Tous, pèlerins venus pour la Pâque, prêtres, pharisiens, tous acceptaient qu'autour du Temple de Jérusalem se déroule un commerce animé. Les voix des animaux destinés aux sacrifices couvrent les chants? Que faire, au moins il est toujours possible d'acheter ces animaux. Le pèlerin ne va tout de même pas les conduire depuis chez lui, qui pouvait se trouver à des centaines de kilomètres... Les changeurs, en marchandant avec les clients, discutent et jurent à n'y plus tenir? C'est triste, bien sûr, mais il faut bien changer les deniers en drachmes et inversement... À proprement parler, personne n'approuve tout ce vacarme dans les parvis du Temple, mais tous s'en accommodent comme d'un mal inévitable, sorte de tribut au tempérament oriental.
En réalité, les Judéens pieux supportaient tout cela non pas tant par indifférence que parce qu'ils attendaient intensément la venue du Messie. Par les prophètes, le Seigneur avait plus d'une fois dénoncé avec colère Israël pour son manque de vénération. Les paroles citées par Jésus, « ma maison sera appelée maison de prière, mais vous en avez fait une caverne de brigands », appartiennent au prophète Jérémie et furent prononcées six cents ans avant les événements décrits par l'Évangile. Mais en Israël existait la conviction que le Messie à venir organiserait le service dans le Temple et, pour ainsi dire, « mettrait de l'ordre ». En accomplissant cette purification, le Seigneur agit précisément comme Celui-là même, le Messie attendu depuis des siècles. C'est ainsi que les Judéens le perçoivent, et c'est pourquoi ils exigent de lui un signe.
Cependant, on ne peut pas ne pas remarquer que le dialogue entre les Judéens et le Seigneur se déroule sur un ton élevé: les Judéens réagissent avec une certaine hostilité à l'acte du Christ. Cela se produit sans doute parce que le Seigneur appelle les choses par leur nom. Ses paroles « ne faites pas de la maison de mon Père une maison de commerce » ne s'inscrivent absolument pas dans le cadre de la tolérance et de l'indulgence envers l'iniquité et le manque de vénération. Il est important de le voir, parce qu'à notre époque aussi, si quelqu'un nous parle de ce que nous appelons doucement des « désordres » dans notre vie spirituelle et ecclésiale, nous réagissons souvent comme les Judéens d'alors, en avril de l'an 27 de notre ère. La peur et le manque d'assurance dans l'amour de Dieu rendent une vérité de ce genre très blessante pour les hommes. Il est utile de s'en souvenir et de le remarquer en soi, afin de ne pas ressembler à ces Judéens.
