Raisonnant sur les serments que prêtent les hommes, l'auteur de la lettre dit : si l'homme peut jurer par quelque chose, ce doit en tout cas être par quelque chose de plus élevé, quelque chose qui représente pour lui une importance et une valeur absolues. Ce n'est pas par hasard qu'en Israël la forme la plus haute du serment était considérée comme le serment par le nom de Dieu. Or le Sauveur appelle ses disciples et ses fidèles à ne pas jurer du tout : après tout, ce qui est absolument important et précieux pour l'homme ne lui appartient pas, il ne peut pas en disposer, pas plus qu'il ne peut disposer de lui-même. Tout homme est au pouvoir de Dieu ; il ne peut donc donner à personne aucune garantie quant à son propre avenir. Dans ce contexte, l'affirmation de l'auteur de la lettre selon laquelle Dieu jure par lui-même parce qu'il ne peut jurer par rien ni par personne de plus élevé sonne de manière paradoxale. Mais si l'on y réfléchit, il devient clair qu'il s'agit ici de l'un des principes les plus importants de la vie spirituelle en général et de la vie chrétienne en particulier. En effet, qu'est-ce qu'un serment ? En jurant par quelqu'un ou par quelque chose, l'homme cherche en un sens un garant qui pourra assurer l'accomplissement de la promesse qu'il a donnée. Celui ou ce qui est appelé comme témoin, et un serment suppose d'ordinaire un tel appel, est censé devenir le garant de l'accomplissement de ce qui a été promis. Il est tout à fait compréhensible que si Dieu donne une promesse, personne ni rien ne peut garantir son accomplissement sinon Dieu lui-même. Cela paraît tout à fait évident, et l'on ne voit pas très bien pourquoi l'auteur de la lettre a soudain décidé d'aborder le thème du serment. Pourtant, beaucoup de problèmes des chrétiens de ce temps étaient précisément liés à l'oubli du principe le plus important de la vie spirituelle qui vient d'être mentionné. Beaucoup d'entre eux étaient probablement enclins à voir dans les événements alors en cours une garantie du retour rapide du Messie. Après tout, il avait promis qu'après la destruction de Jérusalem et du Temple il reviendrait, ce qui signifie qu'il doit revenir, puisque en l'an 70 s'est produit précisément ce dont il avait parlé. En réalité, cependant, son retour n'est conditionné par aucun événement historique. Au contraire, c'est lui-même qui les détermine et, jusqu'à un certain degré, les conditionne comme point d'achèvement du processus historique. Et aucun événement ne pouvait être regardé comme « forçant » le retour du Messie. C'est ce fait évident que l'auteur de la lettre rappelle à ses lecteurs. |
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