L'expérience prophétique était bien connue du yahvisme, puis du judaïsme. Elle ne l'était pas moins du christianisme primitif. Et de tout temps, les yahvistes, les juifs et les chrétiens ont su qu'on ne devient pas prophète parce qu'on en a envie, mais parce que Dieu appelle à ce service. Il est vrai que, pour ce qui est de « l'envie », on pourrait bien sûr discuter. Dans presque tous les livres prophétiques, il est question de faux prophètes, qui deviennent particulièrement nombreux dans les temps agités et troublés. Et presque toujours la foule prend ces faux prophètes pour de vrais prophètes, et les écoute plus volontiers que les vrais. Pourquoi donc ? Et qui sont ces gens qui se font passer pour des prophètes ? On le voit, il ne s'agit pas de prophètes à proprement parler, mais de sortes d'extatiques prophétisants. De telles personnes ont existé en tout temps et dans toutes les sociétés, et elles s'activent d'ordinaire dans les périodes d'inquiétude sociale particulière. Il n'y a là rien d'étonnant : car l'extase en elle-même est un phénomène purement psychologique, lié à un élargissement spontané des limites de la perception, qui s'accompagne habituellement d'une restructuration rapide et brutale de la conscience de celui qui perçoit (habituellement temporaire, mais parfois très longue, et dans certains cas même irréversible). Un tel élargissement peut être provoqué par des causes très diverses, depuis les drogues jusqu'à une action spirituelle directe. Chez les vrais prophètes, les prophètes authentiques, l'extase était précisément liée à une telle action spirituelle : ce n'est pas par hasard qu'ils parlaient eux-mêmes de ce souffle (« esprit ») de Dieu qu'ils ressentaient de manière tout à fait réelle. Et ils témoignaient de ce qu'ils avaient entendu pendant la communion avec Dieu. Mais qu'entendaient les faux prophètes ? Manifestement, ce qui, comme on dit, était dans l'air. Et ils disaient donc ce que désiraient entendre ceux qui respiraient cet air. À la différence des vrais prophètes, qui ne pouvaient parler que de ce qu'ils avaient entendu de Dieu. Or Dieu, comme on le sait, ne dit pas toujours ce que nous voudrions entendre de Lui. Alors les auditeurs doivent choisir à quelles paroles prêter l'oreille. La raison appelle à écouter ce qu'il est désagréable d'entendre : car personne ne dira volontairement des choses désagréables à une foule échauffée. Les émotions, elles, poussent à se ranger du côté de ceux qui disent quelque chose qui flatte l'oreille. Et le choix, comme toujours, revient à ceux qui écoutent. |
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