Les paroles de Jésus sur le jugement pourraient être considérées comme la continuation d’une tradition remontant à l’un des grands maîtres d’Israël, Hillel, qui disait : ne juge pas ton prochain tant que tu ne t’es pas trouvé toi-même à sa place. D’autres maîtres aussi estimaient qu’il ne convient pas au juste de se hâter de condamner son prochain, même lorsqu’il semble y avoir de quoi le condamner. Jésus, comme on le voit, modifie quelque peu la parole de Hillel : Il dit qu’avant de condamner les péchés du prochain, il faut voir son propre péché. Bien sûr, un tel conseil a aussi un sens spirituel et pratique : tant que tu n’auras pas compris comment lutter contre tes propres péchés, tu ne comprendras pas non plus comment aider ton prochain à lutter contre les siens. Et le fait qu’il ne soit utile de regarder les péchés du prochain que pour l’aider à s’en débarrasser allait de soi : car dans le judaïsme de l’époque du Second Temple, on se représentait généralement la Torah comme un guide sur le chemin de la justice et un moyen de lutter contre le péché, non comme une sorte de gourdin religieux destiné à frapper le pécheur sur la tête pour ses péchés. Au fond, Jésus appelle aussi à une grande prudence dans ce qui concerne le jugement d’un homme, non seulement au sens de sa condamnation (prendre sur soi la prérogative de Dieu ne serait de toute façon venu à l’idée de personne), mais au sens de son évaluation comme pécheur ou juste. En effet, pour donner une telle évaluation, il faut connaître le cœur humain comme Dieu seul peut le connaître. Il en va autrement de l’évaluation d’actes et d’actions concrets : chacun qui connaît les commandements et se représente bien l’affaire qu’il évalue peut les juger de manière plus ou moins adéquate. Mais quant à savoir qui est digne du Royaume et du salut, et qui ne l’est pas, ce n’est pas à nous de le décider, ne serait-ce que parce que nous-mêmes recevons ce Royaume non parce que nous en sommes dignes. De plus, son histoire est encore loin d’être achevée, et le temps des évaluations définitives n’est donc pas encore venu. Et quand il viendra, ce ne sera de toute façon pas à nous de les donner. Ainsi, notre affaire n’est pas d’évaluer, mais de lutter contre les péchés qui nous empêchent, nous et nos prochains, de marcher sur le chemin de la justice. Afin d’achever ce chemin dans le Royaume, où chacun de nous sera enfin libéré de tout ce qui l’empêche de vivre pleinement. |
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