.
40 Car ainsi parle Yahvé :
(Voici comme un aigle qui plane
et va déployer ses ailes sur Moab.)
41 Les villes sont prises,
les forteresses enlevées.
(Et le cœur des guerriers de Moab, en ce jour-là,
sera pareil au cœur d’une femme en travail.)
42 Moab, exterminé, cesse d’être un peuple,
pour s’être dressé contre Yahvé.
43 Frayeur, fosse, filet,
pour toi, habitant de Moab !
Oracle de Yahvé.
44 Qui fuira loin de la frayeur
tombera dans la fosse,
et qui remontera de la fosse
sera pris dans le filet.
Oui, je vais amener tout cela sur Moab,
l’année de leur châtiment,
oracle de Yahvé.
45 À l’abri de Heshbôn ont fait halte
les fuyards à bout de force.
Mais un feu est sorti de Heshbôn,
une flamme du palais de Sihôn,
qui a dévoré les tempes de Moab
et le crâne d’une engeance de tumulte.
46 Malheur à toi, Moab !
Il est perdu, le peuple de Kemosh !
Car tes fils sont emmenés en exil
et tes filles en captivité.
47 Mais je ramènerai les captifs de Moab,
à la fin des jours, oracle de Yahvé.
Jusqu’ici le jugement de Moab.
Lire la suite:Jéremie, Chapitre 49
Notes:
Commentaire sur le fragment en cours
Commentaire sur le livre
Notes sur la partie

47:1 p) Soit le Pharaon Néko, selon Hérodote (Histoire II, 159, où Magdolos serait Megiddo et Kadytis Gaza) ; soit le Pharaon Hophra qui, toujours selon Hérodote (II, 161), combattit Tyr et Sidon et à cette occasion attaqua peut-être leurs alliés philistins.


47:4 q) La Crète ; on considérait que les Philistins en étaient originaires, Dt 2.23 ; Am 9.7. Sur les villes philistines, voir 25.20.


47:5 r) Au lieu de « de leur vallée » une légère correction permettrait de lire, comme le grec, « des Anaqim », cf. Jos 11.22. — Tonsure et incisions sont des rites de deuil, cf. Lv 21.5 ; Mi 1.16, etc.


47:7 s) « se reposerait-elle » versions, cf. la suite du v. ; « te reposerais-tu » hébr.


48:1 t) Il est difficile de discerner exactement le noyau primitif de cet oracle, dont le texte réutilise plusieurs passages bibliques Isa 15-16 ; Nb 21.27-30 ; 24.17. Il a pu être prononcé après 605, cf. 25.21 ; ou après 593, cf. 27.3 ; ou après 587, cf. Ez 25.8-11.


48:1 u) Moab est au sud d’Ammon, en Transjordanie ; on reconnaît ici le mont Nébo (Dt 34.1) ; Qiryatayim, peut-être vers le Khirbet el-Quraiyat, au sud-ouest de Madaba ; Heshbôn, aujourd’hui Hesbân, 12 km au nord de Madaba, et dont le nom fait ici jeu de mots avec hashab , « machiner »; Madmèn, aujourd’hui Khirbet Dimna, à 12 km au nord de Kérak, qui fait jeu de mots avec damam , « être réduit au silence »; Horonayim, vraisemblablement à l’est du pays, aux confins du désert ; Luhit, mal localisé, est à situer plutôt à l’ouest ; enfin si, avec le grec, on lit le v. 4 « annoncez-le jusqu’à Çoar » (au sud de la mer Morte, cf. Gn 14.2, 8), on se rend compte que l’effroi provoqué par l’invasion saisit le pays dans toute son étendue.


48:5 v) « (on) la (monte) » conj., cf. Isa 15.5 ; l’hébr. répète le mot « pleurs » bekê .


48:6 w) « l’onagre » (hébr. arod) grec ; « Aroër » hébr.


48:7 x) Dieu national des Moabites vv. 13 et 46 ; cf. Nb 21.29 ; 1 R 11.7 et 33.


48:9 y) Le mot hébr. (çîc) signifie normalement « fleur »; nous avons peut-être ici un sens inusité de ce mot, à moins qu’il ne faille corriger en noçah « plumage » « ailes », cf. Ez 17.3 ; Jb 39.13. Le grec a lu çiyûn « tombeau » et traduit « donnez un tombeau à Moab, car elle est dévastée ».


48:11 z) Moab, pays de vignoble, cf. vv. 32-33, était renommé pour son vin.


48:13 a) C’est le nom d’un grand sanctuaire du Nord, qui devint après le schisme le rival de celui de Jérusalem, cf. 1 R 18.29 ; Am 7.13 ; mais c’est aussi un nom divin dans le culte hétérodoxe de la colonie juive d’Éléphantine.


48:18 b) Littéralement « assieds-toi dans la soif ». — Dibôn, aujourd’hui Dibân, à 5 km environ au nord-ouest de Aroër (v. 19), aujourd’hui Araïr, sur l’Arnon. C’est à Dibân que fut découverte la stèle de Mésha, roi de Moab ; 2 R 3.4.


48:19 c) « rescapé » versions ; « rescapée » hébr. — La réponse est donnée aux vv. 20, 25 (où « oracle de Yahvé », omis par le grec, est peut-être une addition) et 28 ; les morceaux en prose sont des commentaires.


48:24 d) La plupart des villes citées ici sont d’identification incertaine. Il s’agit d’ailleurs simplement, par cette longue énumération, d’exprimer l’ampleur du désastre.


48:32 e) Qir-Hérès, « mur de tessons », est ici un sobriquet pour Qir-Moab, ancienne capitale des Moabites, aujourd’hui Kérak. Yazèr, probablement Khirbet Jazzir, au nord du pays de Moab. Sibma, entre Heshbôn (v. 2) et le Nébo ; la mer qu’est censé atteindre son vignoble est la mer Morte, à l’ouest.


48:33 f) « le fouleur » versions, cf. 1 S 16.10 ; « le cri de joie » hébr., dittographie ; — « résonne » herîm ou yehuddad , en supposant une forme non attestée du mot « cri de joie » hêdad , que répète l’hébr.


48:34 g) « les cris » conj. ; « à cause des cris » hébr. — « et de Éléalé » conj. ; cf. 1 S 15.4 ; « jusqu’à Éléalé » hébr. — Seules Çoar, au sud, et Heshbôn et Éléalé à quelques km l’une de l’autre, au nord, cf. v. 1, sont identifiées de manière certaine. Les « eaux de Nimrim » sont sans doute à chercher au nord de la mer Morte (mais on a proposé aussi le wadi Numeira, au sud-est).


48:44 h) « tout cela » grec, syr. ; « sur elle » hébr.


48:45 i) « du palais » mibbêt avec 3 mss hébr. ; « du milieu » mibbên TM. — Sihôn est le roi des Amorites, qui avait pour capitale Heshbôn, Nb 21.27-28 ; Dt 2.26-37.


48:47 j) Note d’un scribe, cf. 51.64.


Un peu plus d’un siècle après Isaïe, vers 650 av. J.-C., Jérémie naissait d’une famille sacerdotale installée aux environs de Jérusalem. Mieux que pour aucun autre prophète, sa vie et son caractère nous sont connus par les récits biographiques à la troisième personne qui parsèment son livre et dont voici la suite chronologique : 19.1 – 20.6 ; 26 ; 36 ; 45 ; 28-29 ; 51.59-64 ; 34.8-22 ; 37-44. Les « Confessions de Jérémie », 11.18 – 12.6 ; 15.10-21 ; 17.14-18 ; 18.18-23 ; 20.7-18, proviennent du prophète lui-même. Elles ne constituent pas une autobiographie, mais elles sont un témoignage émouvant des crises intérieures qu’il a traversées et qui sont décrites dans le style des Psaumes de lamentation. Appelé tout jeune par Dieu, en 626, la treizième année de Josias, 1.2, il a vécu la période tragique où se prépara et s’accomplit la ruine du royaume de Juda. La réforme religieuse et la restauration nationale de Josias éveillèrent des espoirs qui furent anéantis par la mort du roi à Megiddo en 609 et par le bouleversement du monde oriental, la chute de Ninive en 612 et l’expansion de l’empire chaldéen. Dès 605, Nabuchodonosor a imposé sa domination à la Palestine, puis Juda s’est révolté à l’instigation de l’Égypte qui intriguera jusqu’à la fin et, en 597, Nabuchodonosor conquiert Jérusalem et déporte une partie de ses habitants. Une nouvelle révolte ramène les armées chaldéennes et, en 587, Jérusalem est prise, le Temple est incendié, une seconde déportation a lieu. Jérémie a traversé cette dramatique histoire, prêchant, menaçant, prédisant la ruine, avertissant en vain les rois incapables qui se succèdent sur le trône de David, accusé de défaitisme par les militaires, persécuté, incarcéré. Après la prise de Jérusalem, et bien qu’il vît dans les exilés l’espoir de l’avenir, Jérémie choisit de rester en Palestine auprès de Godolias, nommé gouverneur par les Chaldéens. Mais celui-ci fut assassiné et un groupe de Juifs, craignant les représailles, s’enfuit en Égypte, entraînant Jérémie. C’est probablement là qu’il mourut.

Le drame de cette vie n’est pas seulement dans les événements auxquels Jérémie fut mêlé, il est aussi dans le prophète lui-même. Il avait une âme tendre, faite pour aimer, et il a été envoyé « pour arracher et renverser, pour exterminer et démolir », 1.10, il a eu à prédire surtout le malheur, 20.8. Il était désireux de paix et il a eu toujours à lutter, contre les siens, contre les rois, les prêtres, les faux prophètes, tout le peuple, « homme de querelle et de discorde pour tout le pays », 15.10. Il a été déchiré par la mission à laquelle il ne pouvait pas se soustraire, 20.9. Ses dialogues intérieurs avec Dieu sont semés de cris de douleur : « Pourquoi ma souffrance est-elle continue ? » 15.18, et le passage poignant qui annonce Job : « Maudit soit le jour où je suis né... », 20.14 et la suite.

Mais cette souffrance a épuré son âme et l’a ouverte au commerce divin. Ce qui nous rend Jérémie si cher et si proche, c’est la religion intérieure et cordiale qu’il a pratiquée, avant de la formuler dans l’annonce de la Nouvelle Alliance, 31.31-34. Cette religion personnelle l’a conduit à un approfondissement de l’enseignement traditionnel : Dieu scrute les reins et les cœurs, 11.20, il rend à chacun selon ses actes, 31.29-30 ; l’amitié avec Dieu, 2.2, est rompue par le péché, qui sort du cœur mauvais, 4.4 ; 17.9 ; 18.12. Ce côté affectif l’apparente à Osée dont il a subi l’influence ; cette intériorisation de la Loi, ce rôle du cœur dans les rapports avec Dieu, ce souci de la personne individuelle le rapprochent du Deutéronome. Jérémie a certainement vu avec faveur la réforme de Josias qui s’inspirait de ce livre, mais il a été cruellement déçu par son inefficacité pour changer la vie morale et religieuse du peuple.

La mission de Jérémie a échoué de son vivant, mais sa figure n’a cessé de grandir après sa mort. Par sa doctrine d’une Alliance nouvelle, fondée sur la religion du cœur, il a été le père du Judaïsme dans sa ligne la plus pure, et l’on relève son influence dans Ézéchiel, la seconde partie d’Isaïe et plusieurs Psaumes. L’époque maccabéenne le compte parmi les protecteurs du peuple, 2 M 2.1-8 ; 15.12-16. En mettant les valeurs spirituelles au premier plan, en dévoilant les rapports intimes que l’âme doit avoir avec Dieu, il a préparé la Nouvelle Alliance chrétienne, et sa vie d’abnégation et de souffrance au service de Dieu, après avoir pu fournir des traits à l’image du Serviteur dans Isa 53, fait de Jérémie une figure du Christ.

Cette influence durable suppose que les enseignements de Jérémie ont été souvent lus, médités et commentés. Cette action de toute une lignée spirituelle se reflète dans la composition de son livre. Il ne se présente pas, loin de là, comme une œuvre d’un seul jet. En dehors des oracles poétiques et des récits biographiques, il contient des discours en prose dans un style proche de celui du Deutéronome. Leur authenticité a été contestée et on les a attribués à des rédacteurs « deutéronomistes » d’après l’Exil. En fait, leur style est celui de la prose judéenne du VIIe et du début du VIe siècle av. J.-C., leur théologie est celle du courant religieux auquel appartiennent aussi bien Jérémie que le Deutéronome. Ils sont l’écho authentique de la prédication de Jérémie, recueillie par ses auditeurs. Toute cette tradition jérémienne ne s’est pas transmise sous une forme unique. La version grecque offre une recension qui est notablement plus courte (un huitième) que le texte massorétique et souvent différente dans le détail ; les découvertes de Qumrân prouvent que les deux recensions existaient en hébreu. De plus, le grec met les oracles contre les nations après 25.13 et dans un autre ordre que l’hébreu, qui les rejette à la fin du livre, 46-51. Ces prophéties ont peut-être formé d’abord une collection particulière et elles ne proviennent pas toutes de Jérémie : au moins, les oracles contre Moab et Édom ont été fortement retravaillés et le long oracle contre Babylone, 50-51, date de la fin de l’Exil. Le chap. 52 Se donne lui-même comme un appendice historique, qui est parallèle à 2 R 24.18 – 25.30. D’autres compléments de moindre étendue ont été insérés dans le cours du livre et témoignent de l’usage qu’en faisaient et de l’estime qu’en avaient les captifs de Babylone et la communauté renaissante après l’Exil. Il y a aussi une abondance de doublets, qui supposent un travail rédactionnel. Enfin, les indications chronologiques, qui sont nombreuses, ne se suivent pas. Le désordre actuel du livre est le résultat d’un long travail de composition, dont il est bien difficile de retracer toutes les étapes.

Le chap. 36 nous donne cependant les indications précieuses : en 605, Jérémie dicta à Baruch les oracles qu’il avait prononcés depuis le début de son ministère, 36.2, c’est-à-dire depuis 626. Ce rouleau, brûlé par Joiaqim, fut récrit et complété, 36.32. Sur le contenu de ce recueil, on ne peut faire que des hypothèses. Il semble avoir été introduit par 25.1-12 et groupait les pièces antérieures à 605 qu’on trouve dans les chap. 1-18, mais il contenait aussi, d’après 36.2, des oracles anciens contre les nations, auxquels se réfère 25.13-38. Les compléments qui y furent ajoutés ensuite sont, dans les mêmes sections, des pièces postérieures à 605 et d’autres oracles contre les nations. On y inséra les feuillets des « Confessions », dont le détail a été donné plus haut. On y joignit deux petits livrets, sur les rois, 21.11 – 23.8, et sur les prophètes, 23.9-40, qui ont pu avoir existé d’abord à part.

On isole déjà ainsi deux parties dans le livre : l’une contient des menaces contre Juda et Jérusalem, 1.1 – 25.13, l’autre des prophéties contre les nations, 25.13-38 et 46-51. Une troisième partie est constituée par 26-35, où l’on a rassemblé dans un ordre arbitraire des morceaux qui ont un ton plus optimiste. Ces pièces sont presque toutes en prose et proviennent en grande partie d’une biographie de Jérémie, qu’on attribue à Baruch. Il faut mettre à part les chap. 30-31 qui sont un livret poétique de consolation. La quatrième partie, 36-44, en prose, continue la biographie de Jérémie et donne le récit de ses souffrances pendant et après le siège de Jérusalem. Elle se termine par 45.1-5, qui est comme la signature de Baruch.

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