Comme dans le cas d’Éliphaz, Job n’a nullement l’intention de discuter avec Bildad sur...
Comme dans le cas d’Éliphaz, Job n’a nullement l’intention de discuter avec Bildad sur le fond. Il est entièrement d’accord pour dire que Dieu, en tout cas, a raison dans Ses décrets. Ce qui le tourmente est autre chose: comment l’homme peut-il être justifié devant Dieu (v. 2 – 3)? Pour comprendre la question qui tourmente Job, il est important de se rappeler qu’il ne s’agit pas ici simplement d’avoir raison, mais de justice, de la justice de l’homme devant Dieu, que l’homme devrait manifester, mais qu’il n’a pas la force d’accomplir. Job comprend aussi bien que ses amis que le pouvoir de Dieu sur le monde qu’Il a créé est absolu et sans limites (v. 4 – 13).
Et c’est là toute l’horreur de la situation de Job: car si Dieu est ainsi, Job ne peut pas compter sur la possibilité de Lui prouver quoi que ce soit; un tel Dieu ne peut qu’être supplié de faire preuve de clémence (v. 14 – 15). Le plus terrible pour Job est qu’il ne voit pas en Dieu la justice; il ne voit en Lui qu’une force, qui se tourne aussi contre Job lui-même (v. 16 – 18). Dans un procès avec Dieu, l’homme est condamné même s’il a raison, car Dieu est d’avance plus fort que l’homme et n’a nullement l’intention de s’abaisser à juger aucun des hommes (v. 19 – 20).
Job, manifestement, n’est pas moins religieux que ses amis; la grandeur et la force de Dieu lui sont aussi bien connues qu’à eux, et il sait aussi bien qu’Éliphaz ou Bildad que l’homme est, à tous égards, infiniment loin de Dieu. Peut-être que, pendant assez longtemps, Job, comme ses amis, se satisfaisait pleinement de l’image du Dieu de la religion, infiniment lointain et puissant, du Dieu dont la force soutient des justes de la religion tels que Job lui-même et ses amis l’avaient été toute leur vie. Mais maintenant que la force de Dieu s’est tournée contre Job, et que la religion n’a pu l’aider en rien, Job a compris que le Dieu qu’il connaissait par la tradition religieuse, au fond, ne se soucie aucunement de l’homme. Job est innocent, mais Dieu frappe de la même manière le juste et l’impie (v. 21 – 23); Il a livré le monde aux mains des pécheurs (v. 24).
Se justifier devant Dieu est inutile; de toute façon, Il juge soit arbitrairement, soit selon certaines lois qui Lui sont propres et inconnues de l’homme, de sorte qu’il est impossible de se justifier devant Lui (v. 25 – 31). Le Dieu de la religion ne suffit déjà plus à Job; il cherche le Dieu de la révélation, le Dieu avec qui l’on pourrait se tenir face à face, comme avec un homme, car alors seulement l’homme peut espérer un juste jugement de Dieu (v. 32 – 33). Mais Job ne voit pas en Dieu un tel désir, et personne, bien sûr, ne peut Le contraindre à faire preuve de condescendance envers l’homme (v. 33 – 35).