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La Bible en cinq ans pour le 19 octobre 2023

La Bible de Jérusalem (fr)

Esdras, Chapitre 4

I. Le retour d’exil et la reconstruction du Temple> 1 Le dossier antisamaritain : obstruction samaritaine sous Cyrus., 6 Obstruction samaritaine sous Xerxès et Artaxerxès., 24 La construction du Temple (520-515).
Mais lorsque les ennemis de Juda et de Benjamin apprirent que les exilés construisaient un sanctuaire à Yahvé, le Dieu d’Israël,
ils s’en vinrent trouver Zorobabel, Josué et les chefs de famille et leur dirent : « Nous voulons bâtir avec vous, car, comme vous, nous cherchons votre Dieu et lui sacrifions depuis le temps d’Asarhaddon, roi d’Assur, qui nous amena ici. »
Zorobabel, Josué et les autres chefs de familles israélites leur répondirent : « Il ne convient point que nous bâtissions, vous et nous, un Temple à notre Dieu : C’est à nous seuls de bâtir pour Yahvé le Dieu d’Israël, comme nous l’a prescrit Cyrus, roi de Perse. »
Alors le peuple du pays se mit à décourager les gens de Juda et à les effrayer pour qu’ils ne bâtissent plus ;
on soudoya contre eux des conseillers pour faire échouer leur plan, pendant tout le temps de Cyrus, roi de Perse, jusqu’au règne de Darius, roi de Perse.
Sous le règne de Xerxès, au début de son règne, ils rédigèrent une plainte contre les habitants de Juda et de Jérusalem.
Au temps d’Artaxerxès, Mithridate, Tabéel et leurs autres collègues écrivirent contre Jérusalem à Artaxerxès, roi de Perse. Le texte du document était d’écriture araméenne et de langue araméenne.
Puis Rehum, gouverneur, et Shimshaï, secrétaire, écrivirent au roi Artaxerxès, contre Jérusalem, la lettre qui suit —
Rehum, le gouverneur, Shimshaï, le secrétaire et leurs autres collègues ; les juges et les légats, fonctionnaires perses ; les gens d’Uruk, de Babylone et de Suse — c’est-à-dire les Élamites —
10 et les autres peuples que le grand et illustre Assurbanipal a déportés et établis dans les villes de Samarie et dans le reste de la Transeuphratène.
11 Voici la copie de la lettre qu’ils lui envoyèrent : « Au roi Artaxerxès, tes serviteurs, les gens de Transeuphratène : Maintenant donc
12 le roi doit être informé que les Juifs, montés de chez toi vers nous, et venus à Jérusalem, sont en train de rebâtir la ville rebelle et perverse ; ils commencent à restaurer les remparts et ils creusent les fondations.
13 Maintenant le roi doit être informé que si cette ville est rebâtie et les remparts restaurés, on ne paiera plus impôts, contributions ni droits de passage, et qu’en fin de compte mon roi sera lésé.
14 Maintenant, mangeant le sel du palais, il ne nous paraît pas décent de voir cet affront fait au roi ; aussi envoyons-nous au roi ces informations
15 pour qu’on fasse des recherches dans les Mémoriaux de tes pères : dans ces Mémoriaux, tu trouveras et constateras que cette ville est une ville rebelle, néfaste aux rois et aux provinces, et qu’on y a fomenté des séditions depuis les temps anciens. C’est pourquoi cette ville fut détruite.
16 Nous informons le roi que si cette ville est rebâtie et ses remparts relevés, tu n’auras bientôt plus de territoires en Transeuphratène ! »
17 Le roi envoya cette réponse :« À Rehum, gouverneur, à Shimshaï, secrétaire, et à leurs autres collègues, résidant à Samarie et ailleurs, en Transeuphratène, paix !Maintenant donc
18 le document que vous nous avez envoyé a été, devant moi, lu dans sa traduction.
19 Sur mon ordre, on a fait des recherches et l’on a trouvé que cette ville s’est soulevée contre les rois depuis les temps anciens et que des révoltes et des séditions s’y produisirent.
20 Des rois puissants ont régné à Jérusalem, qui dominèrent toute la Transeuphratène : on leur payait impôt, contributions et droits de passage.
21 Donnez donc l’ordre qu’on interrompe l’entreprise de ces hommes : cette ville ne doit pas être rebâtie tant que je n’aurai rien décidé.
22 Gardez-vous d’agir avec négligence en cette affaire, de peur que le mal n’empire au préjudice des rois. »
23 Dès que la copie du document du roi Artaxerxès eut été lue devant Rehum, le gouverneur, Shimshaï, le secrétaire, et leurs collègues, ils partirent en toute hâte pour Jérusalem chez les Juifs et, par la force des armes, arrêtèrent leurs travaux.
24 C’est ainsi qu’avaient été arrêtés les travaux pour le Temple de Dieu à Jérusalem : ils demeurèrent interrompus jusqu’à la deuxième année du règne de Darius, roi de Perse.
Lire la suite:Esdras, Chapitre 5
Notes:
Commentaire sur le fragment en cours
Commentaire sur le livre
Notes sur la partie

1 f) Ag 1.2 mettait le retard à construire le Temple — de 538 à 520 — au compte de la négligence des juifs. Le Chroniste souligne l’opposition samaritaine.


2 g) « Josué » grec ; omis par hébr.


2 h) « et lui sacrifions » qeré, grec, syr. ; « et nous ne sacrifions pas » hébr.


2 i) Déportation qu’il faut peut-être rapporter à la campagne égyptienne d’Asarhaddon et à la prise de Tyr (671) ; voir Isa 7.8 (selon la leçon de l’hébr. « soixante-cinq ans »).


5 j) Fonctionnaires royaux, en résidence à Samarie.


6 k) Ici commence la « source araméenne » qui se termine en Esd 6.18 ; mais le Chroniste en a résumé, en hébreu, aux vv. 6-7, certaines données.


6 l) Fin 486-début 485.


6 m) Les mêmes gens qu’au v. 4.


7 n) Artaxerxès Ier (465-424).


7 o) « contre Jérusalem » beshalem conj. ; « avec l’accord (de Mithridate) » bishelam hébr. (à moins que Bishelam ne soit considéré comme un nom propre, comme en 3 Esd 2.12 et Vulg.).


8 p) Gouverneur de Samarie, cf. v. 17. Samarie était le chef-lieu de la province qui englobait encore le district de Juda. Son gouverneur avait donc droit de regard sur Jérusalem.


10 q) « les villes » grec ; « la ville » aram. — À la fin du v., l’araméen ajoute « maintenant donc », cf. v. 11c. — Les vv. 9-10 viendraient mieux après 11. — La liste des plaignants samaritains comprend les autorités suprêmes de la province, puis les hauts fonctionnaires perses, enfin les chefs des groupements naturels des colons d’après leur pays d’origine.


13 r) « mon roi sera lésé » conj. ; « tu léseras les rois » aram.


20 s) Allusion volontairement exagérée à l’empire de David et de Salomon.


23 t) « le gouverneur » 1 ms hébr., mss grecs, syr. ; omis par aram.


24 u) « ainsi » conj. ; « alors » aram. — Par ce v., le rédacteur a relié la suite à Esd 4.5.


Les livres d’Esdras et de Néhémie ne formaient qu’un seul « livre d’Esdras » dans la Bible hébraïque et dans la Septante. Comme celle-ci retenait le livre apocryphe grec d’Esdras et lui donnait la première place (Esdras I), le livre d’Esdras-Néhémie y est appelé Esdras II. À l’époque chrétienne, il fut divisé en deux et cet usage fut suivi par la Vulgate, dans laquelle Esdras I Esdras et Esdras II Néhémie ; l’apocryphe grec d’Esdras y est appelé Esdras III. La désignation des deux livres par leurs personnages principaux, Esdras et Néhémie, est encore plus récente ; elle a pénétré dans les éditions imprimées de la Bible massorétique.

Les livres d’Esdras et de Néhémie sont, comme on l’a dit, la continuation de l’œuvre du Chroniste. Après les cinquante années de l’Exil, dont il ne parle pas, celui-ci reprend l’histoire au moment où l’édit de Cyrus, en 538 av. J.-C., autorise les Juifs à retourner à Jérusalem pour y reconstruire le Temple. Les retours commencent aussitôt, mais les travaux du Temple sont interrompus par l’opposition des Samaritains et ne reprennent que sous Darius Ier ; le Temple est achevé en 515. Dans le demi-siècle qui suit, les efforts pour relever les remparts de Jérusalem sont entravés par les mêmes Samaritains, 1-6. Sous Artaxerxès, Esdras, un scribe chargé des affaires juives à la cour de Perse, arrive à Jérusalem avec une nouvelle caravane. Il est muni d’un firman qui lui donne autorité pour imposer à la communauté la Loi de Moïse, reconnue comme loi du roi. Il doit prendre des mesures sévères contre les Juifs qui avaient contracté mariage avec des femmes étrangères, 7-10. Puis Néhémie, échanson d’Artaxerxès, se fait donner par le roi la mission d’aller à Jérusalem pour en relever les murailles. Ce travail est rapidement achevé, malgré les oppositions des ennemis, et la ville est repeuplée, Ne 1.1 – 7.72a. Entre-temps, Néhémie a été nommé gouverneur. Esdras fait une lecture solennelle de la Loi, on célèbre la fête des Tentes, le peuple confesse ses péchés et s’engage à observer la Loi, Ne 7.72b – 10.40. Suivent des listes, des mesures complémentaires et la dédicace du rempart, 11.1-13.3. Néhémie, après être retourné en Perse, revient pour une seconde mission, au cours de laquelle il doit réprimer certains désordres qui se sont déjà introduits dans la communauté, Ne 13.4-31.

On voit, par ce sommaire, que ces livres sont très importants pour l’histoire de la Restauration juive après l’Exil. Les premiers chapitres d’Esdras complètent les renseignements qu’on peut tirer des prophètes Aggée, Zacharie et Malachie. Les deux livres sont la seule source que nous ayons sur l’activité d’Esdras et de Néhémie. La date de leur composition est antérieure à celle des Chroniques, mais surtout ils utilisent et citent textuellement des documents contemporains des faits : listes de rapatriés ou du peuplement de Jérusalem, actes des rois de Perse, correspondances avec la cour, surtout le rapport où Esdras rendit compte de sa mission et le mémoire justificatif de Néhémie.

Malgré cette abondance de sources, l’exégèse d’Esdras et de Néhémie est hérissée de difficultés, car les documents s’y présentent dans un ordre déconcertant. La liste des immigrants est donnée deux fois, Esd 2 et Ne 7 ; dans la section d’Esd 4.6 – 6.18, écrite en araméen, les événements du temps de Darius sont racontés après ceux des règnes de Xerxès et d’Artaxerxès, qui se placent cependant dans le demi-siècle qui suit. Les écrits provenant d’Esdras et de Néhémie ont été disloqués, puis combinés ensemble. En utilisant les dates précises qui y sont données, le rapport d’Esdras peut se restituer dans cet ordre : Esd 7.1-8.36 ; Ne 7.72b – 8.18 ; Esd 9.1 – 10.44 ; Ne 9.1-37.

Mais ce document a été récrit par le Chroniste, qui en a mis certaines parties à la troisième personne, et il a reçu des additions : la liste des coupables d’Esd 10.18, 20-44 et les prières d’Esd 9.6-15 et Ne 9.6-37. Le mémoire de Néhémie comprend les morceaux suivants : 1-2 ; 3.33– 7.5 ; 12.27 – 13.31. Le Chroniste y a inséré un document sur la reconstruction des murailles, Ne 3.1-32. La liste des premiers sionistes, Ne 7.6-72a, est reprise d’Esd 2. Le chap. 10 est un autre document d’archives, qui scelle l’engagement pris par la communauté lors de la seconde mission de Néhémie, 13. Le cadre du chap. 11 est une composition du Chroniste, à quoi ont été ajoutées des listes de la population de Jérusalem et de Juda et, au chap. 12, des listes de prêtres et de lévites.

Il apparaît que le Chroniste a voulu procéder par tableaux d’ensemble. Dans Esd 1-6, son objet principal est la reconstruction du Temple sous Darius : il a groupé les retours successifs de la captivité, estompé la figure de Sheshbaççar au profit de celle de Zorobabel, constitué une sorte de dossier antisamaritain. Dans la suite des livres, il a présenté Esdras et Néhémie travaillant ensemble à la réalisation d’une même œuvre.

Ces procédés de composition littéraire posent de graves problèmes aux historiens. La question la plus discutée et la plus difficile concerne la chronologie d’Esdras et de Néhémie. D’après l’ordre du livre, Esdras arriva à Jérusalem en 458, la septième année d’Artaxerxès Ier, Esd 7.8, Néhémie le rejoignit en 445, la vingtième année du même roi, Ne 2.1. Il resta douze années, Ne 13.6, donc jusqu’en 433, repartit en Perse pour un temps indéterminé et revint faire un second séjour, encore sous ArtaxerxèsIer, qui ne mourut qu’en 424. Cet ordre traditionnel est maintenu par de bons exégètes qui cependant restreignent à une année, d’après les indications précises du livre lui-même, la mission d’Esdras, et le font repartir avant l’arrivée de Néhémie. D’autres exégètes inversent cet ordre car il leur semble que l’œuvre d’Esdras suppose celle de Néhémie déjà accomplie. Les dates données pour Esdras se rapporteraient, non au règne d’Artaxerxès Ier comme celles de Néhémie, mais au règne d’ArtaxerxèsII, et Esdras ne serait arrivé qu’en 398. Enfin, accordant qu’Esdras est venu après Néhémie mais refusant de reconnaître un changement de règne dont le texte ne dit rien, certains exégètes récents font venir Esdras entre les deux missions de Néhémie, au prix d’une correction textuelle d’Esd 7.8 : Esdras serait arrivé, non la septième année, mais la trente-septième année d’Artaxerxès, en 428.

Chacune de ces solutions peut invoquer de bons arguments et chacune aussi se heurte à des difficultés ; le problème doit rester ouvert. Un seul point est sûr : l’activité de Néhémie à Jérusalem de 445 à 433 av. J.-C.

Pour l’intelligence religieuse des livres, il est d’ailleurs d’un intérêt secondaire. Conformément à l’intention de l’auteur, ils donnent un tableau synthétique, mais non pas trompeur, de la Restauration juive, et, pour comprendre celle-ci, les idées qui l’ont animée sont plus importantes à connaître que la suite exacte des faits. Profitant de la politique religieuse libérale que les Achéménides appliquaient dans leur empire, les Juifs reviennent en Terre promise, rétablissent le culte, reconstruisent le Temple, relèvent les murs de Jérusalem et vivent en communauté, gouvernés par des hommes de leur race et régis par la Loi de Moïse. Il ne leur en coûte qu’un loyalisme facile à garder vis-à-vis d’un pouvoir central respectueux de leurs coutumes. C’est un événement considérable, c’est la naissance du judaïsme, préparée par les longues méditations de l’Exil, aidée par l’intervention d’hommes providentiels.

Après Zorobabel, qui reconstruit le Temple mais dont le Chroniste tait les titres messianiques reconnus par Aggée et Zacharie, Ag 2.23 ; Za 6.12s, les pionniers de cette restauration furent Esdras et Néhémie. Esdras est vraiment le père du judaïsme, avec ses trois idées essentielles : la Race élue, le Temple, la Loi. Sa foi ardente et la nécessité de sauvegarder la communauté renaissante expliquent l’intransigeance de ses réformes et le particularisme qu’il imposa aux siens. Il est le patron des scribes et sa figure est allée en grandissant dans la tradition juive. Néhémie est au service des mêmes idées, mais il agit sur un autre plan : dans Jérusalem restaurée et repeuplée par lui, il donne à son peuple la possibilité et le goût d’une vie nationale. Son mémoire, plus personnel que le rapport d’Esdras, nous le fait connaître sensible et humain, payant de sa personne mais prudent et réfléchi, se confiant en Dieu qu’il prie souvent. Il laissa un grand souvenir et Ben Sira chante l’éloge de « celui qui releva pour nous les murs en ruines », Si 49.13.

Il n’est pas étonnant que, dans ce regroupement de la communauté autour du Temple et sous l’égide de la Loi, le Chroniste ait vu une réalisation de l’idéal théocratique qu’il avait prôné dans les Chroniques. Il sait bien que cette réalisation est imparfaite et qu’il faut attendre autre chose, mais, plus que dans les Chroniques, il est dépendant des documents qu’il reproduit : il garde leur ton particulariste qu’excusaient les circonstances, il respecte leur silence – inspiré sans doute par un loyalisme honorable – sur l’espérance messianique. Il écrit au milieu de cette période des IVe et IIIe siècles avant notre ère, qui nous est si mal connue et où la communauté de Jérusalem, repliée sur elle-même, se reconstruit en silence et s’approfondit spirituellement.

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