Le passage d’aujourd’hui est de ceux qui, à première vue, ne méritent pas une attention particulière: il raconte en détail un seul événement, et nullement le plus important de l’Évangile. Bien sûr, l’histoire de l’âne sur lequel le Sauveur devait très bientôt parcourir les rues de Jérusalem aux cris de «hosanna» est intéressante ne serait-ce que parce que nous avons ici un acte qui rappelle ceux qui étaient caractéristiques des grands prophètes de l’Ancien Testament. Et pourtant, à une lecture attentive du texte, on se met involontairement à penser à autre chose.
En effet, le jeune ânon, bien qu’il ne coûtât pas cher selon les critères locaux, restait tout de même un bien assez précieux pour un habitant modeste de Jérusalem à l’époque évangélique. Or les disciples de Jésus le prennent tout simplement, en disant seulement qu’il «est nécessaire au Seigneur». Et aucune précision, aucune explication supplémentaire. Pourtant, ceux qui les entourent les croient. Au fond, ils n’ont présenté à personne aucune preuve évidente. Bien sûr, les habitants de Jérusalem étaient pour la plupart croyants et faisaient confiance à Dieu; ils prêtaient aussi attention à la parole prophétique, car beaucoup, parmi le peuple, considéraient Jésus comme un prophète. Mais le récit ne mentionne même pas que ceux qui étaient là comprenaient pour qui les apôtres prenaient l’ânon. Il est certes possible que les apôtres fussent déjà alors connus dans la ville presque autant que leur Maître; dans ce cas, leurs actes devaient être traités comme on traitait en général les actes d’un prophète, et un prophète pouvait souvent se permettre ce qui n’était pas permis à un homme ordinaire.
Mais même dans ce cas, la disposition à se séparer de son bien à la première demande de celui qui veut le prendre au nom de Dieu en dit long. Il s’agit, au fond, d’un sacrifice offert à Dieu, et non pas obligatoire, comme l’était par exemple la dîme du Temple, mais entièrement volontaire. Et chacun de nous, sans doute, se représente bien combien il est parfois difficile de prendre une décision au sujet d’un don important qui se répercute sensiblement sur le budget familial ou sur la situation matérielle. Ici, pourtant, il n’y a ni questions, ni doutes, ni hésitations. La question se résout par un simple: «il est nécessaire au Seigneur».
