La question du mariage de leurs enfants est toujours l’une des plus importantes pour les parents, et Abraham ne faisait pas exception. Pour lui, elle était doublement importante: il s’agissait en effet de l’héritier même auquel étaient liées toutes les promesses données par Dieu à Abraham. Quelle était la meilleure manière d’agir? S’allier par mariage avec quelqu’un du pays?
À première vue, c’était une décision raisonnable; entre autres choses, elle aurait aidé à s’enraciner dans cette terre que Dieu avait promis de donner aux descendants d’Abraham. D’un autre côté, le paganisme local est séduisant, il entraîne, et qui sait si Isaac pourrait résister à son influence, car les épouses savent convertir leurs maris à leur foi... Il ne restait qu’à se tourner vers les gens de son propre clan, restés à Harrân, dans l’ancienne patrie d’Abraham. Seulement, il était impossible d’y retourner: le nouveau peuple devait naître non pas là-bas, à Harrân, mais dans le nouveau lieu, là où Dieu avait conduit Abraham. C’est ainsi que fut prise la décision d’envoyer le serviteur fidèle à Harrân.
Le serviteur, lui, s’en remet entièrement et complètement au Dieu d’Abraham, Maître du ciel et de la terre. Comme on le voit, l’histoire de l’Akéda, du sacrifice d’Isaac, n’a pas été vaine: désormais, parmi les membres du clan, plus personne ne doute du Dieu d’Abraham. Dans une telle situation, même le motif folklorique traditionnel de la divination concernant la fiancée («celle qui sortira pour puiser de l’eau, à qui je demanderai, et qui me répondra...»; motif traditionnel du folklore sémitique, et pas seulement sémitique) devient une interrogation adressée à Dieu.
Il y a là, d’ailleurs, aussi une épreuve pour la fiancée possible: puiser de l’eau pour une caravane de chameaux n’est pas une tâche pour les faibles de corps ni, sans doute, d’esprit. Mais l’essentiel dans l’épreuve décrite est la disposition même à aider. Accomplir un travail pénible pour un inconnu relevait certes de la coutume et de l’exigence de l’hospitalité, mais combien étaient prêts à satisfaire à des exigences aussi incommodes? Rébecca fut prête: la première épreuve en vue d’une vie dans un pays inconnu était réussie.
