Comme on le voit d'après les paroles du Sauveur, la question de la foi est directement liée à la question de la vie spirituelle comme telle. Que signifie augmenter la foi ? Comment les disciples eux-mêmes comprenaient-ils l'augmentation de la foi ? Ils y mettaient sans doute quelque chose lié à cette assurance qu'ils éprouvaient...
Comme on le voit d'après les paroles du Sauveur, la question de la foi est directement liée à la question de la vie spirituelle comme telle. Que signifie augmenter la foi ? Comment les disciples eux-mêmes comprenaient-ils l'augmentation de la foi ? Ils y mettaient sans doute quelque chose lié à cette assurance qu'ils éprouvaient lorsque, sur l'ordre de leur Maître, ils prêchaient le Royaume et voyaient avec joie que non seulement les hommes, mais aussi les esprits leur obéissaient. À cette époque, on liait habituellement ce sentiment de puissance à la foi, à sa présence ou à son absence. Jésus, Lui, parle d'autre chose. Il parle de la foi comme d'un état spirituel. Précisément et seulement spirituel. Après tout, toute manifestation de force intérieure chez l'homme est un phénomène naturel autant que spirituel. Il n'y a pas seulement ici l'élan spirituel comme tel, ni l'intention seule, mais aussi la nature et la psyché, qui répondent elles aussi à l'action spirituelle. Jésus, Lui, parle seulement de l'esprit. Seulement de la volonté. Seulement de l'intention.
L'esprit n'est pas la nature. Ici, les mesures quantitatives sont impossibles. Il n'y a pas plus ou moins d'esprit, de volonté. La volonté, si elle n'est pas morcelée ni dispersée dans l'espace intérieur (psychique) ou extérieur (physique), possède une force absolue. Non pas dans tout l'univers créé par Dieu, bien sûr (seule la volonté du Créateur Lui-même possède une telle force), mais en un point concret de cet univers, très certainement. C'est pourquoi une foi grosse comme un grain de moutarde suffit à déplacer une montagne. La foi n'est pas ici une force intérieure et encore moins une conviction quelconque, mais la plénitude de la relation avec Dieu. Cette même plénitude qui, tournée vers la création, devient la source d'une force infiniment puissante, pourvu qu'on la concentre entièrement sur quelque chose de concret. Mais atteindre une telle concentration n'est pas simple. Aucune méthode psychologique n'y aidera.
Cette concentration découle de cette plénitude de vie du Royaume qui, depuis la venue du Christ, est en principe ouverte à quiconque cherche. De cette plénitude même dont l'expérience permet de servir sans compter les mérites : nous avons fait ce que nous devions, nous ne sommes que des serviteurs qui ne méritent pas de récompense. De cette plénitude dont l'expérience fait comprendre que tout péché est absolument destructeur et que, même si le péché est inévitable dans le monde déchu, y prendre part est toujours, pour un habitant du Royaume, une catastrophe existentielle. De cette plénitude qui n'est possible que dans le Royaume et sans laquelle il n'y a pas de Royaume. Cette plénitude pour laquelle seule il vaut la peine de vivre.