Pour Paul, le christianisme est avant tout un témoignage, si l'on parle déjà de paroles, et lorsque les paroles sont utilisées pour rien, dans une dispute pour la dispute elle-même ou pour s'affirmer, alors...
Pour Paul, le christianisme est avant tout un témoignage, si l'on parle déjà de paroles, et lorsque les paroles sont utilisées pour rien, dans une dispute pour la dispute elle-même ou pour s'affirmer, alors, pour l'apôtre, de telles disputes équivalent à un faux témoignage.
Les destinataires de sa lettre à Corinthe ne voyaient manifestement pas la situation de manière aussi nette. Il leur semblait que le christianisme, ce n'était pas seulement le Christ et le Royaume, mais encore quelque chose d'autre, que ce soit une théologie nouvelle, une morale nouvelle, ou encore quelque autre nouveauté dont on pouvait discuter et débattre. Et les discussions étaient menées avec le plus grand sérieux, parfois avec beaucoup d'ardeur, car on supposait que des questions fondamentales de la vie spirituelle s'y décidaient, questions sans réponse auxquelles le christianisme était impensable. En réalité, on se disputait sur des choses secondaires, et au cours de la dispute on oubliait peu à peu son objet, en cherchant de plus en plus à s'affirmer soi-même et à imposer son point de vue.
L'apôtre, lui, essaie de ramener les disputeurs à la réalité. En effet, l'un d'eux, en accueillant le Christ et en faisant l'expérience de la présence du souffle du Royaume dans sa vie, avait-il besoin de quelque chose d'autre? Leur fallait-il alors encore des doctrines, une théologie, en général quelque chose en dehors du Christ et du Royaume? Et si ce n'est pas le cas, pourquoi tout cela est-il devenu pour eux à ce point «actuel» qu'au nom de disputes sur des choses secondaires par essence ils oublient l'essentiel? Ou bien ont-ils entendu une autre Bonne Nouvelle, nouvelle, en dehors de celle qu'ils avaient entendue de Paul et des autres apôtres?
Le problème, dit Paul, n'est pas qu'il ne sache pas discuter, ni qu'il ne pourrait pas prendre part aux controverses et aux débats devenus si populaires dans l'Église de Corinthe. Mais agir ainsi signifierait reconnaître l'importance et la valeur de ce qui n'est pas du tout important et n'a pas grande valeur. Cela signifierait reconnaître comme apôtres ceux qui prétendent à l'apostolat sans être apôtres en réalité, mais en essayant de se faire passer pour des serviteurs de Dieu, alors qu'ils ne sont que des amateurs de débats sur des sujets sans rapport direct avec la vie spirituelle. Se mettre à discuter avec de tels disputeurs à leur niveau signifierait attester devant eux-mêmes et devant tous ceux qui les entourent que leurs disputes méritent l'attention et sont importantes pour la vie spirituelle, et leur reconnaître à eux-mêmes un ministère égal à celui des apôtres, ministère dont ils n'ont aucune idée. Bien entendu, Paul ne pouvait pas accepter cela et n'avait pas l'intention d'entrer en dispute avec les amateurs de dispute.
1 e) Ou peut-être « Eh bien ! oui, supportez-moi. » Sur cette folie de Paul, cf. 2 Co 5.13 ; 11.17 ; 12.11.
2 f) Paul, ami de l’époux, lui présente sa fiancée. Depuis Osée 2, l’amour de Yahvé pour son peuple était représenté par l’amour de l’époux et de l’épouse Jr 2.1-7 ; 3 ; 31.22 ; 51.5 ; Isa 49.14-21 ; 50.1 ; 54.1-10 ; 62.4-5 ; Ez 16 ; 23. Le NT a repris l’image Mt 22.2s ; 25.1s ; Jn 3.28-29 ; Ep 5.25-33 ; Ap 19.7 ; 21.2.
3 g) Add. « et la pureté ».
4 h) Le nom de « Jésus » employé seul connote pour Paul l’existence terrestre du Christ, mais comporte aussi la nuance spécifique d’humiliation et de souffrance, qui culminent dans la croix. Paul l’utilise pour contrecarrer la propagande de ceux que le dégoût d’un Christ crucifié avait amenés à inventer « un autre Jésus ».
5 i) Terme repris en 2 Co 12.11. Ce sont des « faux apôtres », 2 Co 11.14. Il ne s’agit certainement pas des Douze dont Paul reconnaît l’autorité, Ga 1.18 ; 2.9. Mais le cercle des apôtres est plus large que celui des Douze, cf. 1 Co 15.7, et il a pu y avoir d’autres Judas parmi eux. À moins qu’il ne s’agisse de personnes qui usurpaient ce titre.
6 j) Ou « en tout et de toute manière ».
12 k) Le désintéressement tel que Paul le pratique est une marque de la mission d’apôtre que ses ennemis n’oseront jamais usurper.
Tandis qu’il écrivait les épîtres aux Thessaloniciens, Paul évangélisait Corinthe durant plus de dix-huit mois, Ac 18.1-18, du printemps 50 à la fin de l’été 51. Selon sa coutume d’agir dans les grands centres, il voulait implanter la foi au Christ dans ce port fameux très peuplé, d’où elle rayonnerait dans toute l’Achaïe, 2 Co 1.1 ; 9.2. De fait, il réussit à y établir, surtout dans les couches modestes de la population, 1 Co 1.26-28, une forte communauté. Mais cette grande ville était un foyer de culture grecque, où s’affrontaient des courants de pensée et de religion fort divers. Le contact de la jeune foi chrétienne avec cette capitale du paganisme devait poser pour les néophytes bien des problèmes délicats. C’est à les résoudre que s’emploie l’Apôtre dans les deux lettres qu’il leur écrit.
La genèse de ces deux épîtres est assez claire, en dépit de quelques points douteux. Une première lettre « précanonique », 1 Co 5.9-13, de date incertaine, n’a pas été conservée. Plus tard, durant le séjour qu’il fit à Éphèse au cours du troisième voyage, durant juste un peu plus de deux ans (52-54), Ac 19.1 ; 20.1, des questions apportées par une délégation de Corinthiens, 1 Co 16.17, auxquelles s’ajoutaient des informations reçues par le moyen d’Apollos, Ac 18.27s ; 1 Co 16.12, et des « gens de Chloé », 1 Co 1.11, poussèrent Paul à écrire une nouvelle lettre, qui est notre 1 Co, aux environs de Pâques 54 (1 Co 5.7s ; 16.5-9). Peu après, une crise dut se produire à Corinthe, où Timothée joua probablement un rôle, (1 Co 4.17 ; 16.10-11) et qui l’obligea à y faire une visite rapide et pénible, 2 Co 1.23–2.1, au cours de laquelle il promit de revenir bientôt, 2 Co 1.15-16. En fait, il ne revint pas et remplaça cette visite par une lettre sévère et écrite « parmi bien des larmes », 2 Co 2.3s, 9, qui produisit un effet salutaire, 2 Co 7.8-13. C’est en Macédoine, après avoir quitté Éphèse à la suite de crises très graves mal connues de nous, 1 Co 15.32 ; 2 Co 1.8-10 ; Ac 19.23-40, que Paul apprit de Tite cet heureux résultat, 2 Co 1.12s ; 7.5-16 ; et c’est alors qu’il écrivit les deux parties de 2 Co, pendant le printemps et l’été de 55. Il devait ensuite repasser par Corinthe, Ac 20.1s, cf. 2 Co 9.5 ; 12.14 ; 13.1, 10, pour de là remonter à Jérusalem et y être fait prisonnier.
Selon certains, 2 Co serait une compilation de plusieurs lettres – jusqu’à cinq – envoyées par Paul à Corinthe en différentes occasions. D’autres, moins impressionnés par les transitions difficiles que cette théorie cherche à expliquer, admettent cependant que les chap. 10-13 ne peuvent être la suite de 1-9. Il est psychologiquement impossible que Paul passe brutalement de la célébration de la réconciliation des chap. 1-9 à l’admonestation amère et aux justifications sarcastiques des chap. 10-13. On a suggéré que les chap. 10-13 pourraient être l’épître écrite dans les larmes, à cause de leur ton sévère, mais cela ne convient guère au contexte. L’épître écrite dans les larmes a été provoquée par la conduite d’un individu, 2 Co :2.5-8, or il n’y est même pas fait allusion dans les chap. 10-13, qui parlent du tort fait aux communautés par les faux apôtres. Il est donc plus probable que ces chapitres ont été déterminés par une détérioration de la situation à Corinthe après l’envoi des chap. 1-9.
Si ces épîtres apportent sur l’âme de Paul et sur ses relations avec ses convertis des lumières d’un extrême intérêt, leur importance doctrinale n’est pas moindre. Nous y trouvons, surtout dans 1 Co, des informations et des décisions sur bien des problèmes cruciaux du christianisme primitif, aussi bien dans sa vie intérieure : pureté des mœurs, 1 Co :5.1-13 ; 6.12-20, mariage et virginité, 1 Co 7.1-40, tenue des assemblées religieuses et célébration de l’eucharistie, 11-12, usage des charismes, 1 Co 12.1–14.40, – que dans ses rapports avec le monde païen : appel aux tribunaux, 1 Co 6.1-11, viandes offertes aux idoles 8-10. Ce qui aurait pu n’être que cas de conscience ou règlements de liturgie devient, grâce au génie de Paul, occasion de vues profondes sur la vraie liberté de la vie chrétienne, la sanctification du corps, le primat de la charité, l’union au Christ. La défense de son apostolat, 2 Co 10-13, lui inspire des pages splendides sur la grandeur du ministère apostolique, 2 Co 2.12 – 6.10 ; et le sujet très concret de la collecte, 2 Co 8-9, est illuminé par l’idéal de l’union entre les Églises. L’horizon eschatologique est toujours présent et sous-tend tout l’exposé sur la résurrection de la chair, 1 Co 15. Mais les descriptions apocalyptiques de 1 Th et 2 Th font place à une discussion plus rationnelle qui justifie cette espérance difficile pour des esprits grecs. Cette adaptation de l’Évangile au monde nouveau où il pénètre se manifeste surtout dans l’opposition de la folie de la Croix à la sagesse hellénique. Aux Corinthiens qui se divisent en s’opposant leurs différents maîtres et leurs talents humains, Paul rappelle qu’il n’y a qu’un seul maître, le Christ, un seul message, le salut par sa croix, et que là est la seule et vraie Sagesse, 1 Co 1.10 – 4.13. Ainsi, par la force des choses et sans renier les perspectives eschatologiques, il est amené à insister davantage sur la vie chrétienne présente, comme union au Christ dans la vraie connaissance qui est celle de la foi. Cette vie que donne la foi, il va l’approfondir encore, et, cette fois, par rapport au judaïsme, à la suite de la crise galate.