Bible-Centre

La réflexion principale pour le 29 octobre 2025

L'humeur de la foule est changeante : quelques jours seulement séparent « hosanna ! » de « crucifie-le ! » Mais une foule est précisément une foule pour que la personne y disparaisse. Elle se dissout dans un grand « nous » collectif et irresponsable. Dans certaines circonstances, on peut la détruire physiquement, mais il est tout à fait inutile d'essayer d'entrer en communion avec elle. Tout simplement parce qu'il n'y a personne avec qui communiquer : dans une foule, il n'y a pas une seule personne.

Mais une foule peut être manipulée. Parfois. Avec certaines précautions et, d'ordinaire, jusqu'à une certaine limite. Et le grand prêtre, comme toute l'élite du Temple, maîtrisait parfaitement cet art. Son pouvoir reposait en grande partie là-dessus. Et, bien sûr, sur les jeux politiques qu'il menait, comme chef de la Judée, avec l'autorité romaine. Il y jouait en effrayant Rome avec les extrémistes religieux, les zélotes, avec lesquels il entretenait aussi son propre jeu secret, inconnu de Rome. Ou connu, mais toléré, Rome fermant les yeux et comptant sur le grand prêtre et son entourage comme sur un moindre mal. Il y jouait en laissant entendre la possibilité d'une grande guerre religieuse, vers laquelle il poussait lui-même en silence ceux qui étaient prêts à la déclencher. Et c'est ainsi que, sur une peur en partie réelle et en partie fantomatique, il bâtissait sa politique.

Et Jésus n'était pas seulement absent de ses yeux comme Personne ; il n'était même pas une personne avec une minuscule. Seulement une monnaie d'échange. Une occasion de prouver sa loyauté : nous n'avons pas d'autre roi que l'empereur ! Et de livrer à l'exécution un prédicateur gênant, absolument impossible à contrôler. Barabbas, c'était autre chose : un zélote, bien sûr, un extrémiste, mais l'un des leurs, un patriote, un ennemi des Romains, et surtout quelqu'un de compréhensible. Le Temple était en contact depuis longtemps avec de tels gens ; avec eux, on savait comment se comporter et à quoi s'attendre. Mais ici, il n'y avait qu'une surprise continue, inutile et incontrôlable, donc dangereuse. Mieux valait se débarrasser de ce prédicateur, mais pas de ses propres mains. Mieux valait le faire par les mains des Romains : pour le grand prêtre, c'était une option presque sans risque. Et si le procurateur s'obstinait, le grondement de la foule pouvait lui suggérer que des rapports pourraient parvenir à Rome sur son indulgence envers de dangereux rebelles, que le grand prêtre combattait et que lui, le procurateur, main et oeil de l'empereur, graciait.

Chacun joue son propre jeu. Sauf Jésus seul ; lui ne joue aucun jeu avec personne. Un tel homme n'est utile à personne. Et il ne lui reste qu'une chose : la croix. Il n'y a pour lui pas d'autre chemin.

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