À la prière de la fin de l'époque de l'exil, l'auteur du Livre de Daniel ajoute une prophétie contemporaine de son temps, qu'il met, comme la prière, dans la bouche de son héros. Cette prophétie appartient, semble-t-il, à un homme dont le nom nous est aujourd'hui inconnu, qui reçut de Dieu une révélation sur la fin des temps et la venue du Messie. Un calcul simple montre que le prophète anonyme attend l'apparition du Messie 490 ans, «soixante-dix semaines», après l'édit de Cyrus le Grand sur le retour des Juifs dans la terre de leurs pères, promulgué en 538, c'est-à-dire en 48 av. J.-C. (v. 24-25). Bien sûr, il n'est pas question ici de datation exacte, mais selon les critères historiques le délai est indiqué avec une précision suffisante; exiger d'un prophète une exactitude chronologique absolue, à l'année près, est évidemment impossible. La mention de Jérusalem, qui sera restaurée, mais «en des temps difficiles» (v. 25), correspond pleinement aux réalités historiques que nous connaissons aujourd'hui: le Temple fut restauré en 515, tandis que les murailles de la ville ne purent être rebâties qu'en 443.
Mais pour l'époque où vivaient l'auteur du Livre de Daniel et le prophète dont le nom nous est inconnu, prophète dont il a inclus l'oracle dans son livre, tout cela appartenait déjà depuis longtemps aux jours passés. Les paroles sur le Messie à venir résonnaient de manière beaucoup plus actuelle pour eux comme pour leurs contemporains. La mention de la mort du Messie et de la nouvelle destruction ultérieure de la ville et du Temple (v. 26) devait sans aucun doute produire une impression particulière sur les auditeurs et les lecteurs. Avant cela, seul Isaïe de Babylone avait parlé des souffrances et de la mort du Messie (Is 53), et voici qu'un prophète anonyme confirme non seulement son témoignage, mais va encore plus loin, comme en anticipant la prophétie du Sauveur Lui-même sur la fin de Jérusalem (Mt 24:15-21). «Le peuple du chef qui viendra», ce sont manifestement les Romains, qui, en 63 av. J.-C., sous le commandement de Pompée, s'empareront de la Judée et de toute la Palestine, puis, en 70 apr. J.-C., sous l'empereur Vespasien, après la révolte antiromaine, raseront la ville et le Temple.
Mais la venue du Messie sera, semble-t-il, précédée par la profanation du Temple par un certain souverain, appelé «dévastateur» et dont il est dit qu'il subira le châtiment mérité (v. 27). Par le «dévastateur» qui profane le Temple, il faut sans aucun doute entendre Antiochos Épiphane, qui était tel aux yeux de tous les Juifs croyants. Par la «semaine qui confirme l'alliance», il faut probablement entendre les années qui séparent la prophétie de la purification du Temple après que les Maccabées eurent chassé les Syriens de Jérusalem en 166. Peut-être a-t-elle été prononcée en 171, après l'assassinat, sur ordre d'Antiochos, du grand prêtre Onias III, qui s'opposait activement à la politique religieuse menée par les autorités syriennes. Alors il fut révélé au prophète que les persécutions s'intensifieraient, qu'«au milieu de la semaine» le Temple serait profané, ce qui arriva en 168, mais qu'à la fin de la «semaine» l'alliance serait affermie. C'est ce qui arriva: après la victoire des insurgés conduits par les Maccabées, les Syriens furent chassés de Jérusalem en 166 et le Temple fut purifié. Mais ces événements relevaient d'un avenir assez proche. Dans une perspective plus lointaine, le prophète dont le nom nous est inconnu entrevit non seulement l'image du Messie souffrant, mais aussi celle de la catastrophe qui s'abattrait sur le peuple peu après la mort sur la croix et la résurrection du Sauveur.
