En achevant son discours, Élihu poursuit l’hymne qu’il avait commencé à la grandeur et à la sagesse du Créateur (v. 1 – 24). À première vue, il peut sembler qu’il ne diffère en rien des mêmes louanges déjà prononcées aussi bien par Job lui-même que par ses amis. Mais Élihu termine son discours en mentionnant la justice de Dieu, Son juste jugement et le fait que Dieu n’opprime personne (v. 23). Les sages de cœur, dit Élihu, éprouvent devant Dieu une « crainte », ce frémissement sacré dont les anciens sages disaient qu’il est la source de la vraie sagesse (v. 24). Il semblerait que ces paroles d’Élihu n’aient rien de particulier : il ne fait que répéter ce qui, à son époque, était depuis longtemps devenu un lieu commun dans les réflexions sur la sagesse. Mais, au fond, Élihu, en rappelant la crainte de Dieu comme fondement de la vraie sagesse, a en vue tout autre chose que ce dont parlaient les anciens. En parlant de la crainte de Dieu, ou du frémissement sacré, ils pensaient avant tout à l’état qui saisit l’homme rencontré avec Dieu face à face. Il était précisément provoqué par la conscience qu’il se passe quelque chose d’incroyable, que l’homme s’est trouvé dans une proximité immédiate avec Celui qui, par essence, est infiniment éloigné de l’homme.
Une telle expérience est, dans son fond, surnaturelle ; elle est liée à la conscience de l’incroyable de ce qui arrive, à la réalité du miracle qu’est chaque pas fait par Dieu vers l’homme. Il n’est pas étonnant que la réalité de l’impossible, qui devient possible grâce à l’intervention directe de Dieu dans la vie de l’homme, suscite chez cet homme la vénération devant Dieu et un frémissement sacré devant Lui. Élihu, lui, parle d’autre chose. Il a en vue un sentiment tout à fait naturel d’admiration qui saisit l’homme à la vue de la grandeur et de la beauté du monde de Dieu. Certes, dans cette beauté se manifeste réellement la sagesse et la puissance du Créateur. Mais il n’y a rien de surnaturel dans l’expérience qui saisit l’homme devant la beauté de la création. Bien sûr, l’homme croyant comprend parfaitement à Qui le monde doit sa beauté, sa grandeur et son harmonie. Mais il comprend aussi que le monde n’est rien de plus qu’un miroir qui reflète son Créateur. On peut admirer le reflet du Créateur, qui est beau dans la mesure où Celui qui s’y reflète est beau. Mais il est peu probable que quelqu’un soit amené à éprouver un frémissement sacré devant le reflet de Celui qui suscite ce frémissement. Élihu, lui, appelle Job à se contenter du reflet, sans prétendre à davantage.
