En lisant l’Évangile selon Jean, on éprouve plus d’une fois l’impression d’une certaine étrangeté de ce qui se passe. Chaque conversation n’est pas l’échange de répliques auquel nous sommes habitués, mais plutôt une suite d’événements où, comme dans la vie, il n’est pas si facile de découvrir une logique stricte. Il en va ainsi dans ce petit passage. À la remarque naturelle de Marie, qui n’est même pas une demande, Jésus répond par une phrase mystérieuse et obscure. Elle ne peut tout de même pas signifier: «Et qu’est-ce que cela nous fait?», même si elle sonne comme une objection. Puis Marie, au lieu de poursuivre la conversation avec Jésus, sans quoi Sa phrase reste en quelque sorte «suspendue dans l’air», se tourne vers d’autres personnes et leur annonce qu’elles doivent obéir à Jésus, comme si Sa décision était déjà prise et qu’Elle la connaissait.
Ces «failles» dans la logique nous permettent pourtant de «reconstruire» la plénitude de la compréhension mutuelle entre le Fils et la Mère, et nous plongent pour ainsi dire dans la profondeur de leur lien du cœur. Marie apporte à Son Fils les problèmes humains, et Elle n’a rien à demander, parce qu’Elle sait que Son amour n’est pas moindre. Lui, sachant qu’Elle Le comprend, ne dit pas: «Je vais le faire maintenant», mais L’appelle à partager avec Lui le poids du chemin qui s’ouvre: «Tu comprends bien ce que signifie le fait que Je commence à accomplir des miracles!» Et Marie, sans dire «oui», fait aussitôt le pas suivant: Elle est avec Lui, Elle appelle les hommes à faire confiance à Jésus. Ici, il y a si peu de mots et tant d’amour!