Comme on le voit, l'attitude de Jésus envers le jeûne, comme envers toute tradition religieuse en général, a toujours été très éloignée du formalisme religieux sans lequel beaucoup de Ses interlocuteurs ne concevaient pas leur vie. Bien sûr, dans certains cas, le jeûne est important et nécessaire, et Jésus ne s'opposait nullement en principe à cette pratique. Il s'agissait d'autre chose...
Comme on le voit, l'attitude de Jésus envers le jeûne, comme envers toute tradition religieuse en général, a toujours été très éloignée du formalisme religieux sans lequel beaucoup de Ses interlocuteurs ne concevaient pas leur vie. Bien sûr, dans certains cas, le jeûne est important et nécessaire, et Jésus ne s'opposait nullement en principe à cette pratique. Il s'agissait d'autre chose : tout élément de la tradition religieuse devait servir la formation et le développement spirituels de la personne. En effet, le jeûne, au moins dans les traditions yahviste et juive, supposait toujours la tristesse et le deuil. Il pouvait s'agir d'un deuil familial pour un parent décédé, d'un deuil public lié à des événements douloureux ou tragiques d'importance générale, ou enfin d'un deuil pendant les jours de repentance, individuelle ou communautaire, et parfois même nationale, comme ce fut le cas, par exemple, lors du siège de Jérusalem par l'armée assyrienne au VIIIe siècle av. J.-C. Mais, dans tous les cas, le jeûne avait un contenu concret et toujours un sens bien déterminé.
Or, à l'époque évangélique, et surtout dans le milieu pharisien, le jeûne était devenu en grande partie, sinon une formalité, du moins une obligation purement religieuse. Tous savaient qu'un croyant devait se repentir de ses péchés et s'en affliger. Afin d'ordonner cette pratique religieuse, les chefs spirituels de la fraternité pharisienne avaient établi un jeûne obligatoire auquel étaient consacrés deux jours précis de chaque semaine, sans compter les jours de deuil particuliers observés chaque année. Il était naturellement possible, si on le souhaitait, de prolonger le temps d'abstinence ; mais le réduire et renoncer aux deux jours de jeûne hebdomadaires prescrits n'était pas exactement interdit, mais passait pour extrêmement impie. Un tel refus aurait presque certainement suscité au moins des questions étonnées, ce qui arriva précisément aux disciples de Jésus.
Jésus ne cherche même pas à donner d'explication religieuse à leur refus de jeûner. Ses arguments concernent exclusivement la vie spirituelle : si Ses disciples n'ont maintenant aucune raison de s'affliger et ne songent à aucune repentance parce qu'Il est Lui-même avec eux, alors le jeûne n'a ni sens ni nécessité. Lorsque le sens et la nécessité apparaîtront, son temps viendra aussi. Il y a un temps pour toute chose, déterminé par la logique non des prescriptions religieuses, mais de la vie spirituelle, comme c'est toujours le cas dans le Royaume.
17 e) C’est-à-dire de Dieu. Cf. Ac 2.22 ; 10.38.
19 f) La terrasse palestinienne de Mc 2.4 devient chez Luc un toit de maison gréco-romaine.
39 g) Le vin nouveau qu’offre Jésus n’est pas du goût de ceux qui ont bu le vin vieux de la Loi. Ce dernier propos, propre à Luc, reflète peut-être l’expérience de Luc, disciple de Paul qui connaît les difficultés de la mission auprès des juifs, cf. Ac 13.5.
Le mérite particulier du troisième évangile lui vient de la personnalité très attachante de son auteur, qui y transparaît sans cesse. Saint Luc est un écrivain de grand talent et une âme délicate. Il a mené son œuvre de façon originale, avec un souci d’information et d’ordre, 1.3. Ce n’est pas à dire qu’il ait pu donner aux matériaux reçus de la tradition un arrangement plus «sp;historique » que Matthieu et Marc ; son respect des sources et sa façon de les juxtaposer ne le lui permettaient pas. Son plan reprend les grandes lignes de celui de Marc avec quelques transpositions, ou omissions. Des épisodes sont déplacés, 3.19-20 ; 4.16-30 ; 5.1-11 ; 6.12-19 ; 22.31-34, etc., tantôt par soucis de clarté et de logique, tantôt par influence d’autres traditions, parmi lesquelles il faut noter celle qui se reflète également dans le quatrième évangile. D’autres épisodes sont omis, soit comme moins intéressants pour les lecteurs païens, cf. Mc 12.28-34, à comparer Lc 10.25-28. On remarquera surtout l’absence d’un correspondant à Mc 6.45-8.26. La différence la plus notable par rapport au deuxième évangile est la longue section médiane 9.51-18.14, qui est présentée sous la forme d’une montée vers Jérusalem à l’aide de notations répétées, 9.51 ; 13.22 ; 17.11, cf. Mc 10.1, et où l’on verra moins le souvenir réel de différents voyages que l’insistance voulue sur une idée théologique chère à Luc : la Ville sainte est le lieu où doit s’accomplir le salut 9.31 ; 13.33 ; 18.31 ; 19.11, c’est là que l’Évangile a commencé, 1.5s, et c’est là qu’il doit finir, 24.52s – par des apparitions et des entretiens qui n’ont pas lieu en Galilée, 24.13-51 ; et comp. 24.6 avec Mc 16.7, Mt 28.7, 16-20 – car c’est de là que doit partir l’évangélisation du monde, 24.47 ; Ac 1.8. Dans un sens plus large, c’est la montée de Jésus (et du chrétien) vers Dieu.
D’autres traits littéraires de Luc sont l’emploi des genres du symposium, 7.36-50 ; 11.37-54 ; 14.1-24, et du discours des adieux, 22.14-38, son goût des parallèles (Jean le Baptiste et Jésus, 1.5-2.52) et des inclusions, et le schéma promesse-accomplissement qui ponctue son récit.
Si l’on poursuit dans le détail la comparaison de Luc avec Marc et Matthieu, on observe sur le vif l’activité toujours en éveil d’un écrivain qui excelle à présenter les choses d’une façon qui lui est propre, évitant ou atténuant ce qui peut froisser sa sensibilité ou celle de ses lecteurs (8.43 comp. Mc 5.26 om. Mc 9.43-48 ; 13.32, etc.), ou bien leur être peu compréhensible (om. Mc 4.13 ; 8.32s ; 9.28s ; 14.50) ou les excluant (Lc 9.45 ; 18.24 ; 22.45), interprétant les termes obscurs (6.15) ou précisant la géographie (4.31 ; 19.28s, 37 ; 23.51), etc. Par ces nombreuses et fines touches, et surtout par le riche apport dû à son enquête personnelle, Luc nous livre les réactions et les tendances de son âme ; ou plutôt, par le moyen de cet instrument de choix, l’Esprit-Saint nous présente le message évangélique d’une façon originale, riche de doctrine. Il s’agit moins d’ailleurs de grandes thèses théologiques (les idées maîtresses sont les mêmes que chez Marc et Matthieu) que d’une psychologie religieuse où l’on trouve, mêlées à une influence très discrète de son maître Paul, les inclinations propres au tempérament de Luc. En vrai « scriba mansuetudinis Christi » (Dante), il aime à souligner la miséricorde de son Maître pour les pécheurs, 15.1s, 7, 10, et à raconter des scènes de pardon, 7.36-50 ; 15.11-32 ; 19.1-10 ; 23.34, 39-43. Il insiste volontiers sur la tendresse de Jésus pour les humbles et les pauvres, tandis que les orgueilleux et les riches jouisseurs sont sévèrement traités, 1.51-53 ; 6.20-26 ; 12.13-21 ; 14.7-11 ; 16.15, 19-31 ; 18.9-14. Cependant même la juste condamnation ne se fera qu’après les délais patients de la miséricorde, 13.6-9 ; comp. Mc 11.12-14. Il faut seulement qu’on se repente, qu’on se renonce, et ici la générosité exigeante de Luc tient à répéter l’exigences d’un détachement décidé et absolu, 14.25-34, notamment par l’abandon des richesses, 6.34s ; 12.33 ; 16.9-13. On notera encore les passages propres au troisième évangile sur la nécessité de la prière, 11.5-8 ; 18.1-8, et sur l’exemple qu’en a donné Jésus, 3.21 ; 5.16 ; 6.12 ; 9.28. Enfin, comme chez saint Paul et dans les Actes, l’Esprit Saint occupe une place de premier plan que Luc seul souligne en 1.15, 35, 41, 67 ; 2.25-27 ; 4.1, 14, 18 ; 10.21 ; 11.13 ; 24.49. Ceci, avec l’atmosphère de reconnaissance pour les bienfaits divins et d’allégresse spirituelle, qui enveloppe tout le troisième évangile, 2.14 ; 5.26 ; 10.17 ; 13.17 ; 18.43 ; 19.37 ; 24.51s, achève de donner à l’œuvre de Luc cette ferveur qui touche et réchauffe le cœur.