L'histoire chrétienne connaît beaucoup d'exemples de supplices. Il peut sembler à première vue que les chrétiens ne sont pas originaux à cet égard: le supplice pour une idée ou pour des convictions est connu à plusieurs...
L'histoire chrétienne connaît beaucoup d'exemples de supplices. Il peut sembler à première vue que les chrétiens ne sont pas originaux à cet égard: le supplice pour une idée ou pour des convictions est connu à plusieurs. Et il y a tout de même une différence essentielle entre le supplice du chrétien et de n'importe quel autre. Il faut être un héros pour souffrir ou, surtout donner sa vie pour une idée ou pour des convictions. Il faut la pauvreté pour souffrir et même donner sa vie pour le Christ.
Cette même pauvreté biblique ou évangélique, dont avait déjà parlée Isaïe de Jérusalem, mais que mentionne aussi Jésus dans le sermon sur la Montagne, proclamant la béatitude des pauvres. Il ne s’agit bien sûr pas de la pauvreté matérielle, bien qu'elle-même, elle ne peut bien sûr être un obstacle ni au supplice, ni à la confession. Il s’agit de cet état spirituel, qui est désigné dans les livres bibliques par ce mot.
De cet état, qui met l'espoir seulement sur Dieu, et plus sur qui que ce soit ou quoi que ce soit. Et la compréhension de ce fait simple que dans le monde déchu il n’y a pas et ne peut pas avoir de support sûr pour l’homme, même si quelque chose semble l’être. Au fait, seule une telle relation envers le monde rend l’homme un vrai pauvre: car n’ayant rien et souhaitant passionnément obtenir ce dont tu n'as pas, tu ne deviendras pas un pauvre au sens biblique.
Et on peut considérer le christianisme comme l'expression parfaite et la réalisation de cette pauvreté biblique: car le christianisme est la vie dans le Royaume et d'après les lois du Royaume, et non d'après les lois du monde déchu. Mais on ne peut vivre d'après les lois du Royaume dans le monde déchu qu’en refusant entièrement intérieurement n'importe quelles tentatives de retenir ne serait-ce qu’une parcelle de ce que ce monde déchu appelle vie.
En effet, le Royaume occupe entièrement l'espace vital de l’homme, sans reste. Et le supplice s’avère pour l'habitant du Royaume non pas la perte de la vie pour une idée, comme pour l'habitant du monde déchu, mais la préservation de cette plénitude de la vie du Royaume, pour laquelle on ne regrette pas de se séparer avec ce que ce monde appelle vie.
Il est difficile et douloureux de se séparer des siens. On ne regrette pas de se séparer avec ce qui est étranger. Plus l’homme considère ce monde déchu comme le sien, plus il est difficile de s’en séparer. Le pauvre n'a rien à perdre : car il a tout donné à Dieu, il n'a rien de sien au sens original du mot. Et l'habitant du Royaume par sa vie n'est pas du tout lié au monde déchu, bien qu’il en demeure, témoignant du Royaume. Et il n'a rien qui le retiendrait dans ce monde.