Ces paroles de Paul sont faciles à comprendre dans le sens où les personnes religieuses les comprennent habituellement, c'est-à-dire dans le cadre du paradigme traditionnel, commun à beaucoup de religions, de la rétribution après la mort, comprenant...
Ces paroles de Paul sont faciles à comprendre dans le sens où les personnes religieuses les comprennent habituellement, c'est-à-dire dans le cadre du paradigme traditionnel, commun à beaucoup de religions, de la rétribution après la mort, comprenant des récompenses pour les gens «corrects» et des châtiments pour les gens «incorrects», «corrects» et «incorrects», bien entendu, du point de vue religieux. Mais une autre interprétation des paroles de l'apôtre est possible, liée à la notion de chemin spirituel en général et de chemin chrétien en particulier. Or la notion de chemin spirituel est, en principe, incompatible avec les représentations religieuses traditionnelles de la rétribution, qu'elle soit pendant la vie ou après la mort.
Ces représentations religieuses traditionnelles supposent en effet que l'homme demeure dans une sorte de bac à sable spirituel et existentiel, comme c'est habituellement le cas des enfants surveillés par un éducateur plus ou moins strict, qui a toujours en réserve des récompenses pour les enfants obéissants et des punitions pour les désobéissants. Mais avec des adultes, à la différence des enfants, on ne peut pas agir ainsi: ici chacun fait son choix librement, sans surveillance extérieure, et en répond lui-même. L'homme qui s'engage sur un chemin spirituel, quel qu'il soit et quel que soit celui qu'il aura choisi pour lui-même, devra le parcourir comme un adulte, non comme un enfant.
Et à la fin du chemin, ce qui l'attendra ne sera pas une récompense sous la forme d'un sac de cadeaux gagnés en route et caché à l'endroit convenu, fussent-ils «spirituels», mais les résultats du chemin spirituel qu'il aura parcouru. Bien sûr, Dieu a toujours permis à l'homme de faire sur son chemin plus que l'homme n'en était capable par lui-même, et le Sauveur, de plus, est toujours prêt à aider l'homme à se libérer des conséquences des péchés commis auparavant, pourvu que l'homme s'en repente réellement. Mais même avec un tel soutien, chacun parcourt tout de même son chemin lui-même, recevant à la fin ce vers quoi il allait. C'est là, à la fin du chemin, qu'il peut apparaître que des personnes différentes, au sens spirituel, allaient dans des directions différentes et sont arrivées, pour parler symboliquement, en des lieux différents. Mais ni le Royaume ni la perdition éternelle ne sont une récompense ou un châtiment au sens religieux traditionnel de l'un et de l'autre: ils ne sont tous deux que le résultat du chemin. Et du choix qui a déterminé les chemins de ceux qui les ont suivis.