La lecture d’aujourd’hui nous raconte la première rencontre de Joseph avec ses frères après une longue séparation. Bien sûr, la première chose qui frappe est la mention de la manière dont les frères se prosternèrent jusqu’à terre devant Joseph (v. 6). Et Joseph se souvint aussitôt des songes qu’il avait vus dans son enfance (v. 9) et… accusa ses frères d’une chose dont ils ne pouvaient manifestement pas être coupables : d’être des espions venus pour reconnaître où et comment attaquer au mieux les frontières (v. 9–12). À première vue, comportement étrange : Joseph avait reconnu ses frères (v. 7), et ils s’étaient prosternés devant lui ; on aurait cru que c’était le moment de se révéler à eux, de rappeler le passé et de goûter le triomphe de la justice rétablie. Mais Joseph, au lieu de cela, commence un jeu complexe : il ne laisse pas voir qu’il a reconnu ses frères, les accuse de choses absolument impossibles et exige qu’en guise de preuve ils lui présentent le plus jeune frère resté à la maison, Benjamin (v. 3–4, 13–16). On pourrait penser que c’est une punition pour ce qui a été commis, une sorte de vengeance, le désir de faire sentir aux frères ce que c’est que de mettre en danger le frère cadet, le frère aimé. Il est facile de se débarrasser du frère que l’on hait ; mais que signifie risquer la vie et la liberté de celui que l’on aime ? Mais cette décision non plus ne s’avère pas définitive : Joseph finit par laisser partir tous les frères, n’en gardant qu’un seul comme otage, avec l’ordre d’amener impérativement la prochaine fois le plus jeune frère avec eux (v. 18–20). Joseph ne doutait pas que les frères devraient revenir : il savait combien de temps la famine devait durer. Plus encore, il ordonna de rendre aux frères toute la somme que chacun d’eux avait payée pour le blé acheté en Égypte (v. 25).
Sans doute l’ancien Joseph, qui racontait joyeusement ses songes à son père et à ses frères, n’aurait-il pas tardé à se révéler à ceux qui étaient venus et à leur rappeler tout ce qui s’était passé auparavant. Mais le Joseph d’aujourd’hui ne veut pas prouver qu’il avait raison, ni même voir triompher la justice. Il veut de ses frères le repentir et la conversion. Or cela est impossible tant qu’on n’a pas été, pour ainsi dire, dans la peau de celui qui a souffert de ton péché. Et Joseph fait sentir à ses frères ce que c’est que de perdre un frère aimé. En même temps, il leur fait comprendre que le grand dignitaire égyptien avec qui ils ont dû parler, car les frères n’ont pas reconnu Joseph, ne leur est nullement hostile : voilà qu’il a même rendu l’argent du blé acheté… Et les frères de Joseph commencent peu à peu à comprendre que ce qui leur arrive est à cause de Joseph, à cause du péché commis contre leur frère (v. 21–22).
