L’appel à la miséricorde de Dieu est un lieu commun de nombreux psaumes. Mais que signifie-t-il concrètement? L’espérance que Dieu ferme les yeux sur les péchés humains? Mais l’homme s’en porterait-il mieux? Car le péché détruit l’âme de l’homme et empoisonne son cœur comme la maladie empoisonne et détruit le corps; tolérer le péché revient à laisser une maladie s’aggraver. Mais l’inverse est vrai aussi: si le Royaume n’a besoin que de personnes spirituellement saines, alors aucun des hommes nés dans le monde déchu ne le verra. La miséricorde de Dieu est nécessaire pour résoudre cette contradiction apparemment insoluble. Elle ne suppose évidemment pas la complaisance envers le péché. Mais elle rend possible le pardon du pécheur. Il semblerait que, si un homme se repent sincèrement de ce qu’il a fait et demande pardon, le pardonner ne soit pas si difficile, même pour un homme, sans parler de Dieu. Mais en réalité, tout s’avère moins simple: chaque péché commis par l’homme, chaque mal qu’il a fait, a ses conséquences, et, selon les lois de notre monde non transfiguré, il est impossible d’y remédier. Les anciens, surtout en Orient, ne parlaient pas par hasard de liens karmiques que l’homme, tant qu’il reste dans les limites du monde déchu, ne peut pas rompre: ici, les causes et les effets existent de manière indissoluble, et chaque tentative de changer quoi que ce soit en mieux, de réparer le mal commis, n’engendre qu’un mal nouveau, attachant encore plus solidement à la mauvaise infinité de la vie pécheresse celui qui essaie de se libérer du mal. Seule l’intervention directe de Dieu dans la situation est capable de changer radicalement l’état des choses. Mais quelle peut être une telle intervention? Si Dieu rend à chacun selon ses mérites, personne ne recevra rien de bon: car il n’y a pas dans le monde d’hommes «idéaux», ou, en langage biblique, sans péché. Il ne reste donc qu’à compter sur le fait que Dieu donnera à chacun de nous quelque chose que nous n’avons non seulement pas mérité, mais que, à cause de notre nature corrompue par le péché, nous ne pourrons jamais mériter, même avec le désir le plus sincère et le plus fort. Bien sûr, le désir est important: il est inutile de proposer une alternative à celui que tout satisfait dans l’état actuel du monde. Mais la possibilité même de l’alternative doit alors contredire les lois fondamentales du monde déchu, en particulier la loi des relations de cause à effet, qui ne suppose pas d’action rétroactive. Cette possibilité du miracle immérité est la manifestation concrète de la miséricorde de Dieu. Bien sûr, si Dieu voulait simplement annuler la loi des relations de cause à effet, Il devrait sans doute recréer le monde de nouveau. Mais Il trouve une autre issue: donner au monde le Royaume, où cette loi n’agit pas comme dans notre monde non transfiguré. Et Il a confié l’introduction de ce Royaume dans le monde à Celui qui, dès le commencement, était libre du péché. Ainsi la miséricorde de Dieu ouvre à tout chercheur du salut la route du Royaume. |
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