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Lecture en trois ans pour le 11 mai 2026

La Bible de Jérusalem (fr)

Jéremie, Chapitre 22

I. Oracles contre Juda et Jérusalem> 11 Adresse générale à la Maison royale., 10 Oracles contre différents rois. Contre Joachaz., 13 Contre Joiaqim., 20 Contre Joiakîn.
Ainsi parle Yahvé : Descends au palais du roi de Juda ; là, tu prononceras cette parole :
Écoute la parole de Yahvé, ô roi de Juda qui sièges sur le trône de David, toi, ainsi que tes serviteurs et tes gens qui entrent par ces portes.
Ainsi parle Yahvé : Pratiquez le droit et la justice ; tirez l’exploité des mains de l’oppresseur ; l’étranger, l’orphelin et la veuve, ne les maltraitez pas, ne les outragez pas ; le sang innocent, ne le versez pas en ce lieu.
Car si vous vous appliquez à observer cette parole, alors, par les portes de ce palais, des rois siégeant sur le trône de David feront leur entrée, montés sur des chars et des chevaux, eux, leurs serviteurs et leurs gens.
Mais si vous n’écoutez pas ces paroles, je le jure par moi-même — oracle de Yahvé — ce palais deviendra une ruine.
Oui, ainsi parle Yahvé au sujet du palais du roi de Juda :Tu es pour moi Galaad
et la cime du Liban.
Pourtant je vais te réduire en désert,
en villes inhabitées.
Je voue contre toi des destructeurs,
chacun avec ses armes ;
ils abattront les plus beaux de tes cèdres
et les jetteront au feu.
Et quand des nations nombreuses passeront près de cette ville, les gens se diront entre eux : « Pourquoi Yahvé a-t-il traité de la sorte cette grande cité ? »
On répondra : « C’est qu’ils ont abandonné l’alliance de Yahvé leur Dieu, pour se prosterner devant d’autres dieux et les servir. »
10 Ne pleurez pas celui qui est mort,
ne le plaignez pas.
Pleurez plutôt celui qui est parti,
car il ne reviendra plus,
il ne verra plus son pays natal.
11 Car ainsi a parlé Yahvé au sujet de Shallum, fils de Josias, roi de Juda, qui régna à la place de son père Josias et dut quitter ce lieu : il n’y reviendra plus,
12 mais dans le lieu où on l’emmena prisonnier, il mourra ; et ce pays-ci, jamais il ne le reverra.
13 Malheur à qui bâtit sa maison sans la justice
et ses chambres hautes sans le droit,
qui fait travailler son prochain pour rien
et ne lui verse pas de salaire,
14 qui se dit : « Je vais me bâtir un palais spacieux
avec de vastes chambres hautes »,
qui y perce des ouvertures,
le recouvre de cèdre et le peint en rouge.
15 Règnes-tu parce que tu as la passion du cèdre ?
Ton père ne mangeait-il et ne buvait-il pas ?
Mais il pratiquait le droit et la justice !
Alors, pour lui tout allait bien.
16 Il jugeait la cause du pauvre et du malheureux.
Alors, tout allait bien.
Me connaître, n’est-ce pas cela ?
— oracle de Yahvé —
17 Mais rien ne captive tes yeux et ton cœur
sinon ton intérêt propre,
le sang innocent à répandre,
oppression et violence à perpétrer.
18 C’est pourquoi, ainsi parle Yahvé
au sujet de Joiaqim, fils de Josias, roi de Juda.
Pour lui, point de lamentation :
« Hélas ! mon frère ! Hélas ! ô sœur ! »
Pour lui, point de lamentation :
« Hélas ! Seigneur ! Hélas ! sa Majesté ! »
19 Il sera enterré comme on enterre un âne !
Il sera traîné et jeté
loin des portes de Jérusalem !
20 Monte sur le Liban pour crier,
sur le Bashân donne de la voix,
crie du haut des Abarim,
car tous tes amants sont écrasés !
21 Je t’ai parlé au temps de ta sécurité ;
tu as dit : « Je n’écouterai pas ! »
Ce fut ton comportement depuis ta jeunesse
de ne pas écouter ma voix.
22 Tous tes pasteurs, le vent les enverra paître
et tes amants partiront en exil.
Oui, tu seras alors honteuse et rougissante
de toute ta perversité.
23 Toi qui as établi ta demeure sur le Liban,
ton nid parmi les cèdres,
comme tu vas gémir quand des douleurs te viendront,
des affres, comme à celle qui accouche !
24 Par ma vie — oracle de Yahvé —, même si Konias, fils de Joiaqim, roi de Juda, était un anneau à ma main droite, je t’arracherais de là !
25 Je vais te livrer aux mains de ceux qui en veulent à ta vie, aux mains de ceux qui te font trembler, aux mains de Nabuchodonosor, roi de Babylone, et aux mains des Chaldéens.
26 Je te jetterai, toi et ta mère qui t’as enfanté, dans un autre pays : vous n’y êtes pas nés mais vous y mourrez.
27 Et ce pays où ils désirent ardemment revenir, ils n’y reviendront pas !
28 Est-ce un ustensile vil et cassé
cet homme, ce Konias,
est-ce un objet dont personne ne veut ?
Pourquoi sont-ils chassés, lui et sa race,
jetés dans un pays qu’ils ne connaissaient point ?
29 Terre ! terre ! terre !
écoute la parole de Yahvé.
30 Ainsi parle Yahvé :
Inscrivez cet homme : « Sans enfants,
quelqu’un qui n’a pas réussi en son temps. »
Car nul de sa race ne réussira
à siéger sur le trône de David
et à dominer en Juda.
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Notes:
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Commentaire sur le livre
Notes sur la partie

1 k) Du Temple, qui dominait le palais, cf. 26.10 ; 36.12.


7 l) Littéralement « je sanctifie », cf. 6.4.


10 m) « celui qui est mort » Josias, tué en 609, cf. 2 R 23.29 ; « celui qui est parti » Joachaz (appelé aussi Shallum, v. 11), déporté en Égypte la même année, cf. 2 R 23.33-34.


20 n) Jérémie s’adresse d’abord à Jérusalem personnifiée, vv. 20-23, et interprète durement les événements de 598 sur lesquels elle se lamente.


20 o) Le Liban au nord ; le Bashân, au nord-est, au-delà du Jourdain (cf. Dt 3.10) ; les Abarim, à l’est, avec pour sommet le mont Nébo (Nb 33.47).


20 p) Non point ici les faux dieux, cf. 3.13, ni les alliés, cf. 4.30, mais les rois et les chefs de Juda, cf. v. 22.


23 q) Avec grec, syr., Vulg. L’hébr. porte le passif, inusité, du verbe « faire grâce », qui pourrait à la rigueur se traduire « comme tu seras pitoyable ».


24 r) Autre nom de Joiakîn.


30 s) Sur les registres généalogiques des rois, cf. Isa 4.3.


30 t) De fait Zorobabel, petit-fils de Joiakîn, ne fut que gouverneur de Juda au retour de l’Exil.


Un peu plus d’un siècle après Isaïe, vers 650 av. J.-C., Jérémie naissait d’une famille sacerdotale installée aux environs de Jérusalem. Mieux que pour aucun autre prophète, sa vie et son caractère nous sont connus par les récits biographiques à la troisième personne qui parsèment son livre et dont voici la suite chronologique : 19.1 – 20.6 ; 26 ; 36 ; 45 ; 28-29 ; 51.59-64 ; 34.8-22 ; 37-44. Les « Confessions de Jérémie », 11.18 – 12.6 ; 15.10-21 ; 17.14-18 ; 18.18-23 ; 20.7-18, proviennent du prophète lui-même. Elles ne constituent pas une autobiographie, mais elles sont un témoignage émouvant des crises intérieures qu’il a traversées et qui sont décrites dans le style des Psaumes de lamentation. Appelé tout jeune par Dieu, en 626, la treizième année de Josias, 1.2, il a vécu la période tragique où se prépara et s’accomplit la ruine du royaume de Juda. La réforme religieuse et la restauration nationale de Josias éveillèrent des espoirs qui furent anéantis par la mort du roi à Megiddo en 609 et par le bouleversement du monde oriental, la chute de Ninive en 612 et l’expansion de l’empire chaldéen. Dès 605, Nabuchodonosor a imposé sa domination à la Palestine, puis Juda s’est révolté à l’instigation de l’Égypte qui intriguera jusqu’à la fin et, en 597, Nabuchodonosor conquiert Jérusalem et déporte une partie de ses habitants. Une nouvelle révolte ramène les armées chaldéennes et, en 587, Jérusalem est prise, le Temple est incendié, une seconde déportation a lieu. Jérémie a traversé cette dramatique histoire, prêchant, menaçant, prédisant la ruine, avertissant en vain les rois incapables qui se succèdent sur le trône de David, accusé de défaitisme par les militaires, persécuté, incarcéré. Après la prise de Jérusalem, et bien qu’il vît dans les exilés l’espoir de l’avenir, Jérémie choisit de rester en Palestine auprès de Godolias, nommé gouverneur par les Chaldéens. Mais celui-ci fut assassiné et un groupe de Juifs, craignant les représailles, s’enfuit en Égypte, entraînant Jérémie. C’est probablement là qu’il mourut.

Le drame de cette vie n’est pas seulement dans les événements auxquels Jérémie fut mêlé, il est aussi dans le prophète lui-même. Il avait une âme tendre, faite pour aimer, et il a été envoyé « pour arracher et renverser, pour exterminer et démolir », 1.10, il a eu à prédire surtout le malheur, 20.8. Il était désireux de paix et il a eu toujours à lutter, contre les siens, contre les rois, les prêtres, les faux prophètes, tout le peuple, « homme de querelle et de discorde pour tout le pays », 15.10. Il a été déchiré par la mission à laquelle il ne pouvait pas se soustraire, 20.9. Ses dialogues intérieurs avec Dieu sont semés de cris de douleur : « Pourquoi ma souffrance est-elle continue ? » 15.18, et le passage poignant qui annonce Job : « Maudit soit le jour où je suis né... », 20.14 et la suite.

Mais cette souffrance a épuré son âme et l’a ouverte au commerce divin. Ce qui nous rend Jérémie si cher et si proche, c’est la religion intérieure et cordiale qu’il a pratiquée, avant de la formuler dans l’annonce de la Nouvelle Alliance, 31.31-34. Cette religion personnelle l’a conduit à un approfondissement de l’enseignement traditionnel : Dieu scrute les reins et les cœurs, 11.20, il rend à chacun selon ses actes, 31.29-30 ; l’amitié avec Dieu, 2.2, est rompue par le péché, qui sort du cœur mauvais, 4.4 ; 17.9 ; 18.12. Ce côté affectif l’apparente à Osée dont il a subi l’influence ; cette intériorisation de la Loi, ce rôle du cœur dans les rapports avec Dieu, ce souci de la personne individuelle le rapprochent du Deutéronome. Jérémie a certainement vu avec faveur la réforme de Josias qui s’inspirait de ce livre, mais il a été cruellement déçu par son inefficacité pour changer la vie morale et religieuse du peuple.

La mission de Jérémie a échoué de son vivant, mais sa figure n’a cessé de grandir après sa mort. Par sa doctrine d’une Alliance nouvelle, fondée sur la religion du cœur, il a été le père du Judaïsme dans sa ligne la plus pure, et l’on relève son influence dans Ézéchiel, la seconde partie d’Isaïe et plusieurs Psaumes. L’époque maccabéenne le compte parmi les protecteurs du peuple, 2 M 2.1-8 ; 15.12-16. En mettant les valeurs spirituelles au premier plan, en dévoilant les rapports intimes que l’âme doit avoir avec Dieu, il a préparé la Nouvelle Alliance chrétienne, et sa vie d’abnégation et de souffrance au service de Dieu, après avoir pu fournir des traits à l’image du Serviteur dans Isa 53, fait de Jérémie une figure du Christ.

Cette influence durable suppose que les enseignements de Jérémie ont été souvent lus, médités et commentés. Cette action de toute une lignée spirituelle se reflète dans la composition de son livre. Il ne se présente pas, loin de là, comme une œuvre d’un seul jet. En dehors des oracles poétiques et des récits biographiques, il contient des discours en prose dans un style proche de celui du Deutéronome. Leur authenticité a été contestée et on les a attribués à des rédacteurs « deutéronomistes » d’après l’Exil. En fait, leur style est celui de la prose judéenne du VIIe et du début du VIe siècle av. J.-C., leur théologie est celle du courant religieux auquel appartiennent aussi bien Jérémie que le Deutéronome. Ils sont l’écho authentique de la prédication de Jérémie, recueillie par ses auditeurs. Toute cette tradition jérémienne ne s’est pas transmise sous une forme unique. La version grecque offre une recension qui est notablement plus courte (un huitième) que le texte massorétique et souvent différente dans le détail ; les découvertes de Qumrân prouvent que les deux recensions existaient en hébreu. De plus, le grec met les oracles contre les nations après 25.13 et dans un autre ordre que l’hébreu, qui les rejette à la fin du livre, 46-51. Ces prophéties ont peut-être formé d’abord une collection particulière et elles ne proviennent pas toutes de Jérémie : au moins, les oracles contre Moab et Édom ont été fortement retravaillés et le long oracle contre Babylone, 50-51, date de la fin de l’Exil. Le chap. 52 Se donne lui-même comme un appendice historique, qui est parallèle à 2 R 24.18 – 25.30. D’autres compléments de moindre étendue ont été insérés dans le cours du livre et témoignent de l’usage qu’en faisaient et de l’estime qu’en avaient les captifs de Babylone et la communauté renaissante après l’Exil. Il y a aussi une abondance de doublets, qui supposent un travail rédactionnel. Enfin, les indications chronologiques, qui sont nombreuses, ne se suivent pas. Le désordre actuel du livre est le résultat d’un long travail de composition, dont il est bien difficile de retracer toutes les étapes.

Le chap. 36 nous donne cependant les indications précieuses : en 605, Jérémie dicta à Baruch les oracles qu’il avait prononcés depuis le début de son ministère, 36.2, c’est-à-dire depuis 626. Ce rouleau, brûlé par Joiaqim, fut récrit et complété, 36.32. Sur le contenu de ce recueil, on ne peut faire que des hypothèses. Il semble avoir été introduit par 25.1-12 et groupait les pièces antérieures à 605 qu’on trouve dans les chap. 1-18, mais il contenait aussi, d’après 36.2, des oracles anciens contre les nations, auxquels se réfère 25.13-38. Les compléments qui y furent ajoutés ensuite sont, dans les mêmes sections, des pièces postérieures à 605 et d’autres oracles contre les nations. On y inséra les feuillets des « Confessions », dont le détail a été donné plus haut. On y joignit deux petits livrets, sur les rois, 21.11 – 23.8, et sur les prophètes, 23.9-40, qui ont pu avoir existé d’abord à part.

On isole déjà ainsi deux parties dans le livre : l’une contient des menaces contre Juda et Jérusalem, 1.1 – 25.13, l’autre des prophéties contre les nations, 25.13-38 et 46-51. Une troisième partie est constituée par 26-35, où l’on a rassemblé dans un ordre arbitraire des morceaux qui ont un ton plus optimiste. Ces pièces sont presque toutes en prose et proviennent en grande partie d’une biographie de Jérémie, qu’on attribue à Baruch. Il faut mettre à part les chap. 30-31 qui sont un livret poétique de consolation. La quatrième partie, 36-44, en prose, continue la biographie de Jérémie et donne le récit de ses souffrances pendant et après le siège de Jérusalem. Elle se termine par 45.1-5, qui est comme la signature de Baruch.

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