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La Bible pour les débutants pour le 10 novembre 2025

La Bible de Jérusalem (fr)

Actes des Apôtres, Chapitre 23

V. La fin des missions. Le prisonnier du Christ> 30 Comparution devant le Sanhédrin., 12 Complot des Juifs contre Paul., 23 Transfert de Paul à Césarée.
Fixant du regard le Sanhédrin, Paul dit : « Frères, c’est tout à fait en bonne conscience que je me suis conduit devant Dieu jusqu’à ce jour. »
Mais le grand prêtre Ananie ordonna à ses assistants de le frapper sur la bouche.
Alors Paul lui dit : « C’est Dieu qui te frappera, toi, muraille blanchie ! Eh quoi ! Tu sièges pour me juger d’après la Loi, et, au mépris de la Loi, tu ordonnes de me frapper ! »
Les assistants lui dirent : « C’est le grand prêtre de Dieu que tu insultes ? »
Paul répondit : « Je ne savais pas, frères, que ce fût le grand prêtre. Car il est écrit : Tu ne maudiras pas le chef de ton peuple. »
Paul savait qu’il y avait là d’un côté le parti des Sadducéens, de l’autre celui des Pharisiens. Il s’écria donc dans le Sanhédrin : « Frères, je suis, moi, Pharisien, fils de Pharisiens. C’est pour notre espérance, la résurrection des morts, que je suis mis en jugement. »
À peine eut-il dit cela qu’un conflit se produisit entre Pharisiens et Sadducéens, et l’assemblée se divisa.
Les Sadducéens disent en effet qu’il n’y a pas de résurrection, ni ange, ni esprit, tandis que les Pharisiens professent l’un et l’autre.
Il se fit donc une grande clameur. Quelques scribes du parti des Pharisiens se levèrent et protestèrent énergiquement : « Nous ne trouvons rien de mal en cet homme. Et si un esprit lui avait parlé ? Ou un ange ? »
10 La dispute devenait de plus en plus vive. Le tribun, craignant qu’ils ne missent Paul en pièces, fit descendre la troupe pour l’enlever du milieu d’eux et le ramener à la forteresse.
11 La nuit suivante, le Seigneur vint le trouver et lui dit : « Courage ! De même que tu as rendu témoignage de moi à Jérusalem, ainsi faut-il encore que tu témoignes à Rome. »
12 Lorsqu’il fit jour, les Juifs tinrent un conciliabule, où ils s’engagèrent par anathème à ne pas manger ni boire avant d’avoir tué Paul.
13 Ils étaient plus de quarante à avoir fait cette conjuration.
14 Ils allèrent trouver les grands prêtres et les anciens, et leur dirent : « Nous nous sommes engagés par anathème à ne rien prendre avant d’avoir tué Paul.
15 Vous donc maintenant, d’accord avec le Sanhédrin, expliquez au tribun qu’il doit vous l’amener, sous prétexte d’examiner plus à fond son affaire. De notre côté, nous sommes prêts à le tuer avant qu’il n’arrive. »
16 Mais le fils de la sœur de Paul eut connaissance du guet-apens. Il se rendit à la forteresse, entra et prévint Paul.
17 Appelant un des centurions, Paul lui dit : « Conduis ce jeune homme au tribun ; il a quelque chose à lui communiquer. »
18 Le centurion le prit donc et l’amena au tribun. « Le prisonnier Paul, dit-il, m’a appelé et m’a prié de t’amener ce jeune homme, qui a quelque chose à te dire. »
19 Le tribun prit le jeune homme par la main, se retira à l’écart et lui demanda : « Qu’as-tu à me communiquer ? » —
20 « Les Juifs, répondit-il, se sont concertés pour te prier d’amener Paul demain au Sanhédrin, sous prétexte d’enquêter plus à fond sur son cas.
21 Ne va pas les croire. Plus de quarante d’entre eux le guettent, qui se sont engagés par anathème à ne pas manger ni boire avant de l’avoir tué. Et maintenant, ils sont tout prêts, escomptant ton accord. »
22 Le tribun congédia le jeune homme avec cette recommandation : « Ne raconte à personne que tu m’as révélé ces choses. »
23 Puis il appela deux des centurions et leur dit : « Tenez prêts à partir pour Césarée, dès la troisième heure de la nuit, deux cents soldats, soixante-dix cavaliers et deux cents hommes d’armes.
24 Qu’on ait aussi des chevaux pour faire monter Paul et le conduire sain et sauf au gouverneur Félix. »
25 Et il écrivit une lettre ainsi conçue :
26 « Claudius Lysias au très excellent gouverneur Félix, salut !
27 L’homme que voici avait été pris par les Juifs, et ils allaient le tuer, quand j’arrivai avec la troupe et le leur arrachai, ayant appris qu’il était citoyen romain.
28 J’ai voulu savoir au juste pourquoi ils l’accusaient et je l’ai amené dans leur Sanhédrin.
29 J’ai constaté que l’accusation se rapportait à des points contestés de leur Loi, mais qu’il n’y avait aucune charge qui entraînât la mort ou les chaînes.
30 Avisé qu’un complot se préparait contre cet homme, je te l’ai aussitôt envoyé, et j’ai informé ses accusateurs qu’ils avaient à porter devant toi leur plainte contre lui. »
31 Conformément aux ordres reçus, les soldats prirent Paul et le conduisirent de nuit à Antipatris.
32 Le lendemain, ils laissèrent les cavaliers s’en aller avec lui et rentrèrent à la forteresse.
33 Arrivés à Césarée, les cavaliers remirent la lettre au gouverneur et lui présentèrent Paul.
34 Après avoir lu la lettre, le gouverneur s’informa de quelle province il était. Apprenant qu’il était de Cilicie :
35 « Je t’entendrai, dit-il, quand tes accusateurs seront arrivés, eux aussi. » Et il le fit garder dans le prétoire d’Hérode.
Notes:
Commentaire sur le fragment en cours
Commentaire sur le livre
Notes sur la partie

1 v) La bonne conscience est caractéristique de la morale paulinienne : 1 Co 4.4 ; 2 Co 1.12 ; 1 Tm 1.5, 19 ; 3.9 ; 2 Tm 1.3, cf. He 13.18.


2 w) Ananie, fils de Nébédée, nommé grand prêtre vers 47 ; arrêté, envoyé à Rome et probablement destitué en 51 ou 52, puis rentré en grâce ; assassiné en 66 au début de la guerre juive.


8 x) Les Pharisiens croyaient que l’individu aurait part à la vie du monde futur moyennant ou bien un corps glorifié, comme un ange (cf. Mt 22.30 ; 12.15 ; 1 Co 15.42-44), ou bien une âme immortelle (« esprit »; cf. Lc 24.39). Au contraire les Sadducéens rejetaient l’une et l’autre croyance, donc toute forme de résurrection. Sur ce point-là, Paul va trouver dans les Pharisiens des alliés, cf. 4.1s.


9 y) L’hypothèse paraît vouloir expliquer l’apparition sur le chemin de Damas Paul aurait pu voir une apparition de Jésus revenant des morts ; cf. 12.15 ; 23.8.


12 z) En appelant sur eux la malédiction divine s’ils manquaient à leur engagement.


24 a) Antonius Félix, un affranchi, frère de Pallas, le favori d’Agrippine, fut procurateur de Judée de 52 à 59 ou 60.


29 b) Texte occ. « ... des points de la Loi de Moïse et un certain Jésus ».


29 c) Luc relève ces déclarations qui proclament l’innocence de Paul, cf. v. 9 ; 25.18, 25 ; 26.31 ; 28.18, comme il l’avait fait pour Jésus, cf. 3.13 ; 13.28 ; Lc 23.14-15, 22.


30 d) Add. « Adieu ».


35 e) Palais construit par Hérode le Grand et devenu résidence officielle du procurateur romain.


Le troisième évangile et le livre des Actes étaient primitivement les deux parties d’un seul ouvrage, que nous intitulerions aujourd’hui une « Histoire des origines chrétiennes ». Très tôt le deuxième livre fut connu sous le titre « Actes des Apôtres » ou « Actes d’Apôtres », selon la mode de la littérature hellénistique qui connaissait les « Actes » d’Annibal, les « Actes » d’Alexandre, etc. ; dans le canon du NT, il est séparé de l’évangile de Luc par celui de Jean qui est interposé. La relation originelle de ces deux livres du NT est indiquée par leurs Prologues et par leur parenté littéraire. Le Prologue des Actes, qui s’adresse comme celui du troisième évangile, Lc 1.1-4, à un certain Théophile, 1.1, renvoie à cet évangile comme à un « premier livre », dont il résume l’objet et reprend les derniers événements (apparitions du Ressuscité et Ascension) pour leur enchaîner la suite du récit. La langue est un autre lien qui rattache étroitement les deux livres l’un à l’autre. Non seulement ses caractéristiques (de vocabulaire, de grammaire et de style) se retrouvent tout au long des Actes, établissant l’unité littéraire de cet ouvrage, mais encore elles se reconnaissent dans le troisième évangile, ce qui ne permet guère de douter qu’un même auteur est à l’œuvre, ici et là.

Cet auteur, la tradition de l’Église s’accorde à le reconnaître en saint Luc. Ni dans l’Antiquité ni de nos jours, on n’a jamais avancé sérieusement un autre nom. Déjà vers 175 l’ensemble des Églises juge ainsi, comme le montre l’accord du document romain qu’on appelle le Canon de Muratori, du Prologue « antimarcionite », de saint Irénée, des Alexandrins et de Tertullien. De fait, ce jugement est confirmé par les vraisemblances internes. D’après ses écrits, l’auteur doit être un chrétien de la génération apostolique, Juif très hellénisé ou mieux Grec de bonne éducation connaissant à fond les choses juives et la Bible grecque. Or ce que nous savons de Luc à partir des lettres pauliniennes s’accorde bien avec ces données. Il est présenté par l’Apôtre comme un compagnon très cher qui est à ses côtés durant sa captivité, Col 4.14 ; Phm 24 ; 2 Tm 4.11. Selon Col 4.10-14 Luc est d’origine païenne (d’Antioche en Syrie d’après une vieille tradition), et médecin, ce qui impliquerait une certaine culture, même s’il est loin d’être certain que Luc emploie dans ses écrits un vocabulaire spécifiquement médical.

Pour fixer la date où il écrit, nous ne trouvons rien de ferme dans l’ancienne tradition. Le livre se termine sur la captivité romaine de Paul, probablement en 61-63, et en tout cas sa composition doit être postérieure à celle du troisième évangile (avant 70 ? ou vers 80 ? mais rien n’impose une date après 70). Antioche et Rome ont été proposées comme lieu de composition.

Quelles sont les sources utilisées par Luc pour composer son récit ? L’auteur des Actes déclare qu’il « s’est informé soigneusement de tout depuis les origines » du côté de ceux qui avaient déjà « entrepris de composer un récit des événements qui se sont accomplis parmi nous » (Lc 1.1-4, qui forme le prologue général de son œuvre). De telles expressions font supposer, d’une part qu’il a cherché des renseignements précis, d’autre part qu’il a repris des récits déjà existants. L’examen du livre confirme cette attente. En dépit d’une activité littéraire toujours vigilante, qui a mis partout sa griffe et assure l’unité du livre, on dégage sans peine quelques courants principaux dans les traditions recueillies par Luc. Les douze premiers chapitres du livre des Actes racontent la vie de la première communauté rassemblée autour de Pierre après l’Ascension 1-5, et les débuts de son expansion à la suite des initiatives missionnaires de Philippe, 8.4-40, et des « héllénistes » 6.1 – 8.3 ; 11.19-30 ; 13.1-3, et enfin de Pierre lui-même 9.32- – 11.18 ; 12. Les traditions pétriniennes sous-jacentes seraient apparentées à « l’évangile de Pierre » qui est connu dans la littérature de l’Église ancienne. Pour la deuxième partie des Actes l’auteur aurait utilisé des récits de la conversion de Paul, de ses voyages missionnnaires, et de son voyage par mer à Rome comme prisonnier. En tout cas, Luc semble avoir disposé des lettres pauliniennes et pouvait se renseigner auprès de Paul lui-même, qu’il connaissait au moins à la période de sa captivité. D’autres personnes (Silas ou Timothée ?) auraient pu lui fournir des informations circonstanciées concernant tel ou tel épisode. À trois reprises dans son récit, 16.10-17 ; 20.5-21.18 ; 27.1-28.16 (aussi déjà 11.28 dans le texte Occidental), Luc emploie la première personne au pluriel. À la suite de saint Irénée, des exégètes ont vu dans les passages des Actes qui sont rédigés en style « nous » la preuve que Luc accompagna Paul lors de ses deuxième et troisième voyages missionnaires et de son voyage par mer à Rome. Cependant, il est remarquable que Luc n’est jamais mentionné par Paul comme compagnon de son œuvre d’évangélisation. Ce « nous » semble plutôt être la trace d’un Journal de voyage fait par un compagnon de Paul (Silas ?) et utilisé par l’auteur des Actes. Le voyage décrit par le Journal peut être associé à la collecte faite par les Églises de Macédoine et d’Achaïe pour l’Église de Jérusalem : voir 24.17 ; 1 Co 16.1-4 ; 2 Co 8-9 ; Rm 15.25-29. Cette riche matière qu’il avait rassemblée, Luc l’a habilement organisée en un tout, sériant pour le mieux les divers éléments et les reliant entre eux à l’aide de refrains rédactionnels, par exemple 6.7 ; 9.31 ; 12.24 ; etc.

La valeur historique des Actes des Apôtres n’est pas égale. D’une part les sources dont Luc disposait n’étaient pas homogènes ; d’autre part, pour manier ses sources Luc jouissait d’une liberté assez large selon l’esprit de l’historiographie ancienne, en subordonnant ses données historiques à son dessein littéraire et surtout à ses intérêts théologiques. Les récits des voyages de saint Paul reflètent avec plus ou moins d’exactitude et d’ampleur le monde de la Méditerranée orientale au premier siècle : administration romaine, cités grecques, cultes, routes, géographie politique et topographie locale. Par contraste, dans la première partie du livre les récits sont en général beaucoup moins circonstanciés. Luc met un certain parallélisme entre les miracles de Pierre et ceux de Paul : comparer 3.1-10 ; 15.8-10 ; 5.15 ; 19.12 ; 5.19 ; 12.6-11, 17 et 16.23-26, 40 ; 8.15-17 ; 19.2-7 ; 8.18-24 ; 13 6-11 ; 9.36-42: 20: 7-12. En plus, quelques-uns de ces récits miraculeux ont leurs parallèles dans les évangiles : comparer 3.6-7 ; Lc 4.39 ; Mc 1.31 ; comparer 9.33-34 ; Lc 5 24b-25 ; 20.10, 12 ; Lc 8.52-55 ; il est aussi évident que les dernières paroles d’Étienne, 7.59-60, ressemblent à celles de Jésus, Lc 23.34, 46. Le discours de Paul à Antioche de Pisidie, 13.16-41, n’est pas sans des analogies avec ceux de Pierre à Jérusalem, 2.14-36 ; 3.12-26 ; 4.8-12 ; 5.29-32, d’Étienne, 7.1-53, et encore de Pierre à Césarée, 10.34-43. Il est donc raisonnable de supposer que Luc n’avait pas reçu ces discours tels quels, mais qu’il les a composés en utilisant quelques thèmes essentiels de la prédication primitive appuyés d’arguments devenus traditionnels et coulés dans des formules mémorisées : florilèges de textes scripturaires pour les Juifs, réflexions de philosophie commune pour les Grecs, et pour tous l’annonce essentielle (kérygme) du Christ mort et ressuscité, avec l’appel à la conversion et au baptême. Luc aura connu, d’abord par tradition et ensuite par expérience, ces schémas de la première propagande chrétienne et c’est ce qui lui a permis, avec son sens psychologique très fin, de mettre dans ces discours un enseignement de valeur authentique et d’importance capitale. On a souvent signalé des discordances entre le livre des Actes et les lettres pauliniennes, que Luc semble avoir utilisées mais sans minutie. Il est notoire que Luc ne s’est pas soucié d’harmoniser les cinq visites de saint Paul à Jérusalem dans les Actes avec les données de Ga 1.15-2 10. Sur un autre plan, on constate un certain contraste entre le portrait de Paul qui est dessiné dans les Actes et l’autroportrait que Paul fait dans sa correspondance. Paul à Athènes se montre nettement moins sévère envers les religions païennes que dans sa lettre aux Romains : comparer 17.22-31 avec Rm 1.18-32 (mais voir Sg 13.1-10, où l’auteur excuse ceux qui se trompent en cherchant Dieu en même temps qu’il condamne l’idolâtrie). En général Luc attribue à l’apôtre une attitude plus conciliante que celle des épîtres : comparer 21.20-26 avec Ga 2.12s ; 16.3 avec Ga 2.3 ; 5.1-12 ; mais les deux auteurs s’inspirent d’intérêts assez différents. Paul est un plaideur qui sait être intransigeant (mais voir aussi 1 Co 9.19-23), tandis que Luc veut démontrer l’unité profonde qui liait les premiers disciples entre eux.

En effet l’objectivité du livre des Actes a été attaquée par un autre biais, qui pose la question de son but. L’école de F. Ch. Baur a voulu y voir un écrit de compromis rédigé au IIe siècle pour concilier les tendances adverses du pétrinisme et du paulinisme. Ce système a le mérite de relever l’existence certaine des oppositions dans l’Église primitive ; mais il suppose une date beaucoup trop basse, et sous sa forme radicale il n’a plus aujourd’hui d’adhérents. En revanche il arrive encore fréquemment qu’on dénonce dans cet ouvrage un plaidoyer, avec tout ce que cela peut comporter de déformation des faits. Luc y ferait une apologie de Paul destinée à convaincre les autorités romaines qu’il n’était coupable d’aucun délit politique. Il est incontestable que Luc souligne le caractère purement religieux du conflit qui oppose les Juifs à Paul et l’indifférence des autorités romaines en face de ce conflit. Mais cela semble répondre à la vérité historique et en tout cas ce n’est qu’un aspect du livre des Actes. Celui-ci est tout autre chose qu’un placet à présenter au tribunal de Rome. Il ne vise à rien de moins qu’à raconter, pour elle-même, l’histoire des origines chrétiennes.

Il suffit, pour s’en convaincre, d’examiner son plan. On y voit mise en œuvre la parole initiale du Christ : « Vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux confins de la terre », 1.8. La foi s’implante d’abord solidement à Jérusalem, où la première communauté s’accroît en grâce et en nombre, 1-5. Bientôt l’expansion commence, préparée par la tendance universaliste des convertis du Judaïsme hellénistique et par leur expulsion à la suite du martyre d’Étienne, 6.1-8 3 : la Samarie est atteinte, 8.4-25, ainsi que la plaine côtière jusqu’à Césarée, où pour la première fois des païens entrent dans l’Église, 8.26-40 ; 9.32-11.18, cependant que la conversion de Paul nous apprend qu’il y a déjà des chrétiens à Damas et présage l’évangélisation de la Cilicie, 9.1-30. Des refrains comme 9.31 (qui ajoute la Galilée) soulignent bien la diffusion de la foi. Ensuite c’est Antioche qui reçoit le message de Jésus, 11.19-26, et qui va devenir un centre de rayonnement, non sans garder avec Jérusalem des relations où l’on se concerte sur les principaux problèmes missionnaires, 11.27-30 ; 15.1-35. En effet, il s’agit maintenant pour l’Évangile de passer chez les païens. Après la conversion de Corneille et l’incarcération à Jérusalem, Pierre est parti pour une destination inconnue, 12.17 ; et c’est Paul qui va désormais, dans le récit de Luc, être en vedette. Après un premier voyage avec Barnabé en Chypre et Asie Mineure avant le concile de Jérusalem, 13-14, deux autres voyages le mèneront jusqu’en Macédoine et en Grèce, 15.36-18.22, et à Éphèse, 18.23-21.17. Toujours il revient à Jérusalem, et son arrestation dans cette ville puis sa captivité à Césarée, 21.18-26.32, lui donneront de se faire conduire, prisonnier mais toujours missionnaire, jusqu’à Rome où, dans les chaînes, il annonce le Christ, 27-28. Vue de Jérusalem, cette capitale de l’empire représente bien « les confins de la terre » et Luc peut arrêter là son livre.

On regrettera peut-être qu’il n’ait rien dit de l’activité des autres apôtres, ni de la fondation de certaines Églises comme celle d’Alexandrie, ou même celle de Rome où la foi chrétienne fut certainement implantée avant l’arrivée de l’Apôtre (voir l’épître aux Romains, surtout Rm 15.22s). Même de l’apostolat de Pierre hors de la Palestine il ne dit rien, et il est certain que la personne de Paul occupe dans son œuvre une place prépondérante, jusqu’à en remplir seule toute la seconde moitié. Plus qu’une histoire matériellement complète, c’est un exposé de la force d’expansion spirituelle du christianisme qu’il a voulu donner ; et l’enseignement théologique qu’il a su tirer des faits dont il disposait possède une valeur universelle, et irremplaçable, qui fait tout le prix de son œuvre.

Cet apport doctrinal est multiple et l’on ne peut qu’en évoquer les chefs principaux. La foi au Christ, base du kérygme apostolique, y est exposée. Nous connaissons, par les discours, les principaux textes scripturaires qui servirent, sous la conduite de l’Esprit, à la formulation de la christologie et à l’argumentation auprès des Juifs ; on remarque particulièrement les thèmes du Serviteur, 3.13, 26 ; 4.27, 30 ; 8.32-33, et de Jésus nouveau Moïse, 3.22s ; 7.20s, et nouvel Élie, 1.9-11 ; 3.20-21. La résurrection est prouvée par le Ps 16.8-11 (2.24-32 ; 13.34-37). L’histoire du peuple élu doit mettre les Juifs en garde contre la résistance à la grâce, 7.2-53 ; 13.16-41. Pour les païens, on invoque des arguments d’une théodicée plus générale, 14.15-17 ; 17.22-31. Mais les apôtres sont surtout des « témoins », et Luc nous résume leur « kérygme », 2.22, comme il nous raconte leurs « signes » thaumaturgiques. Le problème crucial de l’Église naissante devait être l’accès des païens au salut, et le livre des Actes nous apporte sur ce point des lumières, même s’il ne nous révèle pas toute l’étendue des difficultés et des controverses occasionnées par cette question dans l’Église et même entre ses dirigeants (voir Ga 2.11) : les frères de Jérusalem, groupés autour de Jacques, restent fidèles à la Loi juive, 15.1, 5 ; 21.20s ; mais les « hellénistes », dont Étienne est le porte-parole, sentent le besoin de rompre avec le culte du Temple ; et Pierre, puis surtout Paul, font triompher au concile de Jérusalem le principe du salut par la foi au Christ, qui dispense les païens de la circoncision et des observances mosaïques. Il n’en reste pas moins vrai que Luc nous montre Paul commençant toujours par s’adresser aux Juifs, pour se tourner ensuite vers les païens quand il est rejeté par ses frères de race, 13.5. Sur la vie des communautés chrétiennes il nous esquisse un tableau qui est sans doute idéalisé, voire utopique, mais qui est inspiré des souvenirs des premières années aussi bien que des réalités ecclésiales d’une époque plus tardive : vie de prière et partage des biens dans la jeune Église de Jérusalem ; administration du baptême de l’eau et du baptême d’Esprit, 1.5 ; célébration de l’Eucharistie, 2.42 ; ébauches d’organisation ecclésiastique dans les « prophètes » et les « docteurs », 13.1, ou encore dans les « presbytres » qui président à l’Église de Jérusalem, 11.30, et que Paul établit dans les Églises qu’il fonde, 14.23. Le tout baigné, dirigé, emporté par un souffle invincible de l’Esprit Saint. Cet Esprit, sur lequel Luc avait déjà insisté dans son évangile, Lc 4.1, il le montre sans cesse à l’œuvre dans l’expansion de l’Église, 1.8, au point qu’on a pu appeler les Actes « l’évangile du Saint-Esprit ». C’est ce qui donne à cet ouvrage ce parfum d’allégresse spirituelle, de merveilleux surnaturel dont ne s’étonneront que ceux qui ne comprennent pas ce phénomène unique au monde que fut la naissance du Christianisme. Si l’on ajoute à toutes ces richesses théologiques le précieux apport de tant de détails concrets qui autrement nous eussent été inconnus, si l’on sait goûter les portraits d’une fine psychologie où Luc excelle, des morceaux piquants et habiles comme le discours devant Agrippa, 26, des pages émouvantes comme l’adieu aux anciens d’Éphèse, 20.17-38, des récits vifs et réalistes comme l’émeute des orfèvres, 19.23-40, on conviendra que ce livre unique en son genre dans le NT représente un trésor dont l’absence eût appauvri singulièrement notre connaissance des origines chrétiennes.

Le texte des Actes, comme celui du reste du NT, nous est parvenu avec bien des variantes de détail. Mais plus qu’ailleurs, les leçons qui relèvent du texte dit « occidental » (attesté par des variantes dans le codex Bezae, dans des versions latine, syriaque et copte, et dans des citations faites par certains écrivains ecclésiastiques) méritent de retenir l’attention. Elles donnent un texte qui est souvent plus concis que le texte alexandrin, mais qui contient aussi des détails concrets et pittoresques que l’autre ignore. En fait ces deux traditions textuelles semblent représenter des rédactions successives du livre des Actes. La traduction qui suit est faite le plus souvent sur le texte alexandrin, mais de nombreuses variantes du texte occidental ont été signalées en note ou même adoptées dans le texte traduit.

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