La parabole de Caïn et Abel, de quoi parle-t-elle ? Et est-ce bien une parabole ? Il est pourtant question ici d'un meurtre, le premier après la chute, et c'est par lui que commence l'histoire de l'humanité déchue. En soi, cela n'a rien d'étonnant...
La parabole de Caïn et Abel, de quoi parle-t-elle ? Et est-ce bien une parabole ? Il est pourtant question ici d'un meurtre, le premier après la chute, et c'est par lui que commence l'histoire de l'humanité déchue. En soi, cela n'a rien d'étonnant : par quoi d'autre une telle histoire aurait-elle pu commencer ? Et dans l'histoire de l'humanité, il y a eu tant de meurtres que le récit de Caïn et Abel peut être considéré comme typique, caractéristique de toute époque, y compris de cette époque de la préhistoire que l'auteur sacré a en vue. Certes, il ne s'agit pas simplement d'un meurtre, mais d'un meurtre par jalousie ; mais cela non plus n'est pas rare : on a tué par jalousie tant de fois et, sans aucun doute, on tuera encore tant de fois, que, du point de vue du motif aussi, l'événement décrit par l'auteur du Pentateuque peut être considéré comme typique. Seulement la jalousie ici n'est pas tout à fait ordinaire : Caïn n'a pas jalousé n'importe quoi, mais la foi d'Abel, plus exactement sa relation de confiance avec Dieu, que Caïn lui-même, à en juger par le récit de l'auteur sacré, n'avait pas.
Une question naturelle se pose : pourquoi ? Qu'est-ce qui a empêché Caïn ? De mauvaises intentions envers son frère ? Elles auraient pu en être la cause, mais elles ne sont apparues qu'au moment où Caïn s'est convaincu que son offrande n'était pas nécessaire à Dieu. Le fait que Caïn était cultivateur et Abel berger ? Du point de vue des représentants de certains mouvements spécifiques à l'intérieur du yahvisme, une telle réponse aurait été tout à fait adéquate, mais l'auteur du Pentateuque leur appartenait à peine, bien qu'il connût sans aucun doute ces mouvements et la manière dont leurs participants regardaient le mode de vie sédentaire et le mode de vie nomade.
Alors quoi ? À une lecture attentive de la parabole, une nuance intéressante saute aux yeux : Caïn sait parfaitement que Dieu n'a pas accepté son offrande. D'où le sait-il ? Nous le savons par le récit de l'auteur sacré, mais comment et d'où Caïn pouvait-il savoir que Dieu avait rejeté son offrande ? Caïn avait manifestement certains moyens de savoir si Dieu avait accepté son offrande ou non. Les historiens des religions connaissent de nombreux moyens utilisés dans l'Antiquité pour déterminer si une offrande était agréable à Dieu ou aux dieux, ou ne l'était pas. Caïn avait la possibilité de savoir ce qui l'intéressait et qui était si important pour lui. Et Abel ? Pas un mot à son sujet. Cela signifie-t-il qu'il ne lui aurait pas été intéressant de savoir si Dieu avait accepté son offrande ? Si l'on suit l'auteur de la parabole, il en résulte que non. Abel offre simplement son sacrifice à Dieu et vit en paix.
Dieu confirme justement que cette position se révèle la plus juste. Il dit à Caïn : si tu fais de bonnes œuvres, relève la tête ; sinon, prends garde, le péché est à la porte, il se porte vers toi, mais toi, domine sur lui. Tout est simple, mais c'est précisément cette simplicité qui ne convient pas à Caïn. Il lui faut des garanties ; il veut comprendre si Dieu a accepté son offrande ou non, afin de savoir ensuite sur quoi il peut compter en échange. Tu me donnes, je te donne : pour le monde déchu, ce sont des relations normales, mais pas avec Dieu. Caïn veut pourtant qu'avec Dieu aussi elles soient ainsi. Il se met en colère contre Dieu lorsqu'il comprend que son offrande n'a pas été acceptée (dans le texte hébreu, c'est bien cela : Caïn se met plutôt en colère qu'il ne s'attriste), baisse la tête et se détourne de Dieu. Une relation avec Lui dans la liberté et l'amour, mais sans garanties, ne convient pas à Caïn.
C'est pour cela qu'il tue Abel : chez celui-là, tout réussit, mais pas comme Caïn l'aurait voulu. Il lui semble que si Abel disparaît, alors pour lui, Caïn, tout réussira. Mais lorsqu'il tue, il apparaît que rien n'a changé, que tout a été en vain ; pourtant Caïn, même après le meurtre, ne veut pas reconnaître l'évidence, cet échec spirituel qui est parfaitement clair pour Dieu.
Ce n'est pas un hasard si ce sont précisément les descendants de Caïn qui construisent une ville et créent la civilisation : c'est ainsi que l'homme déchu cherche à garantir son bien-être et sa sécurité. Avec Dieu, cela n'a pas marché ; eh bien, on peut, en fin de compte, se passer de Lui. Mais c'est une impasse, et ce n'est pas un hasard si la généalogie des descendants de Caïn s'achève sans mener nulle part. Tandis que la lignée commencée par Seth, venu remplacer Abel, conduit à Abraham, au peuple de Dieu.