Réaction étrange, à première vue : d'un côté, une foule nombreuse qui presse de toutes parts, mais cette pression semble ne pas être remarquée ; de l'autre, le contact d'une femme qui désire ardemment la guérison, et qui devient aussitôt perceptible... Pourtant, si l'on y réfléchit, il n'y a là rien d'étrange. On a depuis longtemps remarqué que l'homme n'est jamais aussi seul que dans une grande foule. Même lorsque cette foule est très dense. On dirait que tous sont serrés les uns contre les autres, que la proximité est extrême ; mais il s'avère que cette proximité n'est que physique, et qu'il n'y en a aucune autre. C'est apparemment la même chose que Jésus éprouve dans la foule compacte. Seulement, à la différence de nous, les contacts fortuits dus à la densité de la foule ne comptent absolument pas pour Lui. Il semble même ne pas les sentir du tout ; pour Lui, c'est comme s'ils n'existaient pas. Cela se comprend : ce qui Lui importe avant tout, ce sont les relations personnelles avec ceux qui se trouvent près de Lui ; et quand de telles relations n'existent pas, il n'y a rien à dire, ni même rien à sentir, même si une foule pressante l'entoure. Jésus la percevait sans doute comme une masse impersonnelle où l'on ne distingue pas l'homme particulier, parce que l'homme lui-même, dans la foule, ne se voit habituellement pas, à moins bien sûr d'y faire un effort spécial. Et bien qu'extérieurement l'intérêt de la foule fût précisément lié à Lui, à Jésus, en réalité il n'y avait personne dans cette foule pour s'intéresser à Lui. L'attente exaltée du miracle ne compte pas : à elle seule, elle ne fait pas encore d'un homme une personne consciente d'elle-même. Il en va autrement de la femme qui désire ardemment l'aide, la guérison, et donc une relation personnelle. Elle ne se confond pas avec la foule. Elle se souvient d'elle-même et, au moins en partie, en a conscience. Certes à travers le négatif, à travers le problème, à travers une maladie jusque-là incurable, mais elle en a conscience. Hélas, dans le monde déchu, c'est souvent précisément par le négatif que l'homme commence à prendre conscience de lui-même : beaucoup ne peuvent être réveillés autrement. Et lorsque l'on touche Jésus consciemment, en aspirant à une relation personnelle et tout à fait concrète avec Lui, en sachant ce que l'on attend de Lui, Il perçoit celui qui Le touche précisément comme une personne, non comme une partie de la foule. Alors la guérison devient possible, alors commence à agir cette force de Dieu que Jésus sent constamment en Lui, et Il sent comment cette force agit à travers Lui. Et celui qui cherche la guérison reçoit ce qu'il cherchait : car il a trouvé Celui qui peut le guérir. |
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