Aujourd’hui, on entend souvent des croyants dire: c’est pour tes péchés, Dieu t’a puni. Mais il est difficile de croire qu’un Dieu aimant punisse...
Aujourd’hui, on entend souvent des croyants dire: c’est pour tes péchés, Dieu t’a puni. Mais il est difficile de croire qu’un Dieu aimant punisse. Jésus Lui-même dit aux disciples au sujet de l’aveugle-né: «ni lui ni ses parents n’ont péché, mais...»
Et Jonas? Il semblerait pourtant que Dieu l’ait puni pour sa désobéissance. Difficilement.
Combien d’hommes sur la terre vivent «non leur propre» vie. Nous faisons quelque chose parce que «c’est ainsi qu’il faut faire», parce que le sens du devoir, les circonstances, ou finalement la volonté des parents l’exigent. Parfois, nous suivons nos caprices sans prêter attention à notre désir le plus profond, celui que Dieu, comme une petite graine, a semé dans notre cœur. Dieu a une volonté sur chacun de nous. Dieu nous a créés pour le bonheur, et l’accomplissement de Sa volonté peut nous rendre heureux. Même si, comme ce sera le cas pour Jonas, cet accomplissement est lié à de grandes difficultés, intérieures et extérieures.
Les malheurs qui arrivent à Jonas ne sont pas une punition pour sa désobéissance, mais une aide pour accomplir la volonté d’un Dieu aimant. Sur les chemins éloignés de celui que le Seigneur a préparé pour chacun de nous, le danger nous attend; sur le chemin de l’accomplissement de la volonté de Dieu, les pierres ont été retirées afin que nous ne trébuchions pas.
3 a) « Tarsis », cf. 1 R 10.22 ; Ps 48.8, représentait aux yeux des Hébreux le bout du monde. Jonas veut se soustraire à sa mission en fuyant le plus loin possible.
5 b) Les matelots sont de nationalités diverses ; chacun a son dieu, mais croit à la puissance des autres dieux.
7 c) On retrouve ailleurs dans l’Antiquité cette idée que la présence d’un coupable sur un navire est un danger pour tous.
Ce petit livre diffère de tous les autres livres prophétiques. C’est uniquement un récit : il raconte l’histoire d’un prophète désobéissant qui veut d’abord se dérober à sa mission et qui ensuite se plaint à Dieu du succès inattendu de sa prédication. Le héros à qui est attribuée cette aventure un peu ridicule est un prophète contemporain de Jéroboam II, mentionné en 2 R 14.25. Mais le livret ne se présente pas comme étant son œuvre et effectivement ne peut pas être de lui. La « grande ville » de Ninive, détruite en 612, n’est plus qu’un lointain souvenir, la pensée et l’expression empruntent aux livres de Jérémie et d’Ézéchiel, la langue est tardive. Tout invite à placer la composition après l’Exil, dans le courant du Ve siècle. Le psaume, 2.3-10, qui est d’un genre littéraire différent et qui n’a aucun rapport avec la situation concrète de Jonas ni avec l’enseignement du livre, a été ajouté après coup.
Cette date basse doit déjà mettre en garde contre une interprétation historique. Celle-ci est écartée aussi par d’autres arguments : Dieu peut changer les cœurs, mais la subite conversion au Dieu d’Israël du roi de Ninive et de tout son peuple aurait laissé des traces dans les documents assyriens et dans la Bible. Dieu est aussi maître des lois de la nature, mais les prodiges sont ici accumulés comme autant de « bons tours » joués par Dieu au prophète : la tempête subite, Jonas désigné par le sort, le poisson monstrueux, le ricin qui pousse en une nuit et qui sèche en une heure, et le tout est raconté avec une ironie non déguisée, bien étrangère au style de l’histoire.
Le livre est destiné à plaire, et aussi à instruire : c’est un récit didactique, et son enseignement marque l’un des sommets de l’Ancien Testament. Brisant avec une interprétation étroite des prophéties, il affirme que les menaces, même les plus catégoriques, sont l’expression d’une volonté miséricordieuse de Dieu, qui n’attend que la manifestation du repentir pour accorder son pardon. Si l’oracle de Jonas ne se réalise pas, c’est qu’en effet les décrets de destruction sont toujours conditionnels. Ce que Dieu veut, c’est la conversion, et la mission du prophète est donc parfaitement réussie, cf. Jr 18.7-8.
Brisant avec le particularisme dans lequel la communauté postexilique était tentée de s’enfermer, ce livre prêche un universalisme extraordinairement ouvert. Ici, tout le monde est sympathique, les marins païens du naufrage, le roi, les habitants et jusqu’aux animaux de Ninive, tout le monde sauf le seul Israélite qui soit en scène, et c’est un prophète, Jonas ! Dieu sera indulgent pour son prophète rebelle, mais surtout, sa miséricorde s’étend même à l’ennemie la plus honnie d’Israël.
On est tout près du Nouveau Testament : Dieu n’est pas seulement le Dieu des Juifs, il est aussi le Dieu des païens, car il n’y a qu’un seul Dieu, Rm 3.29. Dans Mt 12.41 et Lc 11.29-32, Notre Seigneur donnera en exemple la conversion des Ninivites, et Mt 12.40 verra dans Jonas enfermé dans le ventre du monstre la figure du séjour du Christ au tombeau. Cet emploi de l’histoire de Jonas ne doit pas être invoqué comme une preuve de son historicité : Jésus utilise cet apologue de l’Ancien Testament comme les prédicateurs chrétiens utilisent les paraboles du Nouveau ; c’est le même souci d’enseigner par des images familières aux auditeurs, sans qu’un jugement soit porté sur la réalité des faits.