Le Christ ne répond pas aux questions des accusateurs. D'abord, bien sûr, parce qu'il est inutile de répondre...
Le Christ ne répond pas aux questions des accusateurs. D'abord, bien sûr, parce qu'il est inutile de répondre à ceux qui interpréteront nécessairement toute réponse avec parti pris. Mais cette raison ne peut être exhaustive, car non seulement les paroles du Christ, mais tout son comportement étaient prédication. La manière dont il se tient devant ses accusateurs fait penser non seulement à ses propres paroles sur l'interdiction de jeter les perles, mais aussi au troisième commandement, auquel ces paroles se rapportent. C'est pourquoi révéler devant des accusateurs prévenus les vérités les plus hautes revient à les livrer d'avance à la profanation.
Ces dernières années, on a souvent pu entendre, à propos et hors de propos, la phrase répétée: «Par le silence, Dieu est trahi». Mais le silence du Christ montre qu'il ne faut pas absolutiser ce principe.
Pilate non plus n'est pas capable de comprendre le Christ. Pas seulement en raison de sa mentalité païenne; après tout, beaucoup de païens ont su répondre à la prédication de l'Évangile. Plus essentiel est le fait que Pilate est habitué à se guider d'après les règles de ce monde, et elles empêchent de percevoir tout ce qui dépasse le cadre de l'avantage pratique. Mais le peuple, qui, à l'instigation des grands prêtres, demande la libération de Barabbas, se guide lui aussi d'après les mêmes règles. Aux yeux du peuple, Barabbas ressemble à un héros; ses actes paraissent plus compréhensibles que les prédications du Christ. Et voici que nous voyons le Christ envoyé mourir à la place de Barabbas.
Si à quelqu'un l'idée que le Christ a souffert pour nos péchés commence à paraître une abstraction, il ne sera pas inutile de se souvenir qu'il fut envoyé sur la croix destinée à un autre homme. Le salut de l'humanité a commencé par la chance donnée à Barabbas, et maintenant chacun de nous est un Barabbas gracié.
Ce jour-là, de la foule s'élevèrent des paroles sur le sang qui retombait sur ceux qui étaient rassemblés devant Pilate et sur leurs enfants. Au cours des siècles suivants, des hommes se disant chrétiens exciteraient plus d'une fois par ces paroles leur propre soif de sang. Mais ce n'est pas pour appeler à la vengeance que l'évangéliste les a mentionnées. Car quiconque commet l'iniquité participe à la crucifixion du Christ. Cela signifie que tous sont coupables d'avoir versé son sang.
Mais c'est précisément pour nous, qui le crucifions, qu'il est allé à la croix.