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La Bible de Jérusalem (fr)

Jéremie, Chapitre 8,  vers 1-22

I. Oracles contre Juda et Jérusalem> 29 d) À nouveau le culte illégitime ; menace d’exil., 4 Menaces, lamentations, instructions. Égarement d’Israël., 8 La Loi aux mains des prêtres., 10 Reprise d’un fragment menaçant., 13 Menaces à la Vigne-Juda., 18 Lamentation du prophète pour une famine.
En ce temps-là — oracle de Yahvé — on tirera de leurs tombes les ossements des rois de Juda, les ossements de ses princes, les ossements des prêtres, les ossements des prophètes et les ossements des habitants de Jérusalem.
On les étalera devant le soleil, la lune et toute l’armée du ciel, qu’ils ont aimés et servis, suivis et consultés, devant lesquels ils se sont prosternés. Ils ne seront ni recueillis ni enterrés ; ils resteront sur le sol en guise de fumier.
Et la mort vaudra mieux que la vie pour tous ceux qui resteront de cette race perverse, en tous lieux où je les aurai chassés, oracle de Yahvé Sabaot.
Tu leur diras : Ainsi parle Yahvé.
Fait-on une chute sans se relever ?
Se détourne-t-on sans retour ?
Pourquoi ce peuple-là est-il rebelle,
pourquoi Jérusalem est-elle continuellement rebelle ?
Ils tiennent fermement à la tromperie,
ils refusent de se convertir.
J’ai écouté attentivement :
ils ne parlent pas dans ce sens-là.
Nul ne déplore sa méchanceté
en disant : « Qu’ai-je fait ? »
Tous retournent à leur course,
tel un cheval qui fonce au combat.
Même la cigogne dans le ciel
connaît sa saison,
la tourterelle, l’hirondelle et le martinet
observent le temps de leur migration.
Mais mon peuple ne connaît pas
le droit de Yahvé !
Comment pouvez-vous dire : « Nous sommes sages
et la Loi de Yahvé est avec nous ! »
Vraiment c’est en mensonge que l’a changée
le calame mensonger des scribes !
Les sages seront honteux,
consternés et pris au piège.
Voilà qu’ils ont méprisé la parole de Yahvé !
Qu’est donc la sagesse pour eux ?
10 Aussi donnerai-je leurs femmes à d’autres,
leurs champs à de nouveaux maîtres.
Car du plus petit au plus grand,
tous sont avides de rapines ;
prophète comme prêtre,
tous ils pratiquent le mensonge.
11 Ils pansent à la légère
la blessure de la fille de mon peuple,
en disant : « Paix ! Paix ! »
alors qu’il n’y a point de paix.
12 Les voilà dans la honte par leurs actes abominables,
mais déjà ils ne sentent plus la honte,
ils ne savent plus rougir.
Aussi tomberont-ils parmi ceux qui tombent,
ils trébucheront quand je les visiterai,
dit Yahvé.
13 Je vais les supprimer — oracle de Yahvé —,
plus de raisins à la vigne,
plus de figues au figuier,
même le feuillage se flétrit :
je leur ai fourni des gens qui les piétinent !
14 — « Pourquoi restons-nous tranquilles ?
Rassemblement !
Gagnons nos villes fortifiées
pour y être réduits au silence,
puisque Yahvé notre Dieu nous réduit au silence
et nous abreuve d’eau empoisonnée,
parce que nous avons péché contre lui.
15 Nous espérions la paix : rien de bon !
le temps de la guérison : voici l’épouvante !
16 Depuis Dan on perçoit
le hennissement de ses chevaux ;
au cri retentissant de ses étalons
toute la terre est ébranlée :
ils viennent dévorer le pays et ses biens,
la ville et ses habitants. »
17 — Oui, voici que j’envoie contre vous
des serpents venimeux,
contre lesquels il n’existe pas de charme,
et ils vous mordront,
oracle de Yahvé.
18 Sans remède, la peine m’envahit,
le cœur me manque.
19 Voici l’appel au secours de la fille de mon peuple,
depuis une terre aux vastes étendues.
« Yahvé n’est donc plus en Sion ?
Son Roi n’y est-il plus ?
(Pourquoi m’ont-ils irrité par leurs idoles,
par ces vanités venues de l’étranger ?)
20 La moisson est passée, l’été est fini,
et nous ne sommes pas sauvés ! »
21 De la blessure de la fille de mon peuple je suis blessé,
je reste accablé, l’épouvante me tient.
22 N’y a-t-il plus de baume en Galaad ?
N’y a-t-il là aucun médecin ?
Oui, pourquoi ne fait-elle aucun progrès,
la guérison de la fille de mon peuple ?
Lire la suite:Jéremie, Chapitre 8
Notes:
Commentaire sur le fragment en cours
Commentaire sur le livre
Notes sur la partie

2 p) Les cultes astraux avaient été en grande faveur sous Manassé et Amon.


3 q) L’hébr. répète ici « qui resteront »; omis par grec et syr.


4 r) Cet ensemble 8.4—10.25 réunit des oracles prononcés au début du règne de Joiaqim, aux environs de 605. Les trois poèmes 8.4-7, 13-17 ; 9.1-8 poursuivent et élargissent les reproches à Israël. La lamentation 9.9-21 se continue en 10.17-22 et se conclut par une prière de Jérémie, 10.23-24 ; on a enfin ajouté d’autres poèmes de Jérémie 8.8-9, 10-12, 18-23 ; 9.22-23, 24-25. Le fragment 10.1-16 semble être d’une autre main.


8 s) Ici les prêtres, gardiens de la tradition incorporée dans les textes. La « parole », au v. 9, désigne sans doute le message des prophètes et la loi, sous une forme orale et peut-être déjà partiellement écrite.


10 t) Ce fragment, doublet de 6.12-15, n’est pas reproduit par le grec.


14 u) Le même verbe hébreu signifie « rassembler » et « supprimer », v. 13.


14 v) Il s’agit ici du silence de la mort.


18 w) « sans remède » grec ; « ma gaieté (?) » hébr. — « (la peine) m’envahit », litt. « monte (sur moi) » `alah conj. ; « sur (la peine, sur moi) » `aley hébr. On pourrait à la rigueur comprendre, avec seulement la deuxième correction « une source de gaieté est pour moi peine ».


22 x) Galaad, à l’est du Jourdain, au nord du Yabboq, pays des baumes et aromates, Gn 37.25 ; 43.11 ; cf. aussi 46.11.


Un peu plus d’un siècle après Isaïe, vers 650 av. J.-C., Jérémie naissait d’une famille sacerdotale installée aux environs de Jérusalem. Mieux que pour aucun autre prophète, sa vie et son caractère nous sont connus par les récits biographiques à la troisième personne qui parsèment son livre et dont voici la suite chronologique : 19.1 – 20.6 ; 26 ; 36 ; 45 ; 28-29 ; 51.59-64 ; 34.8-22 ; 37-44. Les « Confessions de Jérémie », 11.18 – 12.6 ; 15.10-21 ; 17.14-18 ; 18.18-23 ; 20.7-18, proviennent du prophète lui-même. Elles ne constituent pas une autobiographie, mais elles sont un témoignage émouvant des crises intérieures qu’il a traversées et qui sont décrites dans le style des Psaumes de lamentation. Appelé tout jeune par Dieu, en 626, la treizième année de Josias, 1.2, il a vécu la période tragique où se prépara et s’accomplit la ruine du royaume de Juda. La réforme religieuse et la restauration nationale de Josias éveillèrent des espoirs qui furent anéantis par la mort du roi à Megiddo en 609 et par le bouleversement du monde oriental, la chute de Ninive en 612 et l’expansion de l’empire chaldéen. Dès 605, Nabuchodonosor a imposé sa domination à la Palestine, puis Juda s’est révolté à l’instigation de l’Égypte qui intriguera jusqu’à la fin et, en 597, Nabuchodonosor conquiert Jérusalem et déporte une partie de ses habitants. Une nouvelle révolte ramène les armées chaldéennes et, en 587, Jérusalem est prise, le Temple est incendié, une seconde déportation a lieu. Jérémie a traversé cette dramatique histoire, prêchant, menaçant, prédisant la ruine, avertissant en vain les rois incapables qui se succèdent sur le trône de David, accusé de défaitisme par les militaires, persécuté, incarcéré. Après la prise de Jérusalem, et bien qu’il vît dans les exilés l’espoir de l’avenir, Jérémie choisit de rester en Palestine auprès de Godolias, nommé gouverneur par les Chaldéens. Mais celui-ci fut assassiné et un groupe de Juifs, craignant les représailles, s’enfuit en Égypte, entraînant Jérémie. C’est probablement là qu’il mourut.

Le drame de cette vie n’est pas seulement dans les événements auxquels Jérémie fut mêlé, il est aussi dans le prophète lui-même. Il avait une âme tendre, faite pour aimer, et il a été envoyé « pour arracher et renverser, pour exterminer et démolir », 1.10, il a eu à prédire surtout le malheur, 20.8. Il était désireux de paix et il a eu toujours à lutter, contre les siens, contre les rois, les prêtres, les faux prophètes, tout le peuple, « homme de querelle et de discorde pour tout le pays », 15.10. Il a été déchiré par la mission à laquelle il ne pouvait pas se soustraire, 20.9. Ses dialogues intérieurs avec Dieu sont semés de cris de douleur : « Pourquoi ma souffrance est-elle continue ? » 15.18, et le passage poignant qui annonce Job : « Maudit soit le jour où je suis né... », 20.14 et la suite.

Mais cette souffrance a épuré son âme et l’a ouverte au commerce divin. Ce qui nous rend Jérémie si cher et si proche, c’est la religion intérieure et cordiale qu’il a pratiquée, avant de la formuler dans l’annonce de la Nouvelle Alliance, 31.31-34. Cette religion personnelle l’a conduit à un approfondissement de l’enseignement traditionnel : Dieu scrute les reins et les cœurs, 11.20, il rend à chacun selon ses actes, 31.29-30 ; l’amitié avec Dieu, 2.2, est rompue par le péché, qui sort du cœur mauvais, 4.4 ; 17.9 ; 18.12. Ce côté affectif l’apparente à Osée dont il a subi l’influence ; cette intériorisation de la Loi, ce rôle du cœur dans les rapports avec Dieu, ce souci de la personne individuelle le rapprochent du Deutéronome. Jérémie a certainement vu avec faveur la réforme de Josias qui s’inspirait de ce livre, mais il a été cruellement déçu par son inefficacité pour changer la vie morale et religieuse du peuple.

La mission de Jérémie a échoué de son vivant, mais sa figure n’a cessé de grandir après sa mort. Par sa doctrine d’une Alliance nouvelle, fondée sur la religion du cœur, il a été le père du Judaïsme dans sa ligne la plus pure, et l’on relève son influence dans Ézéchiel, la seconde partie d’Isaïe et plusieurs Psaumes. L’époque maccabéenne le compte parmi les protecteurs du peuple, 2 M 2.1-8 ; 15.12-16. En mettant les valeurs spirituelles au premier plan, en dévoilant les rapports intimes que l’âme doit avoir avec Dieu, il a préparé la Nouvelle Alliance chrétienne, et sa vie d’abnégation et de souffrance au service de Dieu, après avoir pu fournir des traits à l’image du Serviteur dans Isa 53, fait de Jérémie une figure du Christ.

Cette influence durable suppose que les enseignements de Jérémie ont été souvent lus, médités et commentés. Cette action de toute une lignée spirituelle se reflète dans la composition de son livre. Il ne se présente pas, loin de là, comme une œuvre d’un seul jet. En dehors des oracles poétiques et des récits biographiques, il contient des discours en prose dans un style proche de celui du Deutéronome. Leur authenticité a été contestée et on les a attribués à des rédacteurs « deutéronomistes » d’après l’Exil. En fait, leur style est celui de la prose judéenne du VIIe et du début du VIe siècle av. J.-C., leur théologie est celle du courant religieux auquel appartiennent aussi bien Jérémie que le Deutéronome. Ils sont l’écho authentique de la prédication de Jérémie, recueillie par ses auditeurs. Toute cette tradition jérémienne ne s’est pas transmise sous une forme unique. La version grecque offre une recension qui est notablement plus courte (un huitième) que le texte massorétique et souvent différente dans le détail ; les découvertes de Qumrân prouvent que les deux recensions existaient en hébreu. De plus, le grec met les oracles contre les nations après 25.13 et dans un autre ordre que l’hébreu, qui les rejette à la fin du livre, 46-51. Ces prophéties ont peut-être formé d’abord une collection particulière et elles ne proviennent pas toutes de Jérémie : au moins, les oracles contre Moab et Édom ont été fortement retravaillés et le long oracle contre Babylone, 50-51, date de la fin de l’Exil. Le chap. 52 Se donne lui-même comme un appendice historique, qui est parallèle à 2 R 24.18 – 25.30. D’autres compléments de moindre étendue ont été insérés dans le cours du livre et témoignent de l’usage qu’en faisaient et de l’estime qu’en avaient les captifs de Babylone et la communauté renaissante après l’Exil. Il y a aussi une abondance de doublets, qui supposent un travail rédactionnel. Enfin, les indications chronologiques, qui sont nombreuses, ne se suivent pas. Le désordre actuel du livre est le résultat d’un long travail de composition, dont il est bien difficile de retracer toutes les étapes.

Le chap. 36 nous donne cependant les indications précieuses : en 605, Jérémie dicta à Baruch les oracles qu’il avait prononcés depuis le début de son ministère, 36.2, c’est-à-dire depuis 626. Ce rouleau, brûlé par Joiaqim, fut récrit et complété, 36.32. Sur le contenu de ce recueil, on ne peut faire que des hypothèses. Il semble avoir été introduit par 25.1-12 et groupait les pièces antérieures à 605 qu’on trouve dans les chap. 1-18, mais il contenait aussi, d’après 36.2, des oracles anciens contre les nations, auxquels se réfère 25.13-38. Les compléments qui y furent ajoutés ensuite sont, dans les mêmes sections, des pièces postérieures à 605 et d’autres oracles contre les nations. On y inséra les feuillets des « Confessions », dont le détail a été donné plus haut. On y joignit deux petits livrets, sur les rois, 21.11 – 23.8, et sur les prophètes, 23.9-40, qui ont pu avoir existé d’abord à part.

On isole déjà ainsi deux parties dans le livre : l’une contient des menaces contre Juda et Jérusalem, 1.1 – 25.13, l’autre des prophéties contre les nations, 25.13-38 et 46-51. Une troisième partie est constituée par 26-35, où l’on a rassemblé dans un ordre arbitraire des morceaux qui ont un ton plus optimiste. Ces pièces sont presque toutes en prose et proviennent en grande partie d’une biographie de Jérémie, qu’on attribue à Baruch. Il faut mettre à part les chap. 30-31 qui sont un livret poétique de consolation. La quatrième partie, 36-44, en prose, continue la biographie de Jérémie et donne le récit de ses souffrances pendant et après le siège de Jérusalem. Elle se termine par 45.1-5, qui est comme la signature de Baruch.

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