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Lecture en trois ans pour le 19 juin 2024

La Bible de Jérusalem (fr)

2 Corinthiens, Chapitre 11,  vers 1-15

III. Apologie de Paul> 1 Paul se voit contraint de faire son propre éloge.
Oh ! si vous pouviez supporter que je fasse un peu l’insensé ! Mais, bien sûr, vous me supportez.
J’éprouve à votre égard en effet une jalousie divine ; car je vous ai fiancés à un époux unique, comme une vierge pure à présenter au Christ.
Mais j’ai bien peur qu’à l’exemple d’Ève, que le serpent a dupée par son astuce, vos pensées ne se corrompent en s’écartant de la simplicité envers le Christ.
Si le premier venu en effet proclame un autre Jésus que celui que nous avons proclamé, s’il s’agit de recevoir un Esprit différent de celui que vous avez reçu, ou un Évangile différent de celui que vous avez accueilli, vous le supportez fort bien.
J’estime pourtant ne le céder en rien à ces « archiapôtres ».
Si je ne suis qu’un profane pour la parole, pour la science, c’est autre chose ; en tout et devant tous, nous vous l’avons montré.
Ou bien, aurais-je commis une faute en vous annonçant gratuitement l’Évangile de Dieu, m’abaissant moi-même pour vous élever, vous ?
J’ai dépouillé d’autres Églises, recevant d’elles un salaire pour vous servir.
Et quand, une fois chez vous, je me suis vu dans le besoin, je n’ai été à charge à personne : ce sont les frères venus de Macédoine qui ont pourvu à ce qui me manquait. De toutes manières je me suis gardé de vous être à charge, et je m’en garderai.
10 Aussi sûrement que la vérité du Christ est en moi, ce titre de gloire ne me sera pas enlevé dans les régions de l’Achaïe.
11 Pourquoi ? Parce que je ne vous aime pas ? Dieu le sait.
12 Et ce que je fais, je le ferai encore, afin d’ôter tout prétexte à ceux qui en voudraient un, pour être trouvés nos pareils sur le point où ils se glorifient.
13 Car ces gens-là sont de faux apôtres, des ouvriers trompeurs, qui se déguisent en apôtres du Christ.
14 Et rien d’étonnant : Satan lui-même se déguise bien en ange de lumière.
15 Rien donc de surprenant si ses ministres aussi se déguisent en ministres de justice. Mais leur fin sera conforme à leurs œuvres.
Notes:
Commentaire sur le fragment en cours
Commentaire sur le livre
Notes sur la partie

1 e) Ou peut-être « Eh bien ! oui, supportez-moi. » Sur cette folie de Paul, cf. 2 Co 5.13 ; 11.17 ; 12.11.


2 f) Paul, ami de l’époux, lui présente sa fiancée. Depuis Osée 2, l’amour de Yahvé pour son peuple était représenté par l’amour de l’époux et de l’épouse Jr 2.1-7 ; 3 ; 31.22 ; 51.5 ; Isa 49.14-21 ; 50.1 ; 54.1-10 ; 62.4-5 ; Ez 16 ; 23. Le NT a repris l’image Mt 22.2s ; 25.1s ; Jn 3.28-29 ; Ep 5.25-33 ; Ap 19.7 ; 21.2.


3 g) Add. « et la pureté ».


4 h) Le nom de « Jésus » employé seul connote pour Paul l’existence terrestre du Christ, mais comporte aussi la nuance spécifique d’humiliation et de souffrance, qui culminent dans la croix. Paul l’utilise pour contrecarrer la propagande de ceux que le dégoût d’un Christ crucifié avait amenés à inventer « un autre Jésus ».


5 i) Terme repris en 2 Co 12.11. Ce sont des « faux apôtres », 2 Co 11.14. Il ne s’agit certainement pas des Douze dont Paul reconnaît l’autorité, Ga 1.18 ; 2.9. Mais le cercle des apôtres est plus large que celui des Douze, cf. 1 Co 15.7, et il a pu y avoir d’autres Judas parmi eux. À moins qu’il ne s’agisse de personnes qui usurpaient ce titre.


6 j) Ou « en tout et de toute manière ».


12 k) Le désintéressement tel que Paul le pratique est une marque de la mission d’apôtre que ses ennemis n’oseront jamais usurper.


Tandis qu’il écrivait les épîtres aux Thessaloniciens, Paul évangélisait Corinthe durant plus de dix-huit mois, Ac 18.1-18, du printemps 50 à la fin de l’été 51. Selon sa coutume d’agir dans les grands centres, il voulait implanter la foi au Christ dans ce port fameux très peuplé, d’où elle rayonnerait dans toute l’Achaïe, 2 Co 1.1 ; 9.2. De fait, il réussit à y établir, surtout dans les couches modestes de la population, 1 Co 1.26-28, une forte communauté. Mais cette grande ville était un foyer de culture grecque, où s’affrontaient des courants de pensée et de religion fort divers. Le contact de la jeune foi chrétienne avec cette capitale du paganisme devait poser pour les néophytes bien des problèmes délicats. C’est à les résoudre que s’emploie l’Apôtre dans les deux lettres qu’il leur écrit.

La genèse de ces deux épîtres est assez claire, en dépit de quelques points douteux. Une première lettre « précanonique », 1 Co 5.9-13, de date incertaine, n’a pas été conservée. Plus tard, durant le séjour qu’il fit à Éphèse au cours du troisième voyage, durant juste un peu plus de deux ans (52-54), Ac 19.1 ; 20.1, des questions apportées par une délégation de Corinthiens, 1 Co 16.17, auxquelles s’ajoutaient des informations reçues par le moyen d’Apollos, Ac 18.27s ; 1 Co 16.12, et des « gens de Chloé », 1 Co 1.11, poussèrent Paul à écrire une nouvelle lettre, qui est notre 1 Co, aux environs de Pâques 54 (1 Co 5.7s ; 16.5-9). Peu après, une crise dut se produire à Corinthe, où Timothée joua probablement un rôle, (1 Co 4.17 ; 16.10-11) et qui l’obligea à y faire une visite rapide et pénible, 2 Co 1.23–2.1, au cours de laquelle il promit de revenir bientôt, 2 Co 1.15-16. En fait, il ne revint pas et remplaça cette visite par une lettre sévère et écrite « parmi bien des larmes », 2 Co 2.3s, 9, qui produisit un effet salutaire, 2 Co 7.8-13. C’est en Macédoine, après avoir quitté Éphèse à la suite de crises très graves mal connues de nous, 1 Co 15.32 ; 2 Co 1.8-10 ; Ac 19.23-40, que Paul apprit de Tite cet heureux résultat, 2 Co 1.12s ; 7.5-16 ; et c’est alors qu’il écrivit les deux parties de 2 Co, pendant le printemps et l’été de 55. Il devait ensuite repasser par Corinthe, Ac 20.1s, cf. 2 Co 9.5 ; 12.14 ; 13.1, 10, pour de là remonter à Jérusalem et y être fait prisonnier.

Selon certains, 2 Co serait une compilation de plusieurs lettres – jusqu’à cinq – envoyées par Paul à Corinthe en différentes occasions. D’autres, moins impressionnés par les transitions difficiles que cette théorie cherche à expliquer, admettent cependant que les chap. 10-13 ne peuvent être la suite de 1-9. Il est psychologiquement impossible que Paul passe brutalement de la célébration de la réconciliation des chap. 1-9 à l’admonestation amère et aux justifications sarcastiques des chap. 10-13. On a suggéré que les chap. 10-13 pourraient être l’épître écrite dans les larmes, à cause de leur ton sévère, mais cela ne convient guère au contexte. L’épître écrite dans les larmes a été provoquée par la conduite d’un individu, 2 Co :2.5-8, or il n’y est même pas fait allusion dans les chap. 10-13, qui parlent du tort fait aux communautés par les faux apôtres. Il est donc plus probable que ces chapitres ont été déterminés par une détérioration de la situation à Corinthe après l’envoi des chap. 1-9.

Si ces épîtres apportent sur l’âme de Paul et sur ses relations avec ses convertis des lumières d’un extrême intérêt, leur importance doctrinale n’est pas moindre. Nous y trouvons, surtout dans 1 Co, des informations et des décisions sur bien des problèmes cruciaux du christianisme primitif, aussi bien dans sa vie intérieure : pureté des mœurs, 1 Co :5.1-13 ; 6.12-20, mariage et virginité, 1 Co 7.1-40, tenue des assemblées religieuses et célébration de l’eucharistie, 11-12, usage des charismes, 1 Co 12.1–14.40, – que dans ses rapports avec le monde païen : appel aux tribunaux, 1 Co 6.1-11, viandes offertes aux idoles 8-10. Ce qui aurait pu n’être que cas de conscience ou règlements de liturgie devient, grâce au génie de Paul, occasion de vues profondes sur la vraie liberté de la vie chrétienne, la sanctification du corps, le primat de la charité, l’union au Christ. La défense de son apostolat, 2 Co 10-13, lui inspire des pages splendides sur la grandeur du ministère apostolique, 2 Co 2.12 – 6.10 ; et le sujet très concret de la collecte, 2 Co 8-9, est illuminé par l’idéal de l’union entre les Églises. L’horizon eschatologique est toujours présent et sous-tend tout l’exposé sur la résurrection de la chair, 1 Co 15. Mais les descriptions apocalyptiques de 1 Th et 2 Th font place à une discussion plus rationnelle qui justifie cette espérance difficile pour des esprits grecs. Cette adaptation de l’Évangile au monde nouveau où il pénètre se manifeste surtout dans l’opposition de la folie de la Croix à la sagesse hellénique. Aux Corinthiens qui se divisent en s’opposant leurs différents maîtres et leurs talents humains, Paul rappelle qu’il n’y a qu’un seul maître, le Christ, un seul message, le salut par sa croix, et que là est la seule et vraie Sagesse, 1 Co 1.10 – 4.13. Ainsi, par la force des choses et sans renier les perspectives eschatologiques, il est amené à insister davantage sur la vie chrétienne présente, comme union au Christ dans la vraie connaissance qui est celle de la foi. Cette vie que donne la foi, il va l’approfondir encore, et, cette fois, par rapport au judaïsme, à la suite de la crise galate.

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