En tout temps, les hommes se sont demandé pourquoi tout sur la terre est arrangé comme il l’est. Pourquoi tout arrive-t-il comme cela arrive? Et en tout temps, il y eut deux réponses différentes à cette question, différentes non dans les détails, mais dans l’approche. Les uns ramenaient la question «pourquoi» à la question «comment»; les autres cherchaient à atteindre la cause première. Il en va de même pour la question de savoir qui humidifie la terre et y fait pousser la récolte: elle admet deux réponses principiellement différentes. Le savant décrirait ce processus comme purement naturel, sans recourir à aucune autre explication, et comme savant il aurait absolument raison. La science ne se pose pas la question «pourquoi»; en fin de compte, elle la ramène toujours à la question «comment», à la question des causes secondaires et des mécanismes secondaires. Sur le plan pratique, la connaissance de ces mécanismes est tout à fait nécessaire, mais pour une vie spirituelle complète, cette seule connaissance ne suffit pas. Pour la vie spirituelle, la question la plus importante devient la question du sens de ce qui se passe, la question «pour quoi». Comprendre le fonctionnement d’un mécanisme, même le plus complexe, ne répond pas à cette question: même un mécanisme complexe reste seulement un mécanisme; la question de savoir qui l’a fait, qui l’a mis en marche, pourquoi et en vue de quoi il fonctionne, restera ouverte même si nous savons absolument tout sur sa structure et ses principes de fonctionnement. La réponse à la question «pour quoi» ne peut être donnée par la nature, mais par l’esprit; non par «quelque chose», mais par «quelqu’un». Et ce «quelqu’un» doit, par sa mesure, être proportionné à la nature tout entière, à l’univers dans toute sa plénitude. La Bible nous propose précisément une réponse en partant du fait que le monde est gouverné par Quelqu’un, Celui qui l’a créé et qui seul peut donner un sens à son existence. Mais la Bible est étrangère à la vision du Créateur largement répandue parmi les philosophes du XVIIIe siècle, dont beaucoup étaient convaincus que Dieu, après avoir créé le monde une fois pour toutes, l’a ensuite laissé en paix et n’intervient plus dans sa vie, de sorte que tout ce qui se passe dans le monde n’a plus aucun rapport avec Lui. La Bible voit en Dieu non seulement le Créateur, mais aussi le Provident, c’est-à-dire un Créateur qui, ayant créé le monde, ne l’abandonne pas à son sort, mais participe ensuite à sa vie et intervient dans ce qui se passe dans le monde qu’Il a créé. C’est pourquoi l’auteur du psaume parle de Dieu qui envoie Lui-même la pluie sur la terre afin de l’abreuver et d’y faire croître une récolte abondante. Il ne s’agit pas ici des moyens que Dieu utilise pour cela, ni même du fait qu’Il est la cause première de tout, mais du fait que sans Lui tout perdra son sens; alors il n’y aura plus besoin ni de pluie, ni de récolte, ni de terre, ni de ciel. |
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