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La Bible en cinq ans pour le 19 septembre 2024

La Bible de Jérusalem (fr)

Cantique des Cantiques, Chapitre 5

1 Cinquième poème, 2 Sixième poème, 9 Septième poème
LE BIEN-AIMÉ J’entre dans mon jardin,
ma sœur, ô fiancée,
je récolte ma myrrhe et mon baume,
je mange mon miel et mon rayon,
je bois mon vin et mon lait.LE CHŒURMangez, amis, buvez,
enivrez-vous, mes bien-aimés !
LA BIEN-AIMÉE Je dors, mais mon cœur veille.
J’entends mon bien-aimé qui frappe.
« Ouvre-moi, ma sœur, mon amie,
ma colombe, ma parfaite !
Car ma tête est couverte de rosée,
mes boucles, des gouttes de la nuit. »
— « J’ai ôté ma tunique,
comment la remettrais-je ?
J’ai lavé mes pieds,
comment les salirais-je ? »
Mon bien-aimé a passé la main par la fente,
et pour lui mes entrailles ont frémi.
Je me suis levée
pour ouvrir à mon bien-aimé,
et de mes mains a dégoutté la myrrhe,
de mes doigts la myrrhe vierge,
sur la poignée du verrou.
J’ai ouvert à mon bien-aimé,
mais tournant le dos, il avait disparu !
Sa fuite m’a fait rendre l’âme.
Je l’ai cherché, mais ne l’ai point trouvé,
je l’ai appelé, mais il n’a pas répondu !
Les gardes m’ont rencontrée,
ceux qui font la ronde dans la ville.
Ils m’ont frappée, ils m’ont blessée,
ils m’ont enlevé mon manteau,
ceux qui gardent les remparts.
Je vous en conjure,
filles de Jérusalem,
si vous trouvez mon bien-aimé,
que lui déclarerez-vous ?
Que je suis malade d’amour.
LE CHŒUR Qu’a donc ton bien-aimé de plus que les autres,
ô la plus belle des femmes ?
Qu’a donc ton bien-aimé de plus que les autres,
pour que tu nous conjures de la sorte ?
10 LA BIEN-AIMÉE Mon bien-aimé est frais et vermeil.
Il se reconnaît entre dix mille.
11 Sa tête est d’or, et d’un or pur ;
ses boucles sont des palmes,
noires comme le corbeau.
12 Ses yeux sont des colombes,
au bord des cours d’eau
se baignant dans le lait,
posées au bord d’une vasque.
13 Ses joues sont comme des parterres d’aromates,
des massifs parfumés.
Ses lèvres sont des lis ;
elles distillent la myrrhe vierge.
14 Ses mains sont des globes d’or,
garnis de pierres de Tarsis.
Son ventre est une masse d’ivoire,
couverte de saphirs.
15 Ses jambes sont des colonnes d’albâtre,
posées sur des bases d’or pur.
Son aspect est celui du Liban,
sans rival comme les cèdres.
16 Ses discours sont la suavité même,
et tout en lui n’est que charme.
Tel est mon bien-aimé, tel est mon époux,
filles de Jérusalem.
Notes:
Commentaire sur le fragment en cours
Commentaire sur le livre
Notes sur la partie

2 q) Encore le thème de la recherche, cf. note sur 1.7. Cette scène charmante a le même cadre que 3.1-4 la nuit, la course à travers la ville, les gardes ; mais le mouvement est différent le bien-aimé est à la porte et veut entrer, cf. 2.9, la bien-aimée le taquine et oppose des prétextes futiles que dément son empressement à aller ouvrir, mais il a disparu et elle ne le retrouve pas ! Si le bien-aimé représente dans le Cantique le nouveau Salomon, le prince messianique impatiemment attendu après le retour de l’Exil, cette recherche vaine peut évoquer la disparition rapide de Zorobabel, accueilli comme le « Germe » (Za 6.12), et l’attente anxieuse, à l’époque du second Temple, du Messie davidique, le nouveau Salomon, toujours présent au cœur d’Israël.


4 r) Le bien-aimé essaye de forcer l’entrée en manouvrant le loquet qu’on soulevait de l’extérieur avec une clé de bois, Jg 3.25 ; Isa 22.22. On traduit aussi « la lucarne ».


5 s) Pour le faire glisser sans bruit. Ou bien le bien-aimé n’a laissé que cette trace de sa tentative, et c’est tout ce qu’elle trouve de lui !


7 t) Les gardes, comme dans 3.3, mais dans un autre rôle ils prennent la jeune fille pour une coureuse, cf. Pr 7.11-12.


9 u) Le chœur intervient pour introduire la description du bien-aimé et la relier à la scène précédente.


10 v) Sur le genre littéraire, cf. note sur 4.1. On a cherché ici une description du Temple de Jérusalem, surtout à cause des vv. 11, 14-15. Un modèle plus vraisemblable serait l’une de ces statues chryséléphantines (faites d’or et d’ivoire) que produisit l’antiquité orientale et classique. Il y a peut-être là simplement l’expression imagée et hyperbolique de la beauté masculine idéale (cf. Saül, 1 S 9.2 ; Absalom, 2 S 14.25-26) haute stature, chevelure abondante, bon teint et belle allure, ce qui est surtout le cas de David, évoqué sans doute au v. 10 « Mon bien-aimé (dodî) est frais et vermeil (’admonî) », allusion à 1 S 16.12 ; 17.42 (David est ’adôm), d’autant que la mention des « dix mille » rappelle 1 S 18.7, etc. et 2 S 18.3. David est surnommé « dix mille » dans Si 47.6. Comparer la description du grand prêtre Simon dans Si 50.5s. L’hyperbole est une règle de ce genre littéraire.


13 w) Le bas du visage, où pousse la barbe, qui est parfumée, cf. Ps 133.2.


Le Cantique des Cantiques, c’est-à-dire le Cantique par excellence, ou le plus beau Chant, célèbre l’amour mutuel d’un Bien-aimé et d’une Bien-aimée, qui se joignent et se perdent, se cherchent et se trouvent. Le Bien-aimé est appelé « roi », 1.4 et 12, et « Salomon », c’est-à-dire « le Pacifique », 3.7 et 9 ; la Bien-aimée est appelée « la Sulamite, la Pacifiée », 7.1, « celle qui a trouvé la paix », 8.10. On a rapproché le nom « Sulamite » de la Sunamite qui apparaît dans l’histoire de David et de Salomon, 1 R 1.3 ; 2.21-22. Comme la tradition savait que Salomon avait composé des cantiques, 1 R 5.12, on lui a attribué ce cantique au superlatif, d’où le titre du livre (1.1), comme on lui attribua, parce qu’il était un sage, les Proverbes, l’Ecclésiaste et la Sagesse. À cause du titre, on rangea le Cantique dans la Bible grecque parmi les livres sapientiaux après l’Ecclésiaste, dans la Vulgate entre l’Ecclésiaste et la Sagesse. Dans la Bible hébraïque, le Cantique est rangé parmi les « Écrits » qui forment la troisième et la plus récente partie du canon juif. Vers le Ve siècle de notre ère, quand le Cantique fut utilisé dans la liturgie juive pascale, il devint l’un des cinq « megillôt », ou rouleaux, qu’on lisait aux grandes fêtes.

Ce livre qui emploie le langage d’un amour passionné, a étonné. Le nom de YHWH n’y apparaît que sous une forme abrégée, YH, dans 8.6 « une flamme de Yah(vé) ». Au Ier siècle de notre ère, les Juifs chantaient le Cantique dans les fêtes profanes de mariage et continuèrent à le faire, malgré l’interdiction portée par Rabbi Aqiba. Dans les milieux juifs, des doutes se sont élevés sur la canonicité du Cantique et ont été résolus par un appel à la tradition. C’est en se fondant sur celle-ci que l’Église chrétienne a toujours reçu le Cantique comme une Écriture sainte.

Il n’y a pas de livre de l’Ancien Testament dont on ait proposé des interprétations plus divergentes.

On a cherché l’origine du Cantique dans le culte d’Ishtar et de Tammouz, et dans les rites anciens de mariage divin, de hiérogamie cultuelle, qu’on suppose accomplis par le roi, substitut du dieu. Un tel rituel, emprunté aux Cananéens, aurait été pratiqué aussi dans le culte de Yahvé, et le Cantique serait le livret expurgé et démythisé de cette liturgie. Cette théorie cultuelle et mythologique est inacceptable, car on ne peut imaginer un croyant israélite qui démarquerait ces productions d’une religion de la fécondité, dénoncée tant de fois par tous les prophètes (Isa 7.10 ; Jr 7.18 ; Ez 8.14 ; Za 12.11), pour en tirer des chants d’amour. S’il y a des rencontres d’expressions entre les hymnes à Ishtar ou à Tammouz et le Cantique, c’est parce que les uns et les autres parlent le langage de l’amour.

L’interprétation allégorique est devenue commune chez les Juifs à partir du IIe siècle de notre ère : l’amour de Dieu pour Israël et celui du peuple pour son Dieu sont représentés comme les rapports entre deux époux. C’est le thème de l’allégorie nuptiale que les prophètes ont longuement développé depuis Osée. Les auteurs chrétiens, surtout sous l’influence d’Origène et malgré l’opposition individuelle de Théodore de Mopsueste, ont suivi la même ligne que l’exégèse juive, mais l’allégorie est devenue chez eux celle des noces du Christ et de l’Église ou de l’union mystique de l’âme avec Dieu. Beaucoup de commentateurs catholiques modernes s’en tiennent au thème général de Yahvé, époux d’Israël, ou bien ils cherchent à retrouver dans la suite du Cantique l’histoire des conversions d’Israël, de ses désillusions et de ses espérances. Le caractère inspiré et canonique du Cantique leur paraît exiger qu’il chante autre chose que l’amour profane. De fait, le poète semble reprendre parfois le langage prophétique de l’Alliance, comme dans l’expression « chercher, trouver » (Ct 3.1-2), et son œuvre présente assez de contacts avec le Ps 45 qui soulève les mêmes problèmes d’interprétation. Par ailleurs, deux écrits apocryphes du Ier siècle de notre ère semblent dépendre du Cantique : dans « La vie d’Adam et d’Ève », écrit antérieur à 70 ap. J.-C., on mentionne le nard, le crocus, le calame, le cinnamome (cf. Ct 4.14), en parlant d’Ève et de Seth ; dans le 4e livre d’Esdras (fin du Ier siècle) se succèdent les images de la vigne, de la colombe et du lis, comme dans Ct 1.14-2.1.

Pour beaucoup d’exégètes, le Cantique serait un recueil de chants célébrant l’amour mutuel et fidèle qui scelle le mariage. Il proclame la légitimité et il exalte la valeur de l’amour humain ; le sujet n’est pas seulement profane puisque Dieu a béni le mariage, entendu moins comme un moyen de procréation que comme l’association affectueuse et stable de l’homme et de la femme (Gn 2, Pr 2.17 ; 5.18 ; 31.10 ; Ml 2.14 ; Si 26). Sous l’influence du Yahvisme, la vie sexuelle que le milieu cananéen concevait à l’image des relations entre divinités de la fécondité, est ici démythologisée et considérée avec un sain réalisme. Le même amour humain est accessoirement le sujet d’autres livres de l’Ancien Testament, ainsi dans les vieux récits de la Genèse, dans l’histoire de David et dans le livre de Tobie ; il est alors traité de la même manière et parfois avec des expressions très proches de celles du Cantique ; son honnêteté justifie le transfert que les Prophètes en font aux relations de Yahvé et d’Israël. Ainsi le Cantique dégage l’amour de l’homme et de la femme des contraintes du puritanisme comme des licences de l’érotisme. Tel serait le sens littéral de cet écrit, qui légitime son classement parmi les livres sapientiaux : comme eux, le Cantique se préoccupe de la condition humaine et en considère l’un de ses aspects vitaux.

Toutefois, peut-on parler ici d’un simple recueil de chants d’amour, d’une sorte de répertoire de circonstance pour la célébration des mariages (cf. Jr 7.24 ; 16.9) ? On invoque des rapprochements avec les cérémonies et les chants de noces des Arabes de Syrie et de Palestine. On cite les éloges physiques du bien-aimé et de la bien-aimée, semblables au was.f « description » de la poésie arabe. On rapproche surtout les chants d’amour de la poésie égyptienne, œuvres littéraires qui évoquent partout, comme le Cantique, les fleurs, les parfums, les parures, les jardins, et où l’amant dit aussi « ma sœur » à sa bien-aimée. Ces pièces sont des variations sur un même thème, ce qui explique qu’il y ait de nombreux doublets ; elles n’étaient pas destinées à être récitées ou chantées toutes à la suite. L’auteur du Cantique, en habile lettré, s’inspirerait de ces poèmes égyptiens, connus depuis longtemps en Israël, mais il ne suivrait pas de plan défini. Il faut d’ailleurs se rappeler que le langage de l’amour utilise partout les mêmes images et les mêmes hyperboles.

Peut-on aller plus loin ? L’intention de l’auteur se révélerait dès le début dans quelques traits concernant l’Égypte : la cavale attelée aux chars de Pharaon, (1.9), le teint basané de la jeune femme (1.3) qui s’applique à elle-même le nom de « lotus » (2.1), mot hébreu emprunté à l’égyptien sshshn. Étant donné la paronomase « Salomon / Sulamite » (7.1), on est alors amené à évoquer le mariage de Salomon et de la fille du Pharaon (1 R 3.1 ; 7.8 ; 9.16,24 ; 2 Ch 8.11). Cet épisode serait donc à la base du livret du Cantique ; il rendrait compte de la place centrale occupée par le personnage de Salomon, en particulier lors de la description de ses épousailles (3.6 s.). De plus, le poète hébraïque se plaît à multiplier dès le prologue les paronomases et les allitérations autour du nom de Salomon. N’est-ce pas pour attirer l’attention des auditeurs, au début de son œuvre, sur la personnalité du fils de David, type du Messie pacifique, tant attendu par Israël à l’époque du second Temple ? On est en effet d’accord pour assigner le Cantique à cette période, en raison des aramaïsmes, de la présence d’un mot grec (3.9) et d’un mot perse (4.13), sans parler de plusieurs archaïsmes. Le lieu de composition est certainement la Palestine ; le Cantique renferme de nombreux noms géographiques en relation avec la Terre sainte, et l’on s’étonne d’ailleurs de les voir figurer dans une telle poésie amoureuse. La mention de la ville de Tirça (6.4), par exemple, s’explique par la signification de ce nom : « agréable, plaisante ». Le poète mettrait donc en scène le nouveau Salomon, roi d’Israël et figure messianique, avec sa fiancée d’origine païenne, dans la Sion future des temps nouveaux. Ses chants d’amour prendraient de la sorte une connotation universaliste et messianique. Certaines expressions énigmatiques, comme les monts de Béter (2.17) ou les chars d’Amminadib (6.12), pourraient alors s’interpréter dans un contexte biblique.

Une telle hypothèse se trouverait confirmée par la présence de plusieurs refrains, de nombreuses répétitions, de mots-crochets, qui assurent à l’ensemble du livret, apparemment si morcelé, une certaine unité littéraire permettant de discerner une dizaine de poèmes, encadrés par un prologue (1.1-4) et un épilogue (8.5-7) suivi d’additions. 2.6-7 et 8.3-4 forment une grande inclusion.

Enfin, l’interprétation ici proposée permettrait d’appliquer le Cantique aux relations du Christ Jésus avec son Église ou en particulier avec chacun des croyants. Ainsi se justifierait l’usage admirable qu’en ont fait les mystiques chrétiens comme saint Jean de la Croix.

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