Dans beaucoup de ses lettres, Paul décrit les habitants du Royaume, tels qu'ils doivent être. Et dans l'épître aux Corinthiens, il revient aussi à ce thème. Sur quoi l'apôtre attire-t-il donc l'attention comme traits distinctifs de l'habitant du Royaume ?..
Dans beaucoup de ses lettres, Paul décrit les habitants du Royaume, tels qu'ils doivent être. Et dans l'épître aux Corinthiens, il revient aussi à ce thème. Sur quoi l'apôtre attire-t-il donc l'attention comme traits distinctifs de l'habitant du Royaume ? Il met visiblement en avant le recueillement spirituel, c'est de lui que parle l'apôtre lorsqu'il appelle ses destinataires à « veiller » : veiller signifie proprement ne pas dormir, ne pas se relâcher, et avant tout bien sûr ne pas se relâcher spirituellement ; la fermeté dans la fidélité, ou « foi », par laquelle il faut entendre évidemment la fidélité au Christ ; le courage ; la force, que la traduction synodale appelle « fermeté ».
Il n'est pas difficile de remarquer que toutes ces qualités sont liées entre elles et déterminées par l'état spirituel de l'homme. Le recueillement spirituel est impossible sans cette intégrité spirituelle qui est le résultat et le but de toute ascèse, y compris bien sûr de l'ascèse chrétienne. Mais une telle intégrité n'est qu'un moyen ; elle n'est pas importante en elle-même, mais comme instrument nécessaire pour garder la fidélité au Christ. En effet, la fidélité est impossible sans intégrité spirituelle ; en son absence, l'homme se révèle trop instable spirituellement pour garder fidélité à qui que ce soit ou à quoi que ce soit.
Et sans garder fidélité au Christ, bien sûr, il est impossible de parler d'une vie dans le Royaume : car la trahison signifie la rupture de toute relation, et le Royaume est précisément formé par des relations, celles de ses habitants avec le Christ et entre eux, les leurs avec Dieu, et enfin celles du Christ Lui-même avec le Père. Quiconque rompt ces relations perd le Royaume. Si les relations sont conservées, l'homme reçoit courage et force.
Il ne s'agit évidemment pas de force physique, mais de cette force du Royaume qui se voit si bien en chacun de ses véritables témoins. Et dans les épreuves, cette force devient le fondement spirituel du courage qui donne aux fidèles la force de garder la fermeté même dans les minutes les plus lourdes. Mais la caractéristique principale des habitants du Royaume est l'amour, qui constitue pour eux le milieu spirituel organique dans lequel se construisent toutes leurs relations entre eux. Ce n'est pas par hasard que le Sauveur, pendant la Cène, désigne l'amour comme le signe distinctif des chrétiens.
En effet, c'est précisément l'amour qui constitue cette substance spirituelle du Royaume que l'on pourrait appeler sa nature. Et chaque habitant du Royaume participe à cet amour. C'est pourquoi l'apôtre appelle à agir dans notre monde en voie de transfiguration mais pas encore transfiguré de telle sorte que tout ce qui se passe dans l'Église se fasse dans l'amour, que chaque action des chrétiens donne à cette nature nouvelle, la nature du Royaume qui transfigure le monde, la possibilité de se manifester.
1 w) Sur cette collecte, voir Rm 15.26-28 ; Ga 2.10 ; 2 Co 8-9 ; Ac 24.17. Les « saints » (cf. 2 Co 8.4) sont les chrétiens de Jérusalem qui, de très bonne heure, eurent besoin d’être secourus, Ac 11.29-30. Cette collecte tint une grande place dans les préoccupations de Paul, qui voyait là le signe et le gage de l’unité entre les Églises fondées par lui et celles des judéo-chrétiens.
2 x) C’est-à-dire le « jour du Seigneur », cf. Ac 20.7 ; Ap 1.10 ; Mt 28.1, le dimanche.
7 y) Autre traduction « Je ne veux pas, cette fois-ci, ne vous voir qu’en passant », ce qui supposerait une courte visite de peu antérieure, par ailleurs peu probable.
9 z) Même image en 2 Co 2.12 ; Col 4.3 pour désigner les facilités qui s’offrent au ministère de Paul. Cf. Ap 3.8 ; Ac 14.27.
12 a) Peut-être pour ne pas encourager par sa présence le parti qui s’est formé autour de son nom, 1.12 ; 3.4-6 ; 4.6.
17 b) Sans doute avaient-ils apporté à Paul la lettre de Corinthe, 7.1.
19 c) C’est-à-dire de la province romaine d’Asie.
21 d) Comme les lettres de Paul étaient écrites par des secrétaires, Rm 16.22, elles devaient êtres authentifiées par quelques mots écrits de sa propre main, 2 Th 2.2, 3.17 ; Ga 6.11 ; Phm 19 ; Col 4.18.
22 e) Le mot « anathème » répond d’ordinaire dans l’AT à l’hébreu herem, Jos 6.17. Dans le NT il a une fois le sens précis d’offrande au Temple, Lc 21.5 ; le plus souvent il exprime une malédiction qui s’adresse à celui même qui la prononce, s’il vient à manquer à un engagement sacré, Ac 23.12-21 ; Rm 9.3, ou à un autre, condamné pour une faute très grave, ici, 16.22 ; Ga 1.8-9 ; cf. 12.3 ; Ap 22.3.
22 f) Mots araméens qui avaient passé dans la langue liturgique ; ils exprimaient l’espoir de la Parousie prochaine. Ils signifient « Le Seigneur vient ». On peut lire aussi Marana tha « Seigneur, viens ! », Ap 22.20. Cf. Rm 13.12 ; Ph 4.5 ; Jc 5.8 ; 1 P 4.7.
Tandis qu’il écrivait les épîtres aux Thessaloniciens, Paul évangélisait Corinthe durant plus de dix-huit mois, Ac 18.1-18, du printemps 50 à la fin de l’été 51. Selon sa coutume d’agir dans les grands centres, il voulait implanter la foi au Christ dans ce port fameux très peuplé, d’où elle rayonnerait dans toute l’Achaïe, 2 Co 1.1 ; 9.2. De fait, il réussit à y établir, surtout dans les couches modestes de la population, 1 Co 1.26-28, une forte communauté. Mais cette grande ville était un foyer de culture grecque, où s’affrontaient des courants de pensée et de religion fort divers. Le contact de la jeune foi chrétienne avec cette capitale du paganisme devait poser pour les néophytes bien des problèmes délicats. C’est à les résoudre que s’emploie l’Apôtre dans les deux lettres qu’il leur écrit.
La genèse de ces deux épîtres est assez claire, en dépit de quelques points douteux. Une première lettre « précanonique », 1 Co 5.9-13, de date incertaine, n’a pas été conservée. Plus tard, durant le séjour qu’il fit à Éphèse au cours du troisième voyage, durant juste un peu plus de deux ans (52-54), Ac 19.1 ; 20.1, des questions apportées par une délégation de Corinthiens, 1 Co 16.17, auxquelles s’ajoutaient des informations reçues par le moyen d’Apollos, Ac 18.27s ; 1 Co 16.12, et des « gens de Chloé », 1 Co 1.11, poussèrent Paul à écrire une nouvelle lettre, qui est notre 1 Co, aux environs de Pâques 54 (1 Co 5.7s ; 16.5-9). Peu après, une crise dut se produire à Corinthe, où Timothée joua probablement un rôle, (1 Co 4.17 ; 16.10-11) et qui l’obligea à y faire une visite rapide et pénible, 2 Co 1.23–2.1, au cours de laquelle il promit de revenir bientôt, 2 Co 1.15-16. En fait, il ne revint pas et remplaça cette visite par une lettre sévère et écrite « parmi bien des larmes », 2 Co 2.3s, 9, qui produisit un effet salutaire, 2 Co 7.8-13. C’est en Macédoine, après avoir quitté Éphèse à la suite de crises très graves mal connues de nous, 1 Co 15.32 ; 2 Co 1.8-10 ; Ac 19.23-40, que Paul apprit de Tite cet heureux résultat, 2 Co 1.12s ; 7.5-16 ; et c’est alors qu’il écrivit les deux parties de 2 Co, pendant le printemps et l’été de 55. Il devait ensuite repasser par Corinthe, Ac 20.1s, cf. 2 Co 9.5 ; 12.14 ; 13.1, 10, pour de là remonter à Jérusalem et y être fait prisonnier.
Selon certains, 2 Co serait une compilation de plusieurs lettres – jusqu’à cinq – envoyées par Paul à Corinthe en différentes occasions. D’autres, moins impressionnés par les transitions difficiles que cette théorie cherche à expliquer, admettent cependant que les chap. 10-13 ne peuvent être la suite de 1-9. Il est psychologiquement impossible que Paul passe brutalement de la célébration de la réconciliation des chap. 1-9 à l’admonestation amère et aux justifications sarcastiques des chap. 10-13. On a suggéré que les chap. 10-13 pourraient être l’épître écrite dans les larmes, à cause de leur ton sévère, mais cela ne convient guère au contexte. L’épître écrite dans les larmes a été provoquée par la conduite d’un individu, 2 Co :2.5-8, or il n’y est même pas fait allusion dans les chap. 10-13, qui parlent du tort fait aux communautés par les faux apôtres. Il est donc plus probable que ces chapitres ont été déterminés par une détérioration de la situation à Corinthe après l’envoi des chap. 1-9.
Si ces épîtres apportent sur l’âme de Paul et sur ses relations avec ses convertis des lumières d’un extrême intérêt, leur importance doctrinale n’est pas moindre. Nous y trouvons, surtout dans 1 Co, des informations et des décisions sur bien des problèmes cruciaux du christianisme primitif, aussi bien dans sa vie intérieure : pureté des mœurs, 1 Co :5.1-13 ; 6.12-20, mariage et virginité, 1 Co 7.1-40, tenue des assemblées religieuses et célébration de l’eucharistie, 11-12, usage des charismes, 1 Co 12.1–14.40, – que dans ses rapports avec le monde païen : appel aux tribunaux, 1 Co 6.1-11, viandes offertes aux idoles 8-10. Ce qui aurait pu n’être que cas de conscience ou règlements de liturgie devient, grâce au génie de Paul, occasion de vues profondes sur la vraie liberté de la vie chrétienne, la sanctification du corps, le primat de la charité, l’union au Christ. La défense de son apostolat, 2 Co 10-13, lui inspire des pages splendides sur la grandeur du ministère apostolique, 2 Co 2.12 – 6.10 ; et le sujet très concret de la collecte, 2 Co 8-9, est illuminé par l’idéal de l’union entre les Églises. L’horizon eschatologique est toujours présent et sous-tend tout l’exposé sur la résurrection de la chair, 1 Co 15. Mais les descriptions apocalyptiques de 1 Th et 2 Th font place à une discussion plus rationnelle qui justifie cette espérance difficile pour des esprits grecs. Cette adaptation de l’Évangile au monde nouveau où il pénètre se manifeste surtout dans l’opposition de la folie de la Croix à la sagesse hellénique. Aux Corinthiens qui se divisent en s’opposant leurs différents maîtres et leurs talents humains, Paul rappelle qu’il n’y a qu’un seul maître, le Christ, un seul message, le salut par sa croix, et que là est la seule et vraie Sagesse, 1 Co 1.10 – 4.13. Ainsi, par la force des choses et sans renier les perspectives eschatologiques, il est amené à insister davantage sur la vie chrétienne présente, comme union au Christ dans la vraie connaissance qui est celle de la foi. Cette vie que donne la foi, il va l’approfondir encore, et, cette fois, par rapport au judaïsme, à la suite de la crise galate.