Au cours de son ministère apostolique, Paul a dû se retrouver dans bien des situations difficiles : quoi qu'on en dise, sa vie n'a pas manqué d'aventures. Ce fut le cas à Philippes, une ville macédonienne relativement petite. À cette époque, la Macédoine était déjà entièrement hellénisée et appartenait à l'Empire romain. Il y avait aussi là une communauté juive. La ville elle-même était assez ordinaire, pas particulièrement religieuse, du genre de lieu que l'on appelait, aux temps évangéliques, « païen ». Mais l'absence de religiosité ne signifiait pas l'absence de superstition ni d'intérêt pour tout ce qui est surnaturel : cet intérêt est d'ordinaire propre précisément aux sociétés qui ne se distinguent pas par une religiosité particulière. Sur un tel fond, l'apparition de personnes possédées est tout à fait compréhensible. Parfois, il s'agit simplement de personnes naturellement extatiques, enclines à l'hystérie ; parfois, de personnes réellement possédées, soumises à une volonté étrangère et hostile à l'homme. Il est difficile de dire exactement ce qu'était la servante mentionnée dans le livre : la description est trop brève, les détails trop rares. Il est seulement clair qu'elle percevait le souffle du Royaume que les apôtres portaient avec eux. Pour cela, il n'est pas nécessaire d'être chrétien, ni même simplement croyant ; une certaine sensibilité « mystique » accrue suffit. À la fin, Paul, fatigué du spectacle « religieux » incessant qui accompagnait son témoignage, ramena la servante à un état normal. Et alors ses maîtres s'indignèrent. Non pour des raisons religieuses, bien sûr, mais pour des raisons commerciales : visiblement, ils exploitaient à leur profit les capacités inhabituelles de leur servante. Ils ne voulaient pourtant pas reconnaître de tels motifs intéressés et décidèrent de se présenter comme défenseurs des fondements de l'État et des traditions romaines. Ils ne se souciaient évidemment ni du Messie, ni du Royaume, ni de Paul lui-même, pas plus qu'ils ne se souciaient des traditions romaines. Quant aux représentants du pouvoir local, ils veillaient à ce qu'aucun trouble ni désordre ne survienne dans la ville. Ainsi l'autorité locale cherche à se débarrasser de témoins indésirables. L'histoire du ministère terrestre du Sauveur, de sa condamnation et de son exécution, se répète. Non pas littéralement, bien sûr, mais dans son essence. On a voulu se débarrasser de lui aussi, non pas tant pour des raisons idéologiques que par simple opportunité politique. À cet égard, la logique de tout pouvoir, à toutes les époques, est apparemment la même. Du pouvoir séculier comme du pouvoir religieux. Le Royaume de Dieu menace tout pouvoir. Sauf un seul : le pouvoir de Dieu sur le coeur humain. |
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