Dans l’Antiquité, beaucoup savaient et disaient que Dieu ne ressemble à rien. À proprement parler, toute la tradition apophatique part de l’idée que Dieu ou l’Absolu ne ressemble tellement à rien dans notre monde que l’on peut Le définir non par assimilation à quoi que ce soit, mais par dissemblance avec tout et tous...
Dans l’Antiquité, beaucoup savaient et disaient que Dieu ne ressemble à rien. À proprement parler, toute la tradition apophatique part de l’idée que Dieu ou l’Absolu ne ressemble tellement à rien dans notre monde que l’on peut Le définir non par assimilation à quoi que ce soit, mais par dissemblance avec tout et tous. Bien entendu, aucune définition positive n’est possible dans ce cas; seules les définitions négatives le sont. Et, bien sûr, tout ce qui a été dit peut être appliqué pleinement au Dieu d’Israël. Pourtant, il existe une différence essentielle entre le Dieu de la Bible et l’Intellect suprême ou l’Absolu des mystiques grecs ou indiens. Ni l’Intellect suprême ni l’Absolu ne s’abaissent vers l’homme, qui leur est absolument indifférent. Le Dieu d’Israël, lui, dès le début de l’histoire du yahvisme, parle avec l’homme en surmontant l’abîme qui Le sépare de lui. Et Il demeure en même temps infiniment éloigné, dans Son essence, de l’homme avec qui Il communique. En quoi consiste donc cette dissemblance dont parle le prophète? Et en quel sens la Bible dit-elle alors de l’homme qu’il a été créé «à l’image et à la ressemblance» de son Créateur? Peut-être en ce que toute personne ressemble toujours en quelque chose à toute autre personne, possédant conscience de soi et liberté de volonté? Sans doute, oui. Mais c’est aussi là, semble-t-il, que se trouve la principale dissemblance entre Dieu et toute créature. Car tout ce qui est créé se soumet d’une manière ou d’une autre à des lois extérieures à lui, qui le limitent. Tout ce qui est créé relève de la nature, même si la création possède un principe spirituel, comme les hommes ou les anges, par exemple. Or la nature est toujours limitée; elle l’est par définition, dans la mesure où elle existe selon des lois qu’elle n’a pas établies elle-même pour elle-même. Même la créature spirituelle est limitée: la conscience de soi et la liberté de volonté propres à tout être spirituel demeurent, mais la mesure de cette liberté reste incomplète. La liberté complète n’est possible que lorsque celui qui vit détermine lui-même les lois selon lesquelles il vit, et les détermine pleinement et absolument. Mais seul Dieu peut posséder une telle liberté complète, Lui qui détermine Lui-même pour Lui toutes les formes de Son propre être. Pour Lui, il n’existe pas de lois extérieures dont Sa volonté devrait tenir compte, et Sa liberté est absolue. C’est là, semble-t-il, que s’enracine la principale différence entre Dieu et le monde créé. Une différence qui demeurera pour toujours: même après la transfiguration, la création ne cessera pas d’être création; elle commencera seulement à exister selon d’autres lois. Et pour Dieu seul, il n’existe aucune loi extérieure. Par conséquent, il n’existe ni limites ni frontières.