Le conseil d'Éliphaz à Job est simple et clair : fais confiance à Dieu, et tout ira bien. S'Il châtie, ce n'est que pour corriger, pour le bien même de l'homme. Vieille vérité religieuse, connue du monde depuis longtemps. Dans ce cas, il est vrai, elle est confirmée par l'expérience spirituelle propre d'Éliphaz : il a senti la proximité de Dieu, et cette proximité a affermi en lui sa religiosité. Pourtant, le caractère même d'Éliphaz a joué ici un rôle non négligeable : il n'est pas Jacob, pour lutter avec Dieu afin d'obtenir la bénédiction. Un tel homme se voit, bon gré mal gré, réduit à se contenter dans ses relations avec Dieu d'une simple religiosité. Et de son expérience Éliphaz tire une conclusion générale : il est inutile de discuter avec Dieu. Il a toujours raison parce qu'Il est plus fort. Et pas seulement plus fort : Il est plus sage, plus clairvoyant, plus autorisé que n'importe quel homme. Il est donc plus simple et plus sûr d'accepter de Lui tout ce qui vient, sans rien mettre en question. La pensée est certes saine et, dans l'ensemble, juste. Mais que faire si les questions demeurent et si la situation ne rentre que trop manifestement pas dans les cadres de la correction religieuse ? La réponse religieuse est : humilie-toi. Réponse, dans l'ensemble, juste. Seulement, devant qui et devant quoi s'humilier ? L'humilité est absolument nécessaire à la vie spirituelle. Mais seulement lorsqu'il s'agit d'humilité devant Dieu. Non devant les hommes, non devant les circonstances, non devant les sentences rebattues de la religiosité d'autrui, mais devant Dieu. Et encore ceci : s'humilier ne signifie pas reculer, se mettre de côté. Éliphaz, qui prêche l'humilité, ne s'est pas en réalité humilié devant Dieu. Car l'humilité n'est possible que lorsqu'il n'y a plus de questions adressées à Dieu. Soit parce que la réponse est claire, soit parce qu'il ne peut y en avoir pour le moment, et que celui qui interroge l'accepte comme une donnée. Mais lorsque les questions sont réglées selon le principe « étouffons cela pour que tout soit clair », ce n'est plus de l'humilité, c'est une fuite. Bien sûr, Éliphaz, comme tout homme, avait pleinement le droit de se retirer s'il avait peur. Ni Dieu ni les hommes ne l'auraient condamné. Mais alors il fallait parler de son manque de préparation, non d'humilité. Or l'homme veut souvent justifier à ses propres yeux ce dont il n'arrive pas à se débarrasser. Le problème qu'on ne veut pas affronter est souvent déclaré non pas problème, mais accomplissement. Seulement, l'homme parvenu à la frontière où se résolvent les dernières questions ne peut pas être trompé ainsi : à cette frontière, tout se voit trop bien. |
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