C'est intéressant : pourquoi Dieu n'a-t-il pas permis au monde de le connaître par la sagesse qu'il avait lui-même donnée au monde ? Pourquoi les témoins doivent-ils recourir à ce que l'apôtre appelle une « prédication folle »...
C'est intéressant : pourquoi Dieu n'a-t-il pas permis au monde de le connaître par la sagesse qu'il avait lui-même donnée au monde ? Pourquoi les témoins doivent-ils recourir à ce que l'apôtre appelle une « prédication folle » ou, dans la langue de la traduction synodale, « la folie de la prédication » ? Et la sagesse humaine dégénère-t-elle toujours et inévitablement en disputes vides où prévaut le désir de s'affirmer ? Qu'y a-t-il donc de si mauvais dans la connaissance pour qu'elle conduise toujours à un résultat si triste ?
Si la sagesse dont parle l'apôtre n'était que connaissance, nous ne pourrions pas répondre à cette question. Mais dans la tradition juive, la sagesse n'a jamais été seulement un savoir pour le savoir. Le mot hébreu correspondant, et Paul, même lorsqu'il écrit en grec, reste un Juif qui pense dans le cadre de sa propre tradition culturelle et religieuse, désignait à l'origine moins une connaissance qu'une capacité ou une habileté. D'abord, c'était l'habileté dans le travail pratique, le travail de l'artisan ou de l'artiste ; ensuite, la capacité de construire des relations avec les personnes, l'art du jugement et du gouvernement, qu'il s'agisse de gouverner sa propre maison ou un État. Et à l'époque postexilique, la sagesse s'est mise à être associée avant tout à l'art de la justice, à l'habileté d'une vie juste.
Il semblerait que l'homme n'y soit pas pour grand-chose, puisque la justice vient de Dieu et non de l'homme. Et pourtant, le chemin de la justice est un chemin divino-humain ; en un certain sens, il dépend de l'homme non moins que de Dieu. Pour marcher sur ce chemin, l'homme a précisément besoin d'une expérience et d'une habileté liées à la pratique de l'observance des commandements. Et tous les instruments intellectuels que possède, par exemple, un « scribe » ou maître de la Torah sont nécessaires en dernière analyse pour aider celui qui marche sur le chemin de la justice à ne pas s'en écarter. Mais la nature humaine déchue transforme souvent un instrument utile en obstacle et en fardeau sur le chemin de la justice. Au lieu de faire un choix sans équivoque en faveur de l'observance des commandements, l'homme commence à chercher des moyens de s'y soustraire, soit en n'observant rien du tout, soit en cherchant des chemins faciles qui lui permettraient, pour ainsi dire, d'accomplir la Torah sans l'accomplir. Alors l'intelligence devient un instrument servant non l'observance de la Torah, mais sa violation, et la sagesse devient moins l'art de suivre la Torah que l'art d'en imiter le suivi.
Dans une telle situation, la prédication du Royaume ne peut plus s'appuyer sur l'expérience humaine traditionnelle de la vie juste, non parce qu'elle serait oubliée, mais parce qu'elle a en fait été dévaluée. Il ne reste alors que cette « prédication folle » dont parle l'apôtre. Une prédication à contre-courant des opinions admises, contraire à l'évidence, une prédication qui semblera vraiment pure folie à toute personne « normale ». La prédication du Royaume qui, selon la parole du Sauveur, n'est vraiment « pas de ce monde ».