Une substitution monstrueuse se produit. Les princes, appelés à se tenir à la tête du peuple, non seulement ne suivent pas la justice, mais la haïssent...
Une substitution monstrueuse se produit. Les princes, appelés à se tenir à la tête du peuple, non seulement ne suivent pas la justice, mais la haïssent. Leur gouvernement est plein d'injustices, et c'est pourquoi le prophète compare leurs actes au mal extrême du cannibalisme. Il est tout à fait compréhensible que le Seigneur se détourne d'eux.
Mais voici que nous voyons qu'Il se détourne aussi de ceux qu'Il avait appelés à Son service, des prophètes qui ont perverti leur vocation. Ils ont transformé le service en profession, et désormais ils se préoccupent davantage de leurs revenus que de l'annonce de la justice. Cela veut dire qu'eux aussi se sont détournés du Seigneur, et maintenant Il leur enlève la possibilité de L'entendre. Maintenant que Sion et Jérusalem, appelées à manifester au monde la présence du Seigneur dans le monde, sont souillées et bâties dans le sang, et que beaucoup de ceux qui étaient appelés à garder la fidélité ont usurpé le sanctuaire, que doivent faire ceux qui ne veulent pas participer aux iniquités?
Même en restant une petite minorité en nombre, continuer à garder fidélité à Celui qui a le pouvoir de restaurer les sanctuaires détruits et souillés. Il est important de garder pur le temple visible, mais il est plus important encore de garder fidélité à Celui dont le Nom sanctifie le temple.
3 y) « comme viande » kishe’er ; « comme » ka’asher hébr.
5 z) Sur les cadeaux aux prophètes, cf. 1 S 9.7-8 ; 1 R 14.3 ; 2 R 4.42 ; 5.15, 22 ; 8.8-9 ; Am 7.12. — Michée ne conteste pas l’inspiration de ces prophètes, mais les accuse d’être intéressés.
10 a) « bâtissant » versions ; l’hébr. a un participe singulier. — Devant les grandes constructions de la capitale, Michée pense d’abord à l’injustice au prix de laquelle elles ont été édifiées (ainsi Am 3.10, 15 ; 5.11 ; 6.8 ; Jr 22.13-15).
11 b) Il s’agit des décisions sacerdotales (tôrôt), cf. Ex 22.8 ; Dt 17.8-13 ; Jr 18.18 ; Ez 7.26 ; Ag 2.11-14 ; Ml 2.7.
Le prophète Michée (qu’il ne faut pas confondre avec Michée Ben Yimla qui vécut sous le règne d’Achab, 1 R 22) était un Judéen, originaire de Moréshèt, à l’ouest d’Hébron. Il a exercé son action sous les rois Achaz et Ézéchias, c’est-à-dire avant et après la prise de Samarie en 721 et peut-être jusqu’à l’invasion de Sennachérib en 701. Il fut donc en partie le contemporain d’Osée et, plus longuement, d’Isaïe. Par son origine campagnarde, il s’apparente à Amos, dont il partage l’aversion pour les grandes cités, le langage concret et parfois brutal, le goût des images rapides et des jeux de mots.
Le livre se divise en quatre parties qui font alterner la menace et la promesse : 1.2 – 3.12, procès d’Israël ; 4.1 – 5.14, promesses à Sion ; 6.1 – 7.7, nouveau procès d’Israël ; 7.8-20, espérances. Les promesses à Sion contrastent trop violemment avec les menaces qui les encadrent et cette composition balancée est un arrangement des éditeurs du livre. Il est difficile de déterminer l’étendue des remaniements qu’il a subis dans le milieu spirituel où se gardait le souvenir du prophète. On s’accorde à reconnaître que 7.8-20 se situe nettement à l’époque du retour de l’Exil. C’est dans ce temps aussi que se placeraient le mieux l’oracle de 2.12-13, perdu parmi des menaces, et les annonces de 4.6-7 ; 5.6-7. D’autre part, 4.1-5 se retrouve à peu près textuellement dans Isa 2.2-5, et ne semble être primitif dans aucun des deux contextes. Mais il ne faut pas s’autoriser de ces additions pour retrancher du message authentique de Michée toutes les promesses d’avenir. La collection d’oracles des chap. 4-5 a été constituée pendant ou après l’Exil, mais elle contient des pièces authentiques et, en particulier, il n’y a pas de raison décisive pour refuser à Michée l’annonce messianique de 5.1-5, qui concorde avec ce qu’Isaïe faisait espérer à la même époque, Isa 9.1s ; 11.1s.
Nous ne savons rien de la vie de Michée ni comment il fut appelé par Dieu. Mais il avait une conscience aiguë de sa vocation prophétique et c’est pour cela que, se distinguant des faux inspirés, il annonce avec assurance le malheur 2.6-11 ; 3.5-8. Il porte la parole de Dieu et celle-ci est d’abord une condamnation. Yahvé fait le procès de son peuple, 1.2 ; 6.1s, et le trouve coupable : fautes religieuses sans doute, mais surtout fautes morales, et Michée fustige les riches accapareurs, les créanciers impitoyables, les commerçants fraudeurs, les familles divisées, les prêtres et les prophètes cupides, les chefs tyranniques, les juges vénaux. C’est le contraire de ce que Yahvé réclamait : « accomplir la justice, aimer la bonté, et s’appliquer à marcher avec Dieu », 6.8, formule admirable, qui résume les revendications spirituelles des prophètes et rappelle surtout Osée. Le châtiment est décidé : dans un bouleversement du monde, 1.3-4, Yahvé viendra juger et punir son peuple, la ruine de Samarie est annoncée, 1.6-7, celle des villes du Bas-Pays où vit Michée, 1.8-15, celle même de Jérusalem, qui deviendra un monceau de décombres, 3.12.
Cependant le prophète garde une espérance, 7.7. Il reprend la doctrine du Reste, ébauchée par Amos, et il annonce la naissance en Éphrata du Roi pacifique qui fera paître le troupeau de Yahvé, 5.1-5.
L’influence de Michée fut durable : les contemporains de Jérémie connaissaient et citaient de lui un oracle contre Jérusalem, Jr 26.18. Le Nouveau Testament a surtout retenu le texte sur l’origine du Messie en Éphrata-Bethléem, Mt 2.6 ; Jn 7.42.