Le reniement de Pierre a toujours été l'un des thèmes favoris pour prêcher sur le péché et la repentance. D'ordinaire, on établit alors des parallèles avec le reniement de Judas, qui a péri non parce qu'il avait péché, mais parce qu'il s'est révélé incapable de se repentir. Pourtant, si l'on regarde attentivement la situation, il n'est pas difficile de voir qu'en réalité tous ont quitté Jésus, sauf deux, dont l'un était Pierre, et l'autre, si l'on suit la tradition chrétienne ancienne, Jean, l'auteur du quatrième Évangile et du livre de l'Apocalypse. Et l'un d'eux, Pierre, répond aux témoignages accusateurs en disant de Jésus : je ne le connais pas. Qu'est-ce qui a précédé cela ? Pourquoi les disciples se sont-ils dispersés ? Ils n'étaient nullement lâches, et lorsqu'ils promettaient de mourir pour leur Maître, ils ne parlaient guère sous le coup de l'émotion. Mais en pratique, tout s'est révélé tout autre que ce qu'ils attendaient. Ils pensaient que l'heure du soulèvement messianique était venue. Ils étaient prêts à mourir au combat, et Pierre, si l'on en était venu à la guerre, aurait été l'un des premiers ; ce n'est pas par hasard que c'est lui qui arrache une épée au moment critique. Mais il s'est avéré qu'il n'y aurait pas de soulèvement, que leur Maître se remet simplement entre les mains des représentants de l'autorité, que tout est perdu : le soulèvement a échoué sans même commencer. Après tout, les apôtres ne comprenaient pas encore pleinement ce que le Maître leur avait dit de sa mort et de sa résurrection. Pierre le suivit dans la cour du grand prêtre non parce qu'il espérait encore quelque chose, mais simplement pour être plus près du Maître, pour voir comment l'affaire finirait, simplement pour rester avec lui jusqu'au bout. Et voici qu'on l'accuse de quelque chose, d'une certaine participation à la préparation d'un soulèvement. Quelle importance tout cela a-t-il maintenant, quand tout est fini ? Pierre n'a plus rien dont témoigner, rien à espérer ; au fond, il lui est désormais indifférent de savoir ce que les gens penseront de lui, car tout est déjà derrière lui. Sa réaction est une réaction assez ordinaire de quelqu'un qu'on harcèle de sottises alors qu'il est occupé par une affaire importante. Il écarte les questionneurs comme des mouches importunes : laissez-moi tranquille, je ne sais rien et je ne connais personne ! Et seul le chant du coq le fait sortir de sa torpeur spirituelle. Pierre comprend soudain que l'affaire n'est pas encore terminée, que tout ce dont ils avaient parlé si récemment pendant le seder pascal demeure en vigueur, que tout, en général, s'est passé autrement qu'il ne l'attendait, mais... Mais il a renié le Maître, et il l'a renié publiquement. C'est un fait amer et douloureux. Il ne reste plus maintenant à Pierre qu'à pleurer, à se reprocher une trahison inattendue même pour lui-même, et à se repentir de ce qu'il a fait. Il ne sait pas encore que très bientôt viendra le jour où il rencontrera le Maître, et que celui-ci le comprendra, sans longues explications. |
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