Pourquoi donc Paul serait-il content dans les persécutions, dans la faiblesse ou, par exemple, lorsqu’on l’offense ? Et que signifient les mots « lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort » ? À première vue, une telle position peut paraître étrange. En effet, seuls les masochistes peuvent se réjouir des souffrances ; ce n’est pas propre aux personnes normales. Or Paul n’était manifestement pas masochiste. Qu’est-ce donc qui pouvait le réjouir ? Il faut remarquer toutefois qu’il ne s’agit pas proprement de joie ; le mot grec correspondant désigne plutôt un état d’esprit calme et équilibré que l’apôtre conserve manifestement malgré les circonstances, lesquelles ne disposent nullement à la tranquillité intérieure. Mais pourquoi une telle tranquillité intérieure devient-elle un signe de force ? Et pourquoi seule la faiblesse rend-elle Paul fort ? On pourrait certes dire que la force de la conviction d’un homme dans ce qu’il confesse et prêche se vérifie précisément aux temps de persécution. Mais l’affaire n’est pas seulement là. Elle tient à la nature même du Royaume. Et d’abord au fait que le Royaume, selon la parole du Sauveur, « n’est pas de ce monde ». Or, s’il vit selon des lois fondamentalement différentes de celles du monde non transfiguré, la force du Royaume n’est évidemment pas déterminée par ce qui arrive à l’homme dans ce monde. Cette indépendance est en elle-même le meilleur témoignage que l’homme appartient réellement au Royaume et vit de sa vie, une vie que le mal du monde ne peut lui enlever parce qu’elle n’a rien de commun avec lui. Mais il y a encore un autre aspect de cette situation. C’est précisément le sentiment de la présence en soi d’une force dans les moments de totale impuissance, c’est-à-dire lorsque l’on sait avec certitude que l’on n’a actuellement aucune force et que l’on ne peut en avoir aucune parce qu’elle ne peut venir de nulle part, qui est la meilleure preuve que cette force vient vraiment de Dieu. À d’autres moments, on peut parfois confondre la force de Dieu avec les forces de ce monde, avec l’énergie naturelle propre à tout homme en bonne santé. Mais lorsque aucune énergie naturelle n’est là, on peut être sûr que toute force que l’on sent en soi vient de Dieu. Et donc que l’œuvre pour laquelle elle est donnée est l’œuvre de Dieu. |
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