Pour Pierre—comme, du reste, pour toute l'Église—la transfiguration de Jésus sur le mont Thabor devint un témoignage de Sa majesté. Que s'y passa-t-il ? Les apôtres virent sans aucun doute leur Maître sur le Thabor dans un corps transfiguré, un corps qui, par sa nature, appartient au Royaume, semblable à celui dans lequel ils Le verraient plus tard ressuscité. Mais quel était le sens de cette vision ? Et quels en avaient été les précédents dans les traditions yahviste et juive ?
Il s'agit ici, de toute évidence, d'une révélation du Royaume. De telles révélations étaient connues depuis les temps anciens. Les visions du Trône de gloire étaient entrées dans la tradition liturgique dès l'époque de Salomon ; or elles n'étaient rien d'autre que des révélations du Royaume. Celui-ci, bien sûr, ne s'était pas encore « approché », mais il arrivait que ses reflets pénètrent malgré tout dans le monde non transfiguré. Parfois, il s'entrouvrait aussi d'une autre manière, notamment dans les visions du char céleste de Yahvé, tel celui que vit Ézéchiel : ce char portait le même Trône de gloire que d'autres—Isaïe de Jérusalem, par exemple—voyaient dans le Temple.
Et voici que la vision du Sauveur transfiguré prit la place de celle du Trône de gloire. C'était, bien sûr, encore une révélation du Royaume, et les apôtres le comprirent parfaitement. Une seule chose leur échappa : pour que le Royaume entre définitivement dans le monde, le Messie devait parcourir Son chemin jusqu'au bout, et ce terme ne devait pas être la victoire dans une guerre messianique, mais la mort sur la croix suivie de la résurrection. Pourtant, le fait que Jésus leur soit apparu ainsi devint pour eux un témoignage convaincant de Sa messianité : le Royaume appartient précisément au Messie ; si leur Maître leur apparaissait désormais comme Roi—ce qui était évident—Il était donc véritablement le Messie, et le Royaume Lui appartenait véritablement. Ce n'est pas un hasard si Jésus Lui-même, précisément après la vision du Thabor, commença à parler particulièrement souvent et longuement avec les apôtres de Sa mort et de Sa résurrection. Ils savaient désormais presque tout ; il leur restait à comprendre l'essentiel : de quelle manière exactement le Royaume entrerait dans le monde.
Mais l'essentiel s'avéra précisément le plus difficile, avant tout parce qu'il contredisait toutes les conceptions du Messie et du Royaume admises à l'époque. Les malentendus se dissipèrent après la Pentecôte, mais le souvenir de cet événement remarquable demeura—et fut conservé par l'Église.
