Lorsqu’il parle de la vie chrétienne, Paul pense aussi au chemin de justice suivi par ceux qui cherchaient la plénitude de la vie de Dieu avant même la venue du Christ. Ceux qui suivaient ce chemin voyaient déjà clairement que la justice était impossible sans une transformation radicale...
Lorsqu’il parle de la vie chrétienne, Paul pense aussi au chemin de justice suivi par ceux qui cherchaient la plénitude de la vie de Dieu avant même la venue du Christ. Ceux qui suivaient ce chemin voyaient déjà clairement que la justice était impossible sans une transformation radicale de la nature humaine elle-même, frappée par le péché. Mais il était impossible de la transformer complètement par les seuls efforts humains, même avec l’aide de Dieu. Le milieu même dans lequel s’accomplissait ce travail spirituel était destructeur : le monde déchu est plongé dans le mal, et ce qui était accompli se trouvait en grande partie réduit à néant par l’agressivité spirituelle de ce milieu.
Pour une transformation complète et qualitative de la nature humaine, pour sa transfiguration, il fallait un autre milieu, que personne ne pouvait créer sur terre. La seule présence de Dieu s’avérait insuffisante : le mal s’opposait de l’extérieur, agissant depuis un monde qui vivait selon les lois du péché, et depuis l’intérieur même de l’homme, dont le cœur était lui aussi infecté par le péché.
Dans de telles conditions, tous les changements demeuraient partiels et temporaires. L’homme ne pouvait pas changer véritablement ; toutes les améliorations restaient instables et, lorsque l’action directe de Dieu cessait, il retombait rapidement dans son état antérieur. Il n’y avait aucune dynamique spirituelle : l’homme piétinait sur place et n’obtenait ainsi que d’empêcher le mal et le péché de prendre sur lui un pouvoir définitif et sans partage. Pour un travail spirituel véritable, il fallait un autre milieu, que l’on pourrait appeler un milieu d’amour si l’on comprend l’amour au sens évangélique.
Dans la Bible, l’amour suppose avant tout une attitude qui vise le bien spirituel de celui vers qui elle est dirigée. L’amour est une intention qui favorise la formation et le développement spirituels de l’homme, qui affermit ses relations avec Dieu et avec son prochain—des relations conscientes, sans lesquelles une vie spirituelle véritable est impossible. Mais dans le monde déchu, le milieu où existent toutes les relations demeure naturel, psychique. Pour le désigner, l’apôtre emploie un mot grec généralement traduit par « air », alors qu’à l’origine il désignait un milieu naturel particulier où, entre autres, habitaient les dieux de l’Olympe.
Le Christ vient créer un nouveau milieu, un milieu d’amour, où le travail spirituel se fera beaucoup plus simplement et plus rapidement et pourra devenir progressif, de sorte que l’homme cessera de piétiner comme il le faisait habituellement auparavant. Le Royaume lui-même existe comme relation d’amour entre le Père et le Fils. Dans un tel milieu, le pouvoir du péché n’est possible que dans la mesure où l’homme lui-même lui accorde ce pouvoir sur lui : l’agressivité de l’environnement est exclue dans le Royaume. Les conditions du travail spirituel deviennent idéales, l’impossible devient possible, et les conséquences mêmes des péchés commis changent si l’homme renonce au péché en tant que tel.
Ces conséquences ne pèsent plus sur l’homme comme elles pesaient auparavant, avant la venue du Christ. Bien sûr, les changements ne se produisent pas d’eux-mêmes : dans le Royaume aussi, un travail spirituel actif est exigé de l’homme, mais il a là beaucoup plus de chances d’être fécond que dans le monde non transfiguré. Les chances de salut augmentent donc fortement, bien que personne ne puisse évidemment donner de garanties à qui que ce soit : l’homme est libre, et Dieu ne lui retire pas sa liberté. Même dans le Royaume.