Le discours de Tsophar fut la meilleure confirmation de ce que Job avait mentionné : ses amis se conduisent non comme des justes, mais comme des impies, désirant moins l’aider que s’affirmer à ses dépens. Tsophar répète de nouveau toutes les paroles déjà dites bien des fois sur l’impie et sur les châtiments que Dieu lui réserve (v. 4-29). Et il répète tout cela en réponse au « reproche honteux » qu’il a dû entendre de Job (v. 2-3). Quel est donc le sens du « reproche » formulé par Job ? Dans son discours précédent, Tsophar avait fait remarquer à Job que lui, Job, n’était peut-être pas si juste, que Dieu avait peut-être même, par miséricorde, caché certains péchés qu’il avait commis (Jb 11:4-6). Job, en réponse, avait parlé de son unique désir : voir Dieu face à face et recevoir de Lui personnellement les réponses à toutes ses questions (Jb 13:18-28). Dans ce discours, il fut en effet sévère avec ses amis, les accusant de ne pas vouloir comprendre l’essence du problème et leur demandant de se taire, manifestant ainsi leur sagesse (Jb 13:1-13). Et maintenant Tsophar, comme pour se justifier, répète des vérités bien connues et généralement admises sur le châtiment de l’impie, confirmant en quelque sorte ce qu’il avait dit auparavant.
Visiblement, Tsophar a décidé que Job n’était pas d’accord avec ce que chacun sait. Il n’a toujours pas compris que Job ne cherche nullement à réfuter ce dont ses amis tentent ardemment de le convaincre. Et Tsophar essaie de nouveau de faire entendre à Job ce que Job lui-même sait aussi bien que Tsophar. À l’évidence, Tsophar n’a même pas essayé d’entrer dans ce dont Job a si longuement parlé. Et ce n’est pas un hasard : comme les autres amis de Job, il a bien sûr compris que les paroles de Job sont dangereuses ; si Job a raison, Tsophar lui-même et tous les autres devront revoir beaucoup de choses dans leur religiosité, et aussi dans leur vie. Et il se cache derrière des vérités connues de tous comme derrière un mur de pierre, afin de se confirmer dans ce à quoi il ne veut pas renoncer.
La situation paraît gagnante à tous les coups : si Job est d’accord avec Tsophar, il devra reconnaître qu’il a tort et renoncer à ses prétentions ; s’il n’est pas d’accord, il passera pour un sot, car il apparaîtra alors que lui, Job, conteste ce que tout le monde sait et tente de réfuter des vérités évidentes pour tous. Un tel discours, naturellement, ne pouvait aider Job en rien, mais il permettait à Tsophar de se justifier et de s’affirmer à ses propres yeux comme aux yeux de tout homme religieux qui regardait les choses comme lui. Et puisque, parmi les gens religieux, quelle que soit leur confession, ils sont la majorité à penser ainsi, Tsophar, comme d’ailleurs les autres amis de Job, pouvait dormir tranquille.
