La première épreuve qui s'abattit sur Job montra que sa foi avait tenu bon: il demeure fidèle à Dieu. La valeur principale pour Job n'est pas le bien-être, ni les dons dont il disposait, mais le Seigneur Lui-même. Job supporte aussi la seconde épreuve, lorsqu'il est lui-même frappé d'une maladie très dangereuse et devient un exclu même parmi les exclus.
Ce n'est pas un hasard si c'est justement après la seconde épreuve qu'a lieu la dispute de Job avec sa femme: au fond, le choc entre une foi profonde et une position de vie «normale», selon laquelle l'homme regarde Dieu comme le dispensateur des biens et, en leur absence, est prêt à se détourner de Lui. Lors de la première épreuve, la femme avait subi les mêmes malheurs que Job, mais la seconde épreuve ne l'a pas touchée directement; il lui est donc loisible, de l'extérieur, de conseiller à son mari de mourir en blasphémant. Mais le regard de Job sur l'essence des choses est plus profond, son attitude envers Dieu plus élevée et ne se réduit pas à l'exigence de soins constants pour lui-même; ainsi, ici encore, il supporte l'épreuve. Mais ce n'est que le commencement: il est relativement facile de supporter un malheur qui vient de se produire, mais il est plus difficile d'endurer lorsque le malheur dure longtemps.
Dans le récit des deux épreuves, il est dit que Job ne pécha pas dans ses jugements et ses appréciations de ce qui lui était arrivé. Il est prêt à recevoir tout ce qui vient de Dieu, même le mal; seulement, le fait est que le Seigneur n'est pas la source du mal, Il ne fait que le permettre (pourquoi, c'est une immense question dont la réponse se cache derrière le texte du Livre de Job, et plus encore derrière le texte de toute la Bible). On peut donc se demander si les représentations que Job se fait du Créateur ne sont pas limitées, lorsqu'il pense que le mal peut venir de Lui. Et bien qu'il soit dit qu'il n'y a pas de péché dans ce point de vue, il est incomplet, comme toutes nos représentations du Créateur. Car nul parmi les hommes ne peut Le saisir dans Sa plénitude.
